Page:Dictionnaire de Trévoux, 1771, I.djvu/60

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mot avec deux BB. Comme on n’en fait sentir qu’un dans la prononciation, le second est absolument oisif. Epitome. Raccourci, écrit dans lequel on réduit en peu de paroles ce qui est ailleurs plus au long & plus en détail. C’est une courte exposition d’un long ouvrage. Mezerai a fait l’Abrégé de sa grande Histoire, en trois volumes. M. le Président Henault nous a donné un Abrégé Chronologique de l’Histoire de France. Voyez aux mots Précis & Sommaire, les nuances qui distinguent ces trois mots.

Quand on veut louer excessivement l’excellence d’une personne ou d’une chose, on dit que c’est un Abrégé des Merveilles du monde. Orbis miraculum. Les Anglois disent que Londres est l’épitome, ou l’abrégé du monde. L’homme est appelé microcosme, pour dire, qu’il est un abrégé des merveilles de l’univers. L’amour est la plénitude & l’abrégé de toute la Loi. Port-R.

Abrégé, signifie aussi abréviation, retranchement de quelques lettres dans un mot, pour écrire plus promptement, & en moins d’espace. Compendium scribendi. Il est malaisé de déchiffrer les abrégés qui sont dans les Bulles & les signatures de la Cour de Rome. Pelis.

Abrégé, en termes d’Organiste, se dit d’une certaine réduction des touches du clavier de l’orgue, qui a été inventée, afin que chaque touche, qui n’a que deux pieds de long, se rapporte à chaque soupape des sommiers, qui sont longs de 4, 5, ou 6, pieds ; ce qui se fait par plusieurs rouleaux, pointes & chevilles : d’où vient qu’une marche du clavier fait souvent parler un tuyau fort éloigné. En examinant un orgue, on connoît que les abrégés sont bien faits, lorsque le clavier n’est point tardif à donner le vent aux tuyaux, lorsqu’il se ferme aisément, & qu’il n’est pas besoin d’enfoncer beaucoup les touches.

En Abrégé. Adv. Sommairement, En raccourci. Summatim. Pour profiter de la lecture, il faut recueillir en abrégé ce qu’on trouve de plus curieux dans les livres. Contez-nous la chose en abrégé, sans tant de circuits & de détours.

ABRÉGEMENT. s. m. Accourcissement. Contractio. Ce mot a été renouvelé, parce qu’il est très-commode. Le P. Bouhours le condamne pourtant dans cette phrase : Ceux qui ont voulu introduire l’usage des tables, semblent avoir été trompés par l’abrégement des paroles & du papier. Port-R. On a trouvé que le P. Bouhours avoit raison. Ce mot n’a pas réussi.

ABRÉGER. v. a. Rendre plus court, ou renfermer dans un plus petit espace ; rendre en petit ce qui est en grand ; Resserrer ce qui est diffus. Contrahere. Abréger son discours, dire succinctement. On a abrégé le temps de son exil. Cette traverse abrége le chemin. Viæ compendium. Les jours de l’homme ont été abrégés, & réduits à 120 ans depuis le déluge. Les excès abrégent la vie. Ablanc. Ce mot vient de abbreviare. Nicod. On le dit quelquefois absolument. Vous êtes trop long, abrégez, il faut abréger.

Abréger un fief, en jurisprudence féodale, signifie, le diminuer, en éteindre & amortir une partie. On peut abréger un fief en le démembrant de quelque manière que ce soit. Or, comme les mutations produisent des droits & profits féodaux, il est certain qu’un Seigneur diminue son fief, lorsqu’il admet des gens de main-morte à des héritages qui en relevent. Ferriere.

ABRÉGÉ, ÉE. part. & adj. Raccourci, le plus court. Contractus. Chemin abrégé pour aller à la gloire.

Pour abréger. Façon de parler adverbiale. Quid multa, Ne longum sit. On le dit quelquefois absolument. Vous êtes trop long, Abrégez, Contrahe. Il faut abréger.

ABRÉNER. Voyez Abaraner.

ABRENONCIO. Mot Latin, qui signifie, Renoncer. Le peuple s’en sert en François, lorsqu’un homme nie de mauvaise foi quelque dette, ou autre chose qu’on lui demande. Un tel avoit promis de payer cent écus, mais quand on les lui a demandés, il est allé à abrenoncio. Ce mot est tiré des exorcismes qui se font en baptisant, ou en faisant l’eau bénite, où l’on dit souvent, abrenoncio. Le peuple s’en sert encore quand on lui dit ou qu’on lui fait quelque chose qui lui déplaît, à quoi il ne veut point participer ; & ce mot a de l’énergie, & marque quelque horreur, & comme Harris l’a remarqué du mot abrenonciation, un renoncement, un abandonnement entier ; tel en un mot que celui par lequel on renonce au Démon, d’où ce mot est pris.

ABREOJOS. Nom d’un amas d’écueils qui se trouvent sur la côte de l’Île Espagnole, au nord de la ville de Sant-Ïago. Les Espagnols leur ont donné le nom d’Abréojos, c’est-à-dire, Ouvre les yeux, pour marquer que les vaisseaux doivent bien prendre garde à éviter ces rochers, qui sont très dangereux ; on les nomme aussi Bancs de Babuaca, ou Basses de Babuoca.

ABREUVER. v. a. Adoquare. Donner à boire aux chevaux & au bétail. On abreuve les chevaux deux fois par jour. Anciennement on disoit abeuvrer, & par transposition de lettres l’on a dit abreuver. Dans une vieille chartre de l’an 1343, il est parlé de l’éponge dont J. C. fut abeuvré. L’Auteur de Flandria illustrata rapporte une lettre très-ancienne, où l’on trouve buver les chevaux.

Abreuver, se dit par extension de plusieurs autres choses.

Il est quelquefois synonyme d’humecter, imbiber d’eau. Humectare, imbuere. On abreuve des tonneaux, une cuve, avant que d’y mettre la vendange.

En termes de marine, on dit de même abreuver un vaisseau, le remplir d’eau, entre le franc-bord & le serrage, quand il est construit, pour éprouver s’il est bien étanché, & s’il n’y a pas de voie d’eau.

On le dit généralement de l’effet de l’eau ou de quelque liqueur lorsqu’elle pénétre une chose. On dit que la pluie a bien abreuvé les terres, que la terre est bien abreuvée, quand il a bien plu. Dans cette acception, il est employé en Agriculture, comme synonyme d’arroser. On le dit particulièrement des prairies où l’on fait venir de l’eau par le moyen des saignées. Nos prés ont besoin qu’on les abreuve. C’est encore un terme de Vernisseurs qui disent que la première couche de vernis ne se met que pour abreuver le bois, C’est-à-dire, en pénétrer les pores ; que le bois s’en abreuve.

Les Peintres le disent dans le même sens de la première couche de couleur très-liquide, qu’ils appliquent sur le bois ou sur les autres matières pour le disposer à recevoir la couleur qui doit frapper la vûe.

Abreuver est quelquefois employé dans un sens figuré. Alors il signifie prévenir quelqu’un par quelque chose, lui en donner la première impression, & l’en remplir. Imbuere. Il l’a abreuvé de cette opinion. Souvenez-vous de ces sources immortelles où vous vous êtes abreuvés des saintes eaux de la sagesse. Patrv.

En parlant d’une nouvelle qui est déjà répandue par-tout, que tout le monde sait, on dit figurément & familièrement, que tout le monde en est abreuvé.

Abreuvé, ée. part. Imbutus.

Sitôt que du Nectar la troupe est abreuvée.

ABREUVOIR. s. m. Lieu où on abreuve les chevaux. Aquarium. Mener les chevaux à l’abreuvoir. Il se dit plus précisément d’un glacis le plus souvent pavé de grais, & bordé de pierres, qui conduit à un bassin, ou à une rivière, pour abreuver les chevaux. Dav. Il se dit aussi de l’endroit d’un ruisseau où les oiseaux vont boire. On prend des oiseaux à l’abreuvoir, en y mettant grand nombre de petits gluaux. L’heure la plus convenable de tendre à l’abreuvoir est depuis dix heures jusqu’à onze, & depuis deux heures jusqu’à trois après midi, & enfin, une heure & demie avant le coucher du soleil, que les oiseaux viennent en foule à l’abreuvoir. Chomel.

Abreuvoir, en terme de Maçonnerie, se dit des intervalles que les Maçons laissent entre les joints des pierres, pour y faire entrer du mortier. En ce sens l’on se sert plus souvent du mot godet. Bima. Les Anglois se servent du mot abreuvoir dans ce même sens.