Page:Dictionnaire de Trévoux, 1771, I.djvu/76

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devenu commun en France que depuis 1650. Les premiers pieds qui ont paru, ont été élevés au Jardin Royal des plantes de Paris par Vespasien Robin, qui en a reçu le premier la semence. M. Tournefort l’a nommé Pseudo-Acacia vulgaris, pour le distinguer de l’acacia des Anciens, ou cassie, arbre d’un autre caractère. L’acacia d’Amérique s’éleve fort haut ; son tronc est assez gros : son bois est très-dur, jaunâtre, cassant, & couvert d’une écorce brune. Les jeunes branches de cet arbre sont moëlleuses, garnies de quelques épines courtes, & d’un rouge obscur. Ses feuilles sont comme rangées par paire sur une côte terminée par une seule feuille : elles ont un pouce environ de longueur sur un tiers moins de largeur. Ses fleurs sont légumineuses, blanches, d’une bonne odeur, & naissent en épi. A ces fleurs succèdent des gousses, à deux cosses courtes & aplaties, entre lesquelles sont renfermées des semences brunes aplaties, & de la figure d’un rein. Cet arbre donne de l’ombre, & n’est pas difficile à élever. Il fleurit en Juillet & Août. Ses racines ont un goût de réglisse. Ses fleurs distillées sont bonnes pour les vapeurs. Son bois est cassant & se fend trop aisément pour être employé aux gros ouvrages de menuiserie. Le nom Acacia est indéclinable. Deux acacia au pluriel. Ménage.

Acacia. Voyez Cassie.

Acacia. Terme de pharmacie. C’est le nom d’un suc épaissi qu’on apporte du Levant dans des vessies. Il paroît noir extérieurement ; mais étant cassé il est haut en couleur & d’un rouge foncé. On le nomme Acacia du Levant, Acacia vera en Latin, pour le distinguer du faux acacia, autre suc épaissi & extrait des prunelles. C’est un excellent astringent, d’un grand usage en Egypte pour arrêter les dévoyemens, les dyssenteries, les pertes, & pour se préserver de la goutte.

Acacia (Germanica) d’Allemagne, est le suc tiré par expression du fruit de prunier sauvage, qu’on cuit en consistance d’électuaire, & qu’on substitue à la place du vrai acacia. On appelle aussi Acacia d’Allemagne, l’arbre même.

Acacia. s. m. Nom qu’on donne à une espèce de sachet, ou de rouleau long & étroit, qui se voit dans les Médailles, à la main des Consuls, & des Empereurs, depuis Anastase. On ne sait pas trop de quoi étoit composé ce rouleau, & il n’est pas aisé d’en deviner le mystère. Les uns disent que c’étoit un mouchoir plié, que jetoit celui qui présidoit aux jeux, pour les faire commencer. D’autres disent que c’étoit un rouleau de mémoires que l’on présentoit à l’Empereur ou aux Consuls. M. Du Cange, dans sa Dissertation sur les Médailles des Empereurs de Constantinople, qui est à la fin de son Glossaire Latin, a traité de l’acacia pris en ce dernier sens. Voyez sur-tout le n. xiii.

ACACIEN, ENNE. s. m. Acacianus. Secte d’Ariens, ainsi nommés d’Acace de Césarée leur chef.

ACADÉMICIEN. s. m. Sectateur de Platon, qui est le fondateur de l’Académie. Les Académiciens soutenoient qu’il ne faut rien affirmer, & que nous ne savons qu’une chose, qui est que nous ne savons rien, Unum scio, quòd nihil scio. Ils prétendoient que l’esprit doit demeurer en suspens, parce qu’il ne peut se déterminer que sur des vraisemblances, & sur des apparences qui le peuvent tromper. Platon avoit pris de Socrate le fond & la substance de sa Doctrine. Au reste, en apprenant à ses disciples à douter de tout, c’étoit moins pour les laisser toujours flottans, & suspendus entre l’erreur & la vérité, que pour s’opposer aux décisions précipitées des jeunes esprits, & pour les mettre dans une disposition plus propre à se garantir de l’erreur, en examinant sans préjugé. M. Descartes, entre les Modernes, a adopté ce principe des Académiciens : mais il y a bien de la différence dans l’usage qu’il en fait. Les Académiciens doutoient de tout, & vouloient toujours douter. M. Descartes commence par douter de tout ; mais il déclare qu’il ne veut pas douter toujours, & qu’il ne doute d’abord, qu’afin d’être ensuite plus ferme dans ses connoissances. Je ne prétends pas décider ici s’il y a bien réussi, & s’il s’y est pris comme il faut : je dis seulement que c’est-là son intention, bien différente de celle des Académiciens. C’est à ce propos que les partisans de Descartes lui appliquent ce que Horace a dit d’Homère :

Non fumum ex fulgore, sed ex fumo dare lucem
Cogitat, ut speciosa dehinc miracula prodat.
Antiphatem, Scyllamque & cum Cyclope Charybdim.

Dans la Philosophie d’Aristote, disent ces Messieurs, on ne doute de rien, on promet de donner raison de tout, & cependant on n’explique rien, que par des termes barbares & des idées confuses & obscures ; au lieu que Descartes commence par vous faire oublier même ce que vous saviez auparavant, & ensuite vous mène comme pied à pied dans mille belles connoissances, qu’il vous fait découvrir, & qu’il vous rend si claires & si évidentes, que vous n’en pouvez plus douter. Voilà ce que disent les partisans de Descartes ; mais avant eux Aristote avoit dit que pour bien savoir une chose, il falloit en avoir bien douté, & que c’étoit par le doute que toutes nos connoissances devoient commencer.

ACADÉMICIEN, ENNE. s. m. qui est reçu dans une Académie, celui qui est membre d’une compagnie de gens de lettres, établie par autorité publique. Academicus. On a ajouté un féminin en faveur de Madame des Houlières. L’Académie d’Arles lui a envoyé des Lettres d’Académicienne. C’est la première de son sexe à qui l’on ait déféré cet honneur en France ; car en Italie la chose n’est ni nouvelle ni extraordinaire. Il y a des femmes dans l’Académie, ou Ragunanza d’Arcadie, à Rome, & la Reine Christine en est comme la Fondatrice. Voyez l’Histoire de cette Académie publiée depuis quelques années en Italie par M. Crescembeni, qui en étoit pour lors le Custode, ou Président. Voyez aussi l’Histoire des Femmes savantes dans M. Ménage & autres Auteurs.

ACADÉMIE. s. f. Lieu délicieux, ou maison de plaisance, située dans un fauxbourg d’Athènes à un mille de la ville. Ceux qui ont fait venir ce nom de Cadmus, parce qu’il fut le premier Instaurateur des Lettres chez les Grecs, se sont trompés. D’autres disent que ce mot est composé de deux mots Grecs, ἀϰὸς, qui signifie remède, & δήμος, qui veut dire Peuple, comme si les Académies étoient le remède du peuple. Sa véritable origine vient d’Academus, ou Ecademus, nom d’un Bourgeois d’Athènes, dont la maison servit à enseigner la Philosophie. Il vivoit du temps de Thésée. C’est dans sa maison située dans le fauxbourg d’Athènes, que Platon enseigna la Philosophie. Cimon l’orna, & l’embellit de fontaines & d’allées d’arbres, pour la commodité des Philosophes qui s’y assembloient. On y enterroit les grands hommes qui avoient rendu de signalés services à la Patrie. Depuis Platon, tous les lieux où se sont assemblés les gens de Lettres, ont été nommés Académie. Sylla sacrifia aux loix de la guerre les délicieux bocages, & les belles allées que Cimon avoit fait dresser dans l’Académie d’Athènes, & employa ces arbres à faire des machines pour battre la ville. Cicéron avoit une maison près de Pouzzol, à qui il donna le même nom : c’est-là qu’il écrivit ses Questions académiques & ses livres de Naturâ Deorum, de Amicitiâ, & de Officiis, dit M. Harris.

Académie, se prend aussi pour la Secte des Philosophes. On compte trois Académies, trois Sectes académiciennes. Quelques-uns en comptent même jusqu’à cinq. Platon fut le chef de l’ancienne. Arcésilas, l’un de ses successeurs, apporta quelques changemens dans sa Philosophie, & fonda, par cette réforme, ce qu’on appelle la seconde Académie. On attribue à Lacides, ou à Carnéades, l’établissement de la troisième ou nouvelle Académie. Quelques Auteurs ajoutent deux Académies. Une quatrième fondée par Philon & Carmides, & une cinquième fondée par Antiochus, & nommée Antiochienne, qui allioit l’ancienne Académie avec le Stoïcisme. Voyez sur tout cela les Questions académiques de Cicéron; personne n’a mieux