Page:Dictionnaire de Trévoux, 1771, I.djvu/865

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BELETTE. s. f. Petit animal sauvage qui fait la guerre aux pigeons, qui a le gosier blanc, le dos rouge, & le museau étroit. Mustela. Il y en a de deux espèces : l’une qui est sauvage, qu’on appelle proprement moustelle, qui vit à la campagne : l’autre domestique, qui se cache dans les greniers, qu’on appelle fouine. Cet animal est petit, mais carnassier. Ovide a dit que la belette faisoit ses petits par la bouche à cause que l’amour qu’elle a pour ses petits, fait qu’elle les transporte souvent d’un lieu en un autre. Plutarque dit que les Thessaliens honoroient les belettes. On dit que la belette combat le serpent, ayant auparavant mangé de la rue : Plutarque dit au contraire que quand les belettes ont mangé un serpent, elles prennent de la rue pour se purger. Elle fait mourir le basilic, selon Pline ; & elle recouvre la vue comme le lézard, si par accident elle a un œil crevé, ou poché. Les fumées des fouines, martes & belettes sentent le musc. La cendre de la belette incorporée dans de l’eau, & appliquée sur le front, ôte les douleurs de tête, & si on la jette dans les yeux, elle guérit les cataractes. Les Naturalistes mettent au rang des belettes les martres, les furets & les écureuils. Les Espagnols appellent ce petit animal comadreja, & les Italiens donnola.

BELGE. s. m. & f. Belga&&. Anciens peuples des Gaules. Ils habitoient au nord des Celtes, desquels ils étoient séparés par la Marne & la Seine, comme dit César au commencement de ses Commentaires. Il ajoute que les Belges étoient les plus braves des trois nations qui occupoient la Gaule. Les Belges étoient les inventeurs du char nommé Essedum, à moins que Virgile dans ce vers, Liv. III. Georg. vers. 204.

Belgica vel molli meliùs feret esseda collo,

n’ait mis Belgica pour Gallica, comme Servius l’interprete.

Quelques Auteurs, au rapport d’Hoffman, sont venir ce nom du mot allemand Wahlen, ou Walgen, qui est le nom que les Allemands donnent aux François & aux Italiens ; mais ce mot ne paroît pas si ancien que celui de Belga, & est formé sur lui, ou sur celui de Gallus. La partie de l’Italie qui touche l’Allemagne, étoit la Gaule Cisalpine. D’autres font venir ce nom du mot Balgen, qui selon Junius, signifie combattre, & venir aux mains, & ils disent qu’il fut donné aux Belges, à cause de leur férocité naturelle dans les combats, ou de leur humeur guerrière. D’autres croient que ce nom est un mot celtique ; que dans cette langue, qui venoit de l’hébreu, on disoit, comme en hébreu, בלג, balag, que Buxtorf traduit confortare se ; que de-là se forma le mot Belga, qui fut donné à ces peuples, parce que, comme dit César, horum omnium (Celtarum & Aquitanorum) fortissimi sunt Belgæ. Comment. de ballo Gall. Liv. I. c. 1. Guillaume Breton, auteur de la Philippide, le tire de Berg S. Vinoch, comme si le mot Belga n’étoit pas plus ancien que celui de ce fort. Le Moine Robert, dans sa Chronique, à l’an 1210, dit qu’il vient de Belgis, ancien nom de la ville de Trèves. D’autres le dérivent aussi d’une ville nommée Belgis ; mais ils la placent en Bourgogne, & disent que c’est Baugey proche de Mâcon ; mais les Belges n’habitoient point là. Dom Du Plessis le dérive de bel, qui selon lui, doit signifier un bélier, ou un mouton, comme belch ou belg a du signifier un berger. Encore aujourd’hui, dit-il, Belec en bas-breton veut dire un Prêtre, sans doute dans le sens de Pasteur. En effet, les anciens Belges étoient adonnés à la vie pastorale : Pascat Belga pecus, dit Claudien. Descript. Géogr. & Hist. de la Haute Norm. T. II. pag. 2.

On appelle aujourd’hui Belges en poësie françoise, & en latin, tant en prose qu’en vers, les habitans des XVII Provinces des Pais-Bas.

BELGEOIS, OISE, s. m. Belge. Qui est des Pays-Bas. Belga.

☞ BELGEVAN, Ville d’Asie, dans la Tartarie, au royaume de Bokara, dans la province de Catlan.

BELGIQUE. adj. m. & f. Qui appartient aux Belges, qui concerne les Belges. Belgicus. Ce mot se disoit autrefois par rapport au peuple Gaulois, qu’on appeloit les Belges. Aujourd’hui il est fort bien reçu dans notre poësie, & pourroit même trouver place dans la prose, pourvû qu’on en usât sobrement, pour signifier ce qui concerne les peuples des Pays-Bas. Ainsi nous disons : Nos bataillons, nos armées ont inondé les plaines Belgiques, &c.

Déjà plus favorable à tes exploits nouveaux,
La victoire revient embrasser tes drapeaux:
Dans les Belgiques champs, sur un tas de victimes,
Tu l’as vue expier son erreur & ses crimes.

Le Lion Belgique, c’est-à-dire, les Belges, parce que les armes des Provinces-Unies sont un lion.

La Gaule Belgique est le pays qu’habitoient les anciens Belges. Belgium. Nous savons ses bornes du côté du midi, & de l’orient, & de l’occident ; car César dit qu’ils étoient séparés des Celtes par la Marne & la Seine, & qu’ils étoient voisins des Germains qui habitoient de l’autre côté du Rhin ; ainsi ils s’étendoient jusqu’à ce fleuve, qui les séparoit des Germains, ou Allemans ; mais on ne sait pas si bien jusqu’où ils s’étendoient du côté du nord. Cluvier prétend que la Gaule Belgique étoit le pays des Bellovaces, aujourd’hui le Beauvaisis. Sanson y ajoute l’Amiénois, l ’Artois, & peut-être même le Vermandois, & les Sylvanectes, ou le pays de Senlis. César, Liv. V, ch. 24. distingue la pays des Belges de celui de Rheims, des Morins, des Nerviens & des Eburons, mais Hertius y comprend le pays des Atrebates, ou l’Artois. Ainsi il semble que les Belges ne s’avançoient point du côté de l’occident jusqu’à l’Océan Britannique, & que du côté du septentrion ils ne passoient pas les Atrébates.

Aujourd’hui par la Belgique, ou le pays des Belges Belgium, nous entendons les XVII Provinces des Pays-Bas, c’est-à-dire, que nous le commençons où il finissoit autrefois ; mais comme je l’ai dit, cela n’est presque en usage qu’en poësie. En latin on se sert de ce nom en propre comme en vers dans ce sens. Wassebourg, Archidiacre de Verdun, a fait les Antiquités de la Gaule Belgique en deux vol. in-fol. 1549. Perrus Divæus a écrit De Belgio veteri, du pays des Belges sous les Romains. Il avoit aussi traité de l’Etat du même pays sous les Francs ; mais cette partie n’a point été imprimée, dit Mirœus, qui l’avoit manuscrit.

Belgique. Terme usité dans l’Histoire Ecclésiastique. Belgica. C’est le nom qu’on a donné à deux Provinces Ecclésiastiques des Gaules. La première Belgique, prima Belgica, c’est la Province dont Trève étoit la Métropole. Elle comprenoit l’Archevêché de Trèves, & les évêchés ses suffragants ; qui sont Metz, Toul & Verdun. La seconde Belgique, Secunda Belgica, c’est la Province de Rheims, qui comprenoit les diocèses de Rheims, de Soissons, de Châlons sur Marne, de Laon, de Senlis, de Beauvais, d’Amiens, de Tournay & de Térouenne. Voyez la Notice des Evêchés de Papirius Masson.

BELGRADE. Ville de Turquie en Europe, dans la Servie, proche du Danube, un peu au-dessous du confluent de la Save. Alba Greca, Alba Bulgarica, Belgrada. Belgrade s’appelle autrement Albe Grecque, & en allemand Griechish Wissembourg. Les Hongrois la nomment Nandor Alba. Belgrade fut vendue par le Despote de Servie au Roi de Hongrie, auquel elle fut soumise jusqu’en 1521, que Soliman II s’en rendit le maître. Les Impériaux la prirent en 1688, sous la conduite du Duc de Bavière, & la perdirent en 1690. Loyd croit que ceux qui la prennent pour l’ancien Taurunum sont mal fondés, & que Belgrade seulement s’est accrue des ruine sde cette ville. Voyez Hoffman, Maty, Corneille.

Il y a encore un autre Belgrade en Turquie sur la mer Noire, à six ou sept lieues de Galata au Septentrion, qu’on a ainsi appelée à cause de sa beauté. T. Corn. d’après Wheler. Voyage du Levant.

☞ BELGRADO. Petite ville des Vénitiens, en Italie, dans le Frioul, entre Udine & Concordia.