Page:Dictionnaire de Trévoux, 1771, I.djvu/883

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

benit. Sacer. Benoît soit Dieu. Le benoît Saint-Esprit. L’eau benoîte. La benoîte Vierge Marie, & tous les benoîts Saints & Saintes de Paradis. Il n’est plus en usage, à moins qu’on ne l’emploie en riant, comme dans cet exemple :

Caillou, noble sans doute & de racine ancienne,
Descendant du Caillou du Benoît Saint Etienne. Sar.

BENOIT est aussi un nom d’homme. Benedictus. Saint Benoît est le Fondateur de l’Ordre des Bénédictins. L’Ordre Militaire de saint Benoît d’Avis. Voyez Avis. Les Célestins sont de l’Ordre de saint Benoît. Beurrier. Un nourrisson du grand saint Benoît. Patru. Pourvu que j’entre dans le sentiment de saint Benoît, cela me suffit. De Rancé. Quatorze Papes & deux Antipapes ont porté le nom de Benoît.

BENOÎTE. s. f. Nom de femme. Benedicta. On fait la fête de sainte Benoîte d’Origny, Martyre, le 8e Octobre. Aux Hospitalières de saint Joseph de Moulins, on honore sous le nom de sainte Benoîte, un corps saint apporté des Cimetières de Rome, où on l’avoit nommé Euphémie ; mais parce qu’il y avoit déjà dans la même ville un corps saint honoré sous ce nom, on a changé celui d’Euphémie en Benoîte, qui est la même chose. Chast.

BENOÎTE. s. f. ou GALLIOTE. Caryophyllata. Plante vivace, ainsi appelée à cause de ses racines qui ont une odeur & un goût qui approche du clou de girofle. On croit que le nom de Benoîte lui a été donné par rapport à ses propriétés, quasi herba benedicta ; d’autres disent Sanamunda. Sa racine est composée d’un paquet de fibres longues & chevelues à leurs extrémités, d’un goût & d’une odeur aromatique, & qui approche du girofle, sur-tout dans le printemps avant qu’elle pousse sa tige. Du collet de sa racine sortent quelques feuilles tapées contre terre, velues & découpées profondément jusqu’à leurs côtés en plusieurs segmens dentelés, dont celui qui termine chaque côté est plus ample, plus arrondi, crénelé sur ses bords, & souvent échancré légèrement en trois quartiers. D’entre ces feuilles s’élèvent quelques tiges menues, velues, remplies de moele blanche, hautes d’un pied & demi, branchues à leurs extrémités, garnies par intervalles de feuilles alternes ; chaque branche est soutenue par une petite feuille en manière d’aileron, & est terminée par des fleurs jaunes à cinq pétales, dont le calice est découpé en dix parties, cinq grandes, & cinq plus petites, vertes. Plusieurs étamines occupent le milieu de la fleur, dont le pistil fait le centre, & devient un fruit arrondi, composé de plusieurs semences ramassées en tête, & terminées par une barbe crochue avec laquelle elle s’attache aux habits des passans. Outre ces fleurs qui terminent les tiges & les branches, il y en a d’autres qui prennent naissance du côté opposé des feuilles, & qui sont portées sur des pédicules assez longs. La Benoîte croît communément le long des chemins dans les bois. On se sert de ses racines pour arrêter les pertes & pour guérir les fièvres. On met ses feuilles tremper dans le vin pour les obstructions.

La Benoite. Terme de Chimie. C’est l’épithéte que donnent encore à présent les Chimistes à la Pierre Philosophale, qu’ils font tantôt adjectif, tantôt substantif, en la nommant absolument la Benoîte.

BENOITIER. s. m. Vieux mot. Bénitier, vase où l’on met de l’eau bénite. Vas aquæ sacræ.

☞ On disoit aussi Bénoyer pour bénir.

BENS, ou BOUGE, ou la Poire de Légat. Espèce de méchante poire qui se mange au mois d’Août. La Quint.

☞ BENSHEIM. Ville d’Allemagne, dans le Cercle du haut Rhin, dans l’Archevêché de Mayence.

☞ BENTHEIM, ou BENTHEN, (Comté de) petit pays d’Allemagne en Westphalie, qui prend son nom d’un Château bâti sur le sommet d’une montagne.

☞ BENTIVOGLIO. Petite ville d’Italie, dans l’Etat de l’Eglise, à dix milles de Bologne.

BENURÉ. adj. Vieux mot qui signifie heureux.

BEO.

BEORI. s. m. Animal des Indes Occidentales. Il ressemble à un veau. Sa peau est extrêmement dure & épaisse. Il vit d’herbes sauvages.

BÉOTARQUE. s. m. Chef des Béotiens, premier Magistrat des Béotiens. Bæotarcha. Les Béotarques étoient chez les Béotiens, ce que les Archontes étoient chez les Athéniens. Voyez Tite-Live, Liv. XLII. C. 43.

Ce mot est formé de Βοιωτός, Béotien, & ἀρχή, Commandement, Empire.

BÉOTIE. Bœtia. Quelques-uns écrivent Bœtie suivant le mot grec, Βοιωτία, dont la première syllabe qui est la diphthongue oi, a été rendue en latin par œ, Bœotes. C’étoit anciennement une contrée de la Grèce, qui avoit porté auparavant les noms d’Aonie, d’Ogygie, d’Hyantide, de Messapie, de Cadmeïde. Diodore l’appelle Arné. La Béotie, dit Etienne le Géographe, touchoit trois mers ; celle du Péloponèse, la mer de Sicile & la mer Adriatique. Elle s’étendoit depuis le golfe de Zeiton, & le détroit de Négrepont, jusqu’au golfe de Lépante. Elle avoit la Mégaride vers le Midi, l’Attique au Levant, la Phocide avec les Locres, ou Locriens Epinémidiens, au Couchant. On divisoit la méotie en haute & basse. La haute étoit au Midi, & la basse au Septentrion. Aujourd’hui ce pays porte le nom de Siramulipa, & fait une partie de la Livadie. La capitale de Béotie étoit Thèbes, bâtie par Cadmus.

Le Géographe Etienne rapporte plusieurs éymologies de ce nom. Quelques-uns le tiroient de Beotas, que les uns font fils d’Itonus, fils d’Amphictyon, le plus jeune des enfans de Deucalion & de Pyrrha ; & d’autres, fils de Neptune & d’Arne. C’est peut-être par allusion à cette fable, ou à cause de la multitude de leurs côtes & de leurs ports de mer, que l’on voit quelquefois sur leurs médailles un Neptune. Quoi qu’il en soit, les Auteurs dont je parle, prétendent qu’il fut ainsi nommé de βοῦς, bœuf, parce que sa mère le cacha dans du fumier de bœufs quand il fut né, pour en dérober la connoissance à son père. Une seconde étymologie dérive ce nom de βοῦς, bœuf, parce que Cadmus trouva un bœuf qui le conduisit dans l’endroit, où ensuite il bâtit Thèbes. D’autres veulent qu’il ait été donné aux Béotiens à cause de leur esprit pesant.

BÉOTIEN, ENNE. s. m. & f. Nom de peuple, & adjectif, qui se dit de ce qui appartient à ce peuple. Bœotus, Bœotius. Les Béotiens passoient pour avoir l’humeur sauvage, de sorte que pour l’adoucir on eut besoin de joueurs de flûtes, ce qui les rendit depuis affectionnés à cet instrument. T. Corn. Les Béotiens furent d’abord sujets à des Rois. Ils établirent ensuite une sorte de République, dont les Thébains furent ordinairement les Chefs. Id. Etienne dit que les Béotiens l’emportoient sur les autres peuples de la Grèce dans les exercices du corps, ou de la Gymnastique. C’est peut-être ce que marquent sur leurs médailles le bouclier & la massue qu’on y voit souvent, aussi-bien qu’une figure d’homme armé qui tient une pique. On disoit d’étranges choses de la stupidité des Béotiens, témoin le proverbe ; un cochon, un esprit, une oreille de Béotie ; pour signifier un sot & un hébété. Homère traite les Béotiens d’hommes fort épais & fort stupides. Pindare & Plutarque, deux Béotiens qui ne sentent guère le terroir, & qui prouvent bien que l’esprit est de tout pays & de tout sexe, passent condamnation sur la bêtise de leurs compatriotes. Lucien, dans ses Dialogues, fait répondre par une interlocuteur : ce que vous dites là est bien sauvage, & diablement Béotien. Horace dit qu’à juger d’Alexandre par son mauvais goût sur la Poësie, on jugeroit que c’est un franc Béotien. Tourr.

BEQ.

BÉQUE. s. f. Ce mot se trouve dans un voyage pour la partie de l’ancre qui est pointue, & en bec, & qui s’attache au fond à la terre. Rostrum anchoræ. On l’appelle autrement patte. Ce mot se dit apparemment pour bec, & les Mariniers l’ont fait féminin par corruption. Pour surcroît de malheur, la béque de notre ancre rompit, & il étoit à craindre d’aller nous briser sur nos navires, que nous eussions aussi fait périr. Voyage de l’Arab. Heur. p. 208. ☞ Cet Ecrivain ne sera pas pris pour modèle.

BÉQUÉ. Voyez Becqué.

BÉQUÉE. Voyez Béchée, c’est la même chose.