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ceux qui voudront s’en convaincre plus particulièrement, n’auront qu’à consulter le Dict. de l’Acad. Fr. » A ce ton décidé, ne croiroit-on pas que notre remarque est fausse, & contraire à l’usage ? Cependant toute l’erreur est dans le prétendu correctif, & n’est que là.

Accoutumer. v. a. Faire contracter une habitude, & accoutumer conjugué avec l’auxiliaire être, demande que la particule à précede l’infinitif qui suit.

Accoutumer, joint au verbe auxiliaire avoir, qui est alors verbe neutre, & signifie avoir coutume, demande la particule de devant l’infinitif qui suit.

Voilà ce que nous disons avec le Dict. de l’Acad. Fr. auquel on nous renvoie, avec tout le monde, avec les Vocabulistes eux-mêmes. D’où peut donc venir une critique aussi déplacée ? Ils n’auroient pas fait cette étrange bévue, s’ils avoient pris la peine de distinguer les différentes acceptions du verbe accoutumer.

On diroit que ces Messieurs ont accoutumé de critiquer beaucoup ; & qu’ils sont accoutumés à critiquer avec peu de discernement & peut-être avec peu de bonne foi. On accoutume les laquais à être insolens, & les laquais ont accoutumé d’être insolens.

On dit proverbialement, qu’un homme est accoutumé à une certaine chose, comme un chien à aller nue tête, comme un chien à aller à pied, comme les poules à gratter.

Accoutumer un cheval. Terme de manége, c’est le styler, le faire à quelque exercice, ou à quelque bruit que ce soit, pour qu’il n’en ait point peur.

ACCOUTUMÉ, ÉE. part. Assuefactus, Assuetus.

Accoutumé, signifie quelquefois, ordinaire, ce qu’on a coutume de faire. Solitus. On a tenu l’audience à l’heure accoutumée. On lui a fait son procès en la forme & manière accoutumée. Style du Palais.

A l’accoutumée. adv. De la manière qu’on avoit accoutumé. Ut solet, de more. On a raccommodé ces amis qui étoient brouillés : ils vivent maintenant à l’accoutumée. Ce mot n’est en usage que dans le style familier.

ACCOUVER, v. n. qui s’emploie avec le pronom personnel. On dit à la campagne, que les poules & les canes s’accouvent, quand elles commencent à couver leurs œufs.

ACCOUVÉ, EE. part. & adj. Qui se tient au coin de son feu en fainéant, en paresseux, sans vouloir en sortir pour travailler. Alsiosus, iners. Cet artisan passe tout l’hiver accouvé au coin de son feu. Il est bas & vieux. Ce mot vient de incubitare. Nicod.

ACCRAVANTER. v. a. Ecraser, accabler sous un poids excessif. Onere obruere, mole opprimere. Si vous lui faites porter ce fardeau, c’est le moyen de l’accravanter. Cet homme a été accravanté sous les ruines de sa maison. Ce mot est vieux, & vient du latin aggravare. Autrefois on disoit même en François Aggravanter, & c’est de-là que s’est formé accravanter, en changeant g en c.

ACCRAVANTÉ, ÉE. part. C’est ce que nous disons Aggravé. Courbé & accablé de fatigue. Cl. Marot. Ce Poëte dit dans son Cantique à la Déesse Santé :

Soit à ton loz mon Cantique chanté,
Car par toy est laise doux enfanté,
Par toy la vie en corps accravanté
Est restaurée.

ACCRÉDITER. v. a. Donner du crédit & de l’autorité ; mettre en réputation & en estime dans le public. Commendare, auctoritatem dare. Il s’emploie souvent avec le pronom personnel. Il n’y a rien qui accrédite davantage une personne que la bonne foi. Un chef de parti est obligé à caresser un scélérat, qui s’est accrédité parmi le peuple. M. Esp. Est-ce un prodige qu’un sot riche & accrédité ? La Bruy. Ce Président s’est accrédité dans sa Compagnie par sa capacité & par son intégrité. Ce ministre s’est fort accrédité à la Cour par son zèle & par sa prudence. Les marchands s’accréditent en vendant fidellement.

Il se dit aussi figurément pour autoriser, donner cours ; rendre plus vraisemblable. Accréditer la calomnie. Accréditer le mérite. Ce mot vient d’accreditus, qui a été fait d’accredere, dont on s’est servi dans la basse Latinité, pour signifier, Prêter. Du Cange.

ACCRÉDITÉ, ÉE. part. Auctoricate pollens.

ACCRÉTION. s. f. Terme de Médecine dans M. Harris. Ce mot est Latin, accretio, accroissement. Et dans le sens que l’explique M. Harris, nous disons en François excroissance. Voyez ce mot.

Accrétion, dans le même sens d’accroissement, est aussi un terme de coutume. Voyez ce mot.

ACCROC. s. m. Déchirure qui se fait quand on est arrêté par quelque chose de crochu, & de pointu. Scissura. Il est difficile de passer à travers des ronces & des haies, sans qu’on se fasse quelque accroc. Il se dit aussi de ce qui accroche, de ce qui déchire. J’ai rencontré un accroc qui a déchiré mon habit.

Accroc, se dit figurément des embarras, des difficultés, de tout ce qui arrête, & qui retarde une affaire. Mora, impedimentum. La mort d’une des parties est un accroc qui empêche l’instruction de ce procès. L’accusation qu’on a faite contre cet homme, est un fâcheux accroc qui peut ruiner sa fortune. Dans ce sens il est du style familier.

ACCROCHE. s. f. Embarras, retardement qui arrive en quelque affaire, à cause de quelque difficulté qui survient. Impedimentum, mora. Les oppositions à ce décret sont des accroches qui retarderont long-temps notre payement. Il est populaire.

ACCROCHEMENT. s. m. Action d’accrocher. Unci immissio. Il ne se dit point au propre. Quelques-uns s’en servent au figuré. Il y a des gens qui se font descendre des plus nobles familles sur des ressemblances de noms, ou par d’autres accrochemens visionnaires. Cail. Il ne vaut pas mieux au figuré qu’au propre.

Accrochement en horlogerie, signifie un vice de l’échappement qui fait arrêter l’horloge ; ce qui arrive lorsqu’une dent de la roue de rencontre s’appuie sur une palette avant que son opposée ait échappé de dessus l’autre palette.

ACCROCHER. v. a. Attacher quelque chose à un crochet, à une cheville, à un clou, à une agraffe. Unco suspendere. Il faut accrocher ce sac à sa cheville. Accrocher sa montre à sa ceinture. Accrocher un tableau. Ce mot vient du Grec ἀκροχεῖρ qui signifie le bout de la main, parce qu’il sert à accrocher.

Accrocher, signifie aussi attacher à quelque chose de ferme. Unco astringere. Accrochez ce bateau avec sa chaîne à l’anneau de ce pont. Avec le pronom personnel il signifie se prendre à quelque chose. Nos braves s’accrochant se prennent aux cheveux. Boil. On dit qu’un homme qui se noie, s’accroche à tout.

Accrocher, en termes de Marine, signifie, arrêter un navire, le joindre, ou s’y attacher en jetant le grapin pour venir à l’abordage. Harpagonem in navim injicere, harpagare. Ces deux navires étoient accrochés, il y eut entr’eux un rude combat.

Accrocher, se dit figurément en choses morales, & dans le style commun des difficultés, des circonstances qui retardent la conclusion d’une affaire. Il a trouvé moyen d’accrocher son affaire au Conseil, en l’y faisant retenir pour la juger. Ce procès étoit sur le point d’être jugé ; la partie l’a accroché par une chicane ; c’est-à-dire, qu’elle y a apporté du retardement par quelque incident. Liti moram injicere. Ce prisonnier alloit sortir, mais il a été accroché par une nouvelle recommandation. Il signifie encore attraper, emporter par finesse.

Dans l’ame elle est du monde, & ses soins tentent tout,
Pour accrocher quelqu’un, sans en venir à bout.

Mol

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s’Accrocher, à un Prince, à un grand Seigneur, se dit de ceux que le mauvais état de leurs affaires oblige de s’attacher à la fortune d’un Prince, d’un grand Seigneur. Acad. Fr.

Accrocher, se dit proverbialement en cette phrase :

Tome I.

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