Page:Dictionnaire de Trévoux, 1771, II.djvu/157

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la plus légère, & en même temps la plus douce de ce mixte ; au lieu qu’en le brûlant, on est cause qu’il se dissipe beaucoup de cet esprit doux & subtil. Toujours est-il certain que par la préparation ordinaire le café perd considérablement de son poids ; & si l’on veut l’éprouver, on verra que le déchet est de 120 grains sur une once, c’est-à-dire, de près de deux gros ; diminution trop grande pour que les dissipation des esprits volatils, qui sont les premiers à s’évaporer, n’y ait beaucoup de part. Quoi qu’il en soit, voici comment on doit préparer cette boisson.

Il faut prendre un gros de café en féve, bien mondé de son écorce, le faire bouillir l’espace d’un demi-quart d’heure au plus, dans un demi-setier d’eau, ensuite retirer du feu la liqueur, qui sera d’une belle couleur citrine, & après l’avoir laissée reposer quelque temps, bien bouchée, la boire chaude avec du sucre. Cette boisson exhale une odeur douce qui se dissipe aisément, elle a un goût agréable : elle fortifie l’estomac, elle corrige les crudités, & débarrasse sensiblement la tête. Mais une qualité particulière qu’on y trouve, c’est qu’elle adoucit l’âcreté des urines, & soulage la toux la plus opiniatre. Nous en avons fait l’expérience sur plusieurs malades.

Le même café qu’on a employé la première fois, retient encore assez de qualité pour pouvoir s’en servir une seconde, & même une troisième ; ce qui vient de ce que ce fruit qui ne se ramollit presque point en bouillant, est d’une tissure extrêmement compacte, qui empêche que ce qu’il contient de plus subtil, ne s’évapore tout d’un coup.

Si on laisse bouillir long-temps le café, sa couleur se charge, & la liqueur devient verte comme du jus d’herbe : elle est moins bonne alors, parce qu’elle est trop remplie de parties terrestres ; elle laisse même au fond du vaisseau, un peu de limon vert, ce qui marque assez la grossiereté de ces mêmes parties. Il faut donc prendre garde de la faire trop bouillir. Avec cette précaution on peut s’assurer d’avoir une boisson merveilleuse, pour produire les effets salutaires que nous venons de marquer. Il y a même lieu de croire que, si l’usage s’en introduit, ce ne soient pas-là les seuls avantages qu’on en pourra retirer. Andry.

Nous remarquerons qu’ayant fait usage de cette boisson, nous avons découvert qu’outre les qualités qu’on vient de rapporter, elle a celle de soutenir les forces contre l’inanition ; ensorte qu’étant prise à jeun, on peut se passer plus long-temps de nourriture, sans en être incommodé. C’est de-quoi se convaincront aisément ceux qui en voudroient faire l’expérience. Journal des Sav, 1716, p. 283.

Pour qu’on ne soit pas obligé de peser chaque fois le café, nous ajoutons que 28 grains de café, mondé font un gros. Observons encore qu’il y a 128 gros dans une livre, & que comme le café peut servir trois fois, il y aura 384 prises de café dans une livre. Une personne qui n’en prendra qu’une fois le jour, n’en dépensera pas une livre en un an. Il s’en faut beaucoup qu’il en soit de même en le brulant. Un homme tombé en apoplexie en fut tiré par plusieurs lavemens de café. Acad. 1720, Hist. p. 29.

Café mariné. C’est du café, qui a été mouillé de l’eau marine, & puis séché. On estime peu cette sorte de café, à cause de l’âcreté que lui donne l’eau marine, & que ne lui ôte pas même la torréfaction.

On appelle aussi café, un lieu destiné à prendre du café, une maison où l’on va prendre le café, pour de l’argent. Il demeure près d’un café. Nouvelle de café. On dit qu’il y a trois mille cafés à Londres. Il y a en Turquie des cabarets exprès pour vendre du café, comme on fait le vin en France.

Café. Couleur de café. C’est la couleur, non pas de la fève, ou rotie ou non rotie ; mais celle de cette fève rotie & réduite en poudre, ou de l’eau dans laquelle elle a bouilli ; c’est-à-dire, un châtain foncé. Cafœi color. Rufus. J’ai levé un habit couleur de café. On dit quelquefois, en abrégeant, un drap café ; son habit est café ; ou de café ; c’est cet homme vêtu de café. On sousentend la couleur.

CAFETAN ou CAFFTAN. s. m. Robe longue de camelot, agrafée & bordée par-devant avec des courtes manches, que portent ordinairement les principaux Officiers Militaires Turcs. On accorda par une distinction particuliere aux Officiers des Vaisseaux du Roi, douze Kerckes, outre dix CafetansMerc. Déc. 1724. Le mot de Kercke est Grec, & a différentes significations, exposées dans le Jardin des Racines Grecques, art. 91, n°s 11 & 12 ; mais je n’y vois rien qui puisse convenir ici. Sa Majesté Czarienne voulant marquer sa considération à Donduk Ombro ; lui a envoyé le cafetan & le Sabre, suivant l’usage établi parmi les Princes Mahométans. Merc. Juill. 1736.

CAFETIER. s. m. Prononcez Caftier. Richelet dit qu’on appelle ainsi un homme qui ne vend que du café en semence, ou, comme on dit, en fève.

☞ Nous entendons, aujourd’hui, par Cafetier, celui qui vend du café, du chocolat, des liqueurs froides & chaudes. Voyez Limonadier, qui se dit plus ordinairement.

CAFETIÈRE. s. f. Petit vaisseau fait en forme de coquemar, dans lequel on prépare le café. Vasculum coquendo Cafœo indoneum. Cafetière de terre, cafetière de faïance, cafetière de fer blanc, ou de cuivre, cafetière d’argent. Prononcez comme s’il étoit écrit caftière, ou presque de la même manière.

CAFIER. s. m. Espèce de Jasmin d’Arabie dont la semence nous est connus sous le nom de café. Jasminium Arabicum, Lauri folio, cujus semen apud nos café dicitur, Act. Ac. R. Pan. Cet arbre a été apporté en Europe en 1707 par les Hollandois, & en 1709 il donna des fruits au jardin d’Amsterdam ; avant ce temps-là on ne connoissoit point son caractère ; & les différens sentimens des Auteurs qui avoient traité du café, faisoient naître des doutes qu’on ne pouvoit résoudre que par la vue & la culture de cette plante. Celui qui en a le mieux parlé, est M. Galland, dans une lettre qu’il imprima en 1699 à Caen, & qui contient une Traduction d’un Traité sur le café, composé par Abdalcader Ben Mohammet, qui vivoit l’an 996 de l’Egire, c’est-à-dire, 1587 de J. C. Cet Auteur, à la fin de cet ouvrage, témoigne qu’il a vû à Constantinople les rejetons d’un arbre de café. Un Turc qui avoit pris soins de le cultiver, voyant qu’il avoit gêlé, le coupa par le pied ; mais il poussa des rejetons. Il ajoute que ses feuilles sont vertes toute l’année ; qu’elles ressemblent à celles du Laurier, excepté qu’elles ne sont pas si pointues, mais plus épaisses, & d’un vert plus foncé. M. Nointel, Ambassadeur du Roi, le fit peindre. Le Cafier, qui est garni en tout temps de feuilles, donne beaucoup de branches un peu horisontales, toujours opposées, & chargées d’espace en espace de feuilles opposées deux à deux, à queue fort courte. La figure de ces feuilles est pareille à celle du Laurier, avec cette différence, qu’elles sont plus larges, plus pointues, d’un vert gai & luisant en dessus, plus pâle en dessous, & qu’elles n’ont qu’un goût douceâtre & d’herbe, sans odeur particulière. De l’aisselle de la plûpart de ces feuilles naissent des fleurs jusqu’au nombre de cinq, soutenues par un pédicule fort court. Ces fleurs sont à peu près de la figure & du diamètre des fleurs du Jasmin d’Espagne ; mais elles sont toutes blanches ; leur tuyau est plus court, & leurs découpures plus étroites ; les étamines, outre cela, se trouvent en nombre pareil à celui des découpures de la fleur, ce qui n’est pas ordinaire aux Jasmins. L’odeur de ces fleurs est légère, douce & agréable. Le calice qui soutient la fleur est à quatre pointes, & environne un embryon ou jeune fruit surmonté d’un style