Page:Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle, 4.djvu/11

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[APERÇU]
[CONSTRUCTION]
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Les hordes germaniques qui envahirent les provinces romaines n’apportaient pas avec elles des arts et des méthodes de bâtir, ou du moins les éléments qu’elles introduisaient au milieu de la civilisation romaine expirante ne pouvaient avoir qu’une bien faible influence. Elles trouvèrent des monuments bâtis, et elles s’en servirent. Longtemps après l’envahissement des barbares sur le sol gallo-romain, il existait encore un grand nombre d’édifices antiques ; ce qui indique que ces conquérants ne les détruisirent pas tous. Ils tentèrent même souvent de les réparer et bientôt de les imiter.

Mais après de si longs désastres, les traditions laissées par les constructeurs romains devaient être en grande partie perdues ; et sous les Mérovingiens les édifices que l’on éleva dans les Gaules ne furent que les reproductions barbares des constructions antiques épargnées par la guerre ou qui avaient pu résister à un long abandon. Le peu de monuments qui nous restent, antérieurs à la période carlovingienne, ne nous présentent que des bâtisses dans lesquelles on n’aperçoit plus qu’un pâle reflet de l’art des Romains, de grossières imitations des édifices dont les restes nombreux couvraient encore le sol. Ce n’est que sous le règne de Charlemagne qu’on voit les constructeurs faire quelques tentatives pour sortir de l’ignorance dans laquelle les siècles précédents étaient plongés. Les relations suivies de ce prince avec l’Orient, ses rapports avec les Lombards, chez lesquels les dernières traditions de l’art antique semblent s’être réfugiées, lui fournirent les moyens d’attirer prés de lui et dans les pays soumis et sa domination des constructeurs qu’il sut utiliser avec un zèle et une persévérance remarquables. Son but était certainement de faire renaître les arts romains ; mais les sources auxquelles il lui fallut aller puiser pour arriver à ce résultat s’étaient profondément modifiées dans leurs principes. Charlemagne ne pouvait envoyer des architectes étudier les monuments de la vieille Rome, puisqu’il n’en avait pas ; il ne pouvait demander des artistes, des géomètres, des ouvriers habiles qu’à l’Orient, à l’Espagne ou à la Lombardie, contrées qui seules en possédaient. Ceux-ci apportaient avec eux des méthodes qui déjà s’étaient éloignées de celles de l’antiquité. La renaissance carlovingienne produisit donc des résultats fort différents de ce que son auteur en attendait probablement. Après tout, le but était atteint, puisque les nouveaux éléments importés en Occident produisirent bientôt des efforts considérables, et qu’à partir de cette époque les arts progressèrent rapidement. C’est l’histoire de cette progression, au point de vue de la construction seulement, que nous allons essayer de faire, en renvoyant nos lecteurs au mot Architecture pour tout ce qui tient aux développements de cet art, du xe au xvie siècle.

Pendant la durée de l’empire romain, soit à Rome, soit à Byzance, il est facile de reconnaître que les voûtes avaient été la préoccupation dominante des constructeurs. De la voûte en berceau, ils étaient promptement arrivés à la voûte d’arête, et de la coupole portée sur un mur cir-