Page:Diderot - Œuvres complètes, éd. Assézat, I.djvu/228

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


Diderot, enhardi par le succès que cet ouvrage avait eu parmi les bons esprits, les seuls juges qu’il reconnût, y fit une suite qu’il garda prudemment dans son portefeuille, et qui aurait infailliblement compromis son repos, sa liberté, peut-être même sa vie, si dans ces temps très marqués dans notre histoire par tant d’atrocités ministérielles, il l’eût livrée à l’impression. Il faut cependant qu’une copie peu fidèle et très-incomplète de ces Pensées soit tombée depuis entre les mains de l’éditeur d’un Recueil philosophique publié en Hollande en 1770 ; car on trouve dans cet excellent recueil un assez grand nombre de ces pensées : mais on a changé dans plusieurs le tour et l’expression de Diderot, et ces changements ne sont pas toujours très-heureux. Comme j’ai eu entre les mains le manuscrit autographe de cette Addition aux Pensées philosophiques, je saisis avec empressement cette occasion de rétablir ici dans toute son intégrité le texte original de ces Pensées, beaucoup plus hardies que celles qui parurent en 1746. On y voit un philosophe profondément affligé des obstacles de toute espèce que les préjugés religieux ont opposés aux progrès des lumières, employer tour à tour les armes du raisonnement et du ridicule pour détruire une superstition qui, depuis vingt siècles, pèse sur l’esprit humain, et dont les fauteurs sont d’autant plus difficiles à détromper, que l’absurdité même des dogmes qu’elle enseigne sert d’aliment à leur stupide crédulité, et en fortifie les motifs à leurs propres yeux. »

Naigeon, avait été lui-même l’éditeur du Recueil philosophique ; Londres (Amsterdam), 1770. L’Addition y porte le titre de Pensées sur la religion.




I.


Les doutes, en matière de religion, loin d’être des actes d’impiété, doivent être regardés comme de bonnes œuvres, lorsqu’ils sont d’un homme qui reconnaît humblement son ignorance, et qu’ils naissent de la crainte de déplaire à Dieu par l’abus de la raison.


II.


Admettre quelque conformité entre la raison de l’homme et la raison éternelle, qui est Dieu, et prétendre que Dieu exige le sacrifice de la raison humaine, c’est établir qu’il veut et ne veut pas tout à la fois.