Page:Diderot - Œuvres complètes, éd. Assézat, XIX.djvu/235

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Pour éviter cet écueil des ressemblances, Cochin a demandé qu’en conservant toujours la condition donnée de la réunion future des deux époux, je lui en imaginasse un quatrième où il n’y eût que des figures symboliques. Je l’ai fait, et le voici.

Élevez un mausolée. Placez-y deux urnes, l’une fermée et l’autre ouverte. Asseyez entre ces deux urnes la Justice éternelle qui pose d’une main la couronne et la palme éternelles sur l’urne fermée, et qui tient sur son genou, de l’autre main, la couronne et la palme éternelles dont elle couvrira un jour l’urne ouverte. Voilà ce que les anciens auraient appelé un monument.

Imaginez près de ce monument la Religion debout, foulant aux pieds la Mort et le Temps. La Mort, enveloppée de ses longs draps et la face tournée contre terre ; le Temps, dans une attitude contraire, courroucé d’un monument élevé de nos jours à la tendresse conjugale, et le frappant de sa faux qui se met en pièces.

La Religion montre les urnes à la Tendresse conjugale, et lui dit : Là repose sa cendre ; là doit un jour reposer la vôtre, et les mêmes honneurs qu’il a reçus vous sont destinés.

La Tendresse conjugale, désolée, a le visage caché dans le sein de la Religion ; elle a laissé tomber à ses pieds les deux flambeaux, dont l’un est éteint et l’autre brûle encore. Un bel et grand enfant tout nu, symbole de la famille, s’est saisi d’un de ses bras sur lequel il a la bouche collée.

Voilà celui qui plaît le plus à Cochin. L’idée des urnes lui parait noble et ingénieuse ; cette Mort foulée aux pieds par la Religion, et ce Temps courroucé contre le monument, deux figures parlantes ; et ce grand et bel enfant tout nu forme, avec les deux autres figures, un groupe vraiment intéressant. Vous vous doutez bien que la faux brisée lui a tourné la tête.

J’en ai un cinquième ; et celui-là, je l’appelle le mien. Peut-être ne sera-t-il pas le vôtre. Je n’en conclurai rien que la diversité de nos goûts. J’aime les impressions fortes, et le tableau que je vais vous décrire fait frémir.

Imaginez un mausolée au haut duquel on arrive par des degrés. Là, je suppose un cénotaphe ou tombeau creux où l’on n’aperçoit que le sommet d’une tête couverte d’un linceul, avec un grand bras nu qui pend au dehors.