Page:Diderot - Œuvres complètes, éd. Assézat, XIX.djvu/297

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Non, mademoiselle, je ne vous dirai plus que je vous aime ; ou si je vous le dis, ce sera malgré moi : c’est que je ne pourrai résister à l’habitude.

Je crois vous avoir dit avant-hier que je vous haïssais. Cela n’est pas vrai ; ne le croyez pas.

Saluez bien maman pour moi ; saluez bien aussi Mme de Blacy, et finissons ces rhumes, qui m’ennuient malgré leur bon acabit.


CXV


Paris, le 20 octobre 1768.


Votre dernière lettre, n° 8, mademoiselle, est du 29 septembre ; et c’est aujourd’hui jeudi 20 octobre[1]. Faites-moi la grâce de m’apprendre si j’ai commis quelque faute qui m’ait fait perdre l’amitié de madame votre mère, l’estime de Mme de Blacy ou la vôtre. Un silence de vingt jours est bien propre à me donner les plus vives inquiétudes sur mon compte ou sur le vôtre. Je n’ai pas manqué un seul jour d’aller chez Damilaville y chercher une ligne de votre main. Comme il pourrait lui paraître, et que, depuis quelques jours, il me semble à moi-même, que ce n’est pas l’intérêt de sa santé qui me conduit chez lui, je n’ose plus lui demander s’il n’a rien à me remettre. J’aime mieux attendre jusqu’à neuf heures, dix heures du soir, qu’il songe de lui-même à m’offrir quelqu’une de vos lettres ; et je ne devrais pas vous dire tout le chagrin que je ressens lorsque je vois arriver le moment de le quitter sans en avoir reçu.

S’il est arrivé quelque accident à l’une de vous, ne me le laissez pas ignorer plus longtemps. Vous ne savez pas les idées qui me passent par la tête : c’est à me la faire tourner.

J’aurais à vous amuser d’une infinité de choses extraordinaires, parmi lesquelles une aussi extraordinaire qu’il m’en soit jamais arrivé dans ma vie, et que j’avais devinée, annoncée

  1. Diderot commet ici une erreur qu’il explique et rectifie dans le cours de cette lettre ; elle devrait porter la date du 13 octobre.