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quets par un tour mort haut & bas, comme on l’a observé des mêmes rets sédentaires de basse-eau ; les pannes, bras ou côtés de la pêcherie sont de différentes longueurs ; la plus longue peut avoir ordinairement jusqu’à soixante brasses, & est exposée au flot ; l’autre a seulement environ cinquante brasses ; les pêcheurs pêchent toutes les marées le poisson qui s’est pris dans la courtine, & on ne laisse guere les filets tendus & les paulets dans la même place que durant deux marées au plus.

Les paulets sont éloignés les uns des autres d’environ une brasse, & sortent quatre piés au plus au-dessus du terrein ; le fond de la pêcherie est exposé à la mer ; il y a ordinairement cinq pêcheurs avec quatre acons pour former la tente, & chaque pêcheur fournit pour sa part cinq pieces de filets de huit à neuf brasses de long & d’une brasse de chûte dans le fond pour le milieu de la pêcherie ; les premieres pieces des pannes n’ayant que vingt-cinq mailles de hauteur, qui donnent environ une grande demi-brasse, les suivantes ont vingt-huit à trente mailles, & les pieces du milieu qui ont une brasse de haut, ont trente-cinq mailles de chûte.

Les pêcheurs de S. Michel commencent la pêche des courtines dès le milieu de Février, & la continuent jusque vers la fin d’Octobre ; de ces pêcheurs les uns changent & remuent leurs paulets, comme nous venons de l’observer ; d’autres ne les changent point, & les laissent sédentaires, suivant l’établissement des côtes où l’on place ces sortes de tentes de basse-eau.

Rets de gros fonds ou filet noirci, terme de pêche, monté en courtines ou bas parcs. Ce filet est tramaillé, non flotté, mais monté sur piquets ; les pêcheurs les nomment rets de gros fonds ; ils sont connus aussi sous le nom de filets noircis, à cause de leur couleur ; on pourroit les regarder comme des ravoirs tramaillés, avec cette différence que les pêcheurs ne pêchent le poisson qui s’y trouve pris, que de basse-mer, & lorsqu’il est à sec, parce qu’ils ne retroussent point le bas du filet, comme c’est l’usage des pêcheurs flamands & picards qui font la pêche des ravoirs ; ces rets n’ont que trois à quatre piés au plus de hauteur ; quand le pêcheur a tendu son filet, il entre dans l’enceinte avec son acon, & bat l’eau, comme font les picoteurs, pour y faire donner le poisson.

Il y a d’autres rets de gros fonds, que les pêcheurs du ressort de l’amirauté de Poitou ou des Sables-d’Olonne connoissent sous le nom de filets noircis, qui sont de véritables tramaux sédentaires qu’on peut comparer à des ravoirs tramaillés, étant de la même force, & opérant de la même maniere ; ils sont tendus le long de terre sur les bourbes ou vases de la côte, & élevés avec des petits piquets ou paulets de cinq à six piés de haut, enfoncés de la moitié sur les vases ; le rets peut avoir environ une brasse de hauteur ; mais il n’y a sur les paulets que la hauteur au plus de deux piés & demi ; on les tend en droite ligne, comme les ravoirs, en faisant un demi-tour au haut & au bas du filet ; ces sortes de rets ne peuvent causer aucun préjudice à la pêche.

Elle se fait depuis la S. Michel jusqu’à la fin de l’année ; toutes les semaines les pêcheurs rapportent à terre leurs filets, d’où ils vont avec leurs acons ôter toutes les marées, le poisson qui s’y trouve pris, & qui ne peut être petit à cause de la grandeur des mailles ; & après les avoir lavés & remis au sec, ils les repassent au tan chaque fois avant de les retendre ; ce qui leur donne peu-à-peu la noirceur qu’on leur remarque, & d’où les pêcheurs les ont ainsi appellés ; on prend communément dans ces sortes de tentes de toutes sortes d’especes de poissons plats.

Les mailles des hameaux des tramaux que les pê-


cheurs nomment la grande maille, ont sept pouces huit lignes en quarré, & la nappe, toile ou flue, qu’ils nomment menue, a les mailles de vingt-sept pouces aussi en quarré.

Description de la pêche des bas parcs, ou venets & rets de grandes mailles à pieux ou doubles piquets, amirauté de Carentan & Isigny. Rets de grandes mailles, terme de pêche, sorte de rets dont les pêcheurs riverains de Varreville dans le ressort de l’amirauté de Carentan & Isigni se servent, pour faire la pêche.

Ces pêcheurs de pié ont des rets de tentes ou venets & bas-parcs qu’ils nomment communément rets de grandes mailles par rapport à leur grandeur, des haranguieres, rets a sansonnets ou hauts parcs, de même calibre que les mêmes filets des pêcheurs des dunes de S. Germain ; ils les nomment aussi rets de petites mailles, eu égard à leur petitesse ; ils font encore à pié la pêche du poisson plat en foulant le sable.

Rets a crocs, en usage dans le ressort de l’amirauté de Barfleur par les pêcheurs de Mont-Forville. Les pêcheurs de ce lieu ont des rets entre roches qu’ils nomment indistinctement rets à crocs, haussierres flottées & rets traversis, ou traversiers ; la différence de ces noms vient de la diverse maniere dont les pêcheurs les tendent.

Les rets à crocs se tendent également avec bateau, lors de la pleine mer, ou à pié de basse mer. C’est un filet simple, flotté & pierré que les pêcheurs amarent par un bout à quelques roches, ou même qu’ils arrêtent à une grosse pierre ; ensuite ils les filent en demi-cercle, environ jusqu’aux deux tiers ; après quoi ils forment avec le reste du rets une espece de croc ou de spirale ; quelques pêcheurs, pour mieux réussir, tramaillent cette partie du fil, autour duquel tourne en dedans le poisson qui range la côte, & qui suit le rets jusque dans le fond du crochet d’où il retourne vers la roche, faisant toujours le même circuit jusqu’à ce que la marée venant à perdre, il reste à sec dans le filet, ou maillé, quand il a voulu le traverser.

Comme les côtes de cette contrée sont garnies de roches, les pêcheurs tendent les mêmes rets qui sont simples, d’une roche à l’autre, ou ils les amarent, ou même les placent aussi en demi-cercle, au moyen des pierres dont le bas du rets est garni ; de cette maniere ils les nomment des traversieres ou rets traversis ; cette sorte de pêche est quelquefois avantageuse pour prendre les poissons qui viennent en troupe à la côte, tels que les harengs, maquereaux, colins, surmulets, barres & mulets.

On nomme les mêmes filets des haussieres flottées, flies, lesques & cibaudieres, quand on les tend sur les sables, en les y arrêtant par le pié avec des pierres ou de petites torques de paille, lorsque la côte est sablonneuse ; ces dernieres manieres sont usitées le long des côtes de Flandres, de Picardie & de Normandie.

Les mêmes pêcheurs ont des rets de basse eau qui sont les mêmes filets qui servent aux tentes ou pêcheries, nommés bas-parcs, mais que les pêcheurs tendent un peu différemment à cause des roches dont toute leur côte est bordée, n’y ayant que peu de sable.

Les pêcheurs qui se servent de ces rets, les placent en fausses équerres ; le côté le plus long & le plus ouvert se prolonge sur les sables, & le plus court se place sur une espece de banc, afin qu’au reflux de la marée elle s’en puisse retirer avec plus de promptitude, & entraîne avec elle dans la pointe de la pêcherie tout le poisson qui y sera entré avec le flot, & qui s’en pourroit évader aisément, si la marée s’en retiroit doucement ; les pêcheurs des autres côtes qui se servent de ces sortes de filets, que l’on nomme aussi rets à bane, les tendent avec la même précaution.