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neurs que Louis le jeune lui avoit rendus dans son voyage en France. Bien-tôt après les papes changerent cette galanterie en acte d’autorité, par lequel en donnant la rose d’or aux souverains, ils témoignoient les reconnoître pour tels ; & d’un autre côté, les souverains accepterent avec plaisir de la part du saint siége, cette espece d’hommage. Urbain V. donna en 1368 la rose d’or à Jeanne, reine de Sicile, préférablement au roi de Chypre. En 1418 Martin V. consacra solemnellement la rose d’or, & la fit porter sous un dais superbe à l’empereur qui étoit alors au lit. Les cardinaux, les archevêques, & les évêques, accompagnés d’une foule de peuple, la lui présenterent en pompe, & l’empereur s’étant fait mettre sur un trône, la reçut avec beaucoup de dévotion aux yeux de tout le public.

Henri VIII. reçut aussi la rose d’or de Jules II. & de Léon X. Ce dernier pape ne prévoyoit pas qu’un de ses parens & successeurs (Jules de Médicis) qui prit le nom de Clément VII. s’aviseroit bien-tôt après d’excommunier ce même monarque, & qu’il arriveroit de-là, que toutes les roses de la tiare pontificale seroient flétries en Angleterre. (D. J.)

ROSEAU, s. m. (Botan.) genre de plante qui paroît ne différer du gramen & du chiendent que par la grandeur de ses tiges & de ses feuilles ; les Botanistes en comptent plusieurs especes, dont les deux principales ou communes sont le roseau de marais, arundo vulgaris, sive phragmites Dioscoridis, I. R. H. 526, & la seconde, le roseau cultivé, arundo sativa, seu donax Dioscoridis, I. R. H. 526.

Le roseau de marais a des racines grosses, nerveuses, & entrelacées, qui s’étendent fort loin, & serpentent obliquement dans la terre. Sa tige s’éleve à sept ou huit piés ; elle est creuse, & a des nœuds d’espace en espace, à chacun desquels sortent des feuilles longues, étroites, de la forme de celle des pailles, dures, & rudes au toucher. La tige est terminée en-haut par une espece d’épi ou de pannicule cossu, d’un brun rougeâtre, plein d’une substance molle & cotonneuse, ayant le sommet penchant en en-bas, & ne répandant aucune semence visible. Cette tige meurt toutes les années.

Le roseau cultivé ne differe point de l’espece précédente par ses tiges, ses feuilles, & ses fleurs, sa racine est d’un goût doux, & ses rejettons tendres peuvent même se manger.

Quant au roseau, ou canne à sucre, arunco saccharifera, le lecteur en trouvera la description au mot Sucre. (D. J.)

Roseau ou Canne, (Mat. méd.) de toutes les vertus que les Pharmacologistes ont attribuées au roseau. celle de pousser efficacement les urines, & de dissiper le lait, est la seule qui soit bien établie. La ptisane ou décoction pour boisson ordinaire de la racine du roseau, est un remede populaire, & presque généralement employé dans plusieurs pays pour faire perdre le lait des nourrices. (b)

Roseau a écrire, (Botan.) c’est une espece de canne qui ne croît que de la hauteur d’un homme, & dont les tiges n’ont que trois ou quatre lignes d’épaisseur, solides d’un nœud à l’autre, c’est-à-dire, remplies d’un bois moelleux & blanchâtre. Les feuilles qui ont un pié & demi de long, sur huit ou neuf lignes de large, enveloppent les nœuds de ces tiges par une gaîne velue ; car le reste est lisse, vert gai, plié en gouttiere, à fond blanc. Le pannicule ou le bouquet des fleurs est blanchâtre, soyeux, semblable à celui des autres roseaux. Les gens du pays taillent les tiges de ces roseaux pour écrire ; mais les traits qu’ils en forment sont très-grossiers, & n’approchent pas de la beauté des caracteres que nous faisons avec nos plumes. (D. J.)

Roseau ou Baguette d’Ezéchiel, (Théologie.)


mesure dont il est parlé dans l’Ecriture, & que les auteurs modernes croyent répondre à un pié onze pouces, & un tiers de pouce d’Angleterre. Voyez Mesure.

C’est dans le chapitre xl. d’Ezéchiel, où il s’agit de cette mesure : Dieu y montre en vision à ce prophete la réédification future de la ville de Jérusalem, & lui fait d’abord voir un homme qui tenoit en main un roseau ou baguette, pour mesurer les dimensions que devoit avoir cette nouvelle ville, & calamus mensuræ in manu ejus. La longueur de cette mesure semble être déterminée au verset 5, & in manu viri calamus mensuræ sex cubitorum & palmo. Or en donnant à la coudée 18 pouces, & à la palme un peu plus de trois pouces, selon le calcul le plus ordinaire, ce roseau auroit été une mesure de neuf piés trois pouces quelques lignes ; ce qui est fort différent de ce qu’avance ici M. Chambers. D’ailleurs le prophete ajoute que cet homme dont il eut la vision, prit avec son roseau les mesures des maisons, des murs, des portes de la ville, &c. & dit qu’il mesura la largeur de chaque maison, calamo uno, & la hauteur calamo uno. Or il seroit ridicule de ne donner à une maison qu’un pié onze pouces & un tiers de pouce en tout sens. Il est vrai qu’elles ne seroient pas beaucoup plus exhaussées ni plus spacieuses, en ne donnant à ce roseau que neuf à dix piés ; mais encore cela seroit-il plus supportable. Que si on met la coudée à 21 pouces, comme celle de Memphis, & la palme à proportion, on aura près d’onze piés tant en hauteur qu’en largeur ; ce qui suffit au-moins pour faire une chambre un peu commode. Nous ne donnons ceci que comme une conjecture, mais beaucoup plus vraissemblable que celle de M. Chambers, sur ce roseau ou baguette d’Ezéchiel.

Roseaux, (Architecture.) ornemens en forme de cannes ou bâtons, dont on remplit jusqu’au tiers les cannelures des colonnes rudentées. (D. J.)

Roseau, en terme de Batteur d’or, est une moitié de roseau de mer extrèmement aiguisée par le moyen d’un verre, dont on se sert pour couper les feuilles d’or qui sont minces jusqu’à un certain point.

Roseau, en terme de Vergetier ; ce sont les franges ou les barbes d’une sorte d’herbe grosse & haute qu’on trouve dans les étangs & autres endroits marécageux, & qu’on appelle roseau : elle n’est point propre à être employée quand elle est en fleur.

ROSÉE, s. f. (Physiq.) météore aqueux que l’on peut distinguer en trois especes, savoir la rosée qui s’éleve de la terre dans l’air, la rosée qui retombe de l’air, & enfin la rosée que l’on apperçoit sous la forme de gouttes sur les feuilles des arbres & des plantes. Parcourons ces trois especes. 1°. La rosée s’éleve de la terre par l’action du soleil, pendant les mois de l’été ; le soleil ne produit pas ces effets du premier coup, mais insensiblement, car aussitôt qu’il paroît au-dessus de l’horison, il commence à échauffer la terre & y darde ses rayons, & sa chaleur continue de s’introduire plus profondément, jusqu’à une ou deux heures après son coucher ; c’est alors que la chaleur commence à s’arrêter, & qu’elle commence à remonter insensiblement.

On peut rassembler la rosée, en mettant le soir sur la terre, ou un peu au-dessus, des plaques de métal non polies, ou de grands disques de verre. Si, après qu’il a fait un jour fort chaud, on place ces plaques dans un endroit qui ait été bien éclairé du soleil, la vapeur qui s’éleve de la terre se portera contre la surface inférieure & s’y attachera, & si on les pose un peu obliquement sur la terre, la rosée s’écoulera vers le bout inférieur, laissant après elle les traces qui marquent la route qu’elle a prise ; si au-contraire on place les plaques dans un endroit qui n’ait pas été éclairé du soleil, ou qui ne l’ait été que fort peu, il