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nommer la lettre s que nous appellons esse ; la difficulté de prononcer de suite deux consonnes, a conduit insensiblement à prendre pour point d’appui de la premiere le son e que nous trouvons dans son nom alphabétique.

Mais, dira-t-on, cette conséquence auroit dû influer sur tous les mots qui ont une origine semblable, & elle n’a pas même influé sur tous ceux qui viennent d’une même racine : nous disons esprit & spirituel, espace & spacieux, &c. Henri Etienne dans ses hypomnèses, pag. 114. répond à cette objection : sed quin hæc adjectiva longè substantivis posteriora sint, non est quòd dubitemus. Je ne sais s’il est bien constaté que les mots qui ont conservé plus d’analogie avec leurs racines, sont plus récens que les autres : je serois au-contraire porté à les croire plus anciens, par la raison même qu’ils tiennent plus de leur origine. Mais il est hors de doute que spirituel, spacieux, & autres semblables, se sont introduits dans notre langue, ou dans un autre tems, ou par des moyens plus heureux, que les mots esprit, espace, &c. & que c’est-là l’origine de leurs différentes formations.

Quoi qu’il en soit, cette prosthèse a déplu insensiblement dans plusieurs mots ; & l’euphonie, au-lieu de supprimer l’e qu’une dénomination fausse y avoit introduit, en a supprimé la lettre s elle-même, comme on le voit dans les mots que l’on prononçoit & que l’on écrivoit anciennement estude, estat, establir, escrire, escureuil, que l’on écrit & prononce aujourd’hui étude, état, établir, écrire, écureuil, & qui viennent de studium, status, stabilire, scribere, σκίουρος. Si l’on ne conservoit cette observation, quelque étymologiste diroit un jour que la lettre s a été changée en e : mais comment expliqueroit-il le méchanisme de ce changement ?

Les détails des usages de la lettre s dans notre langue occupent assez de place dans la grammaire françoise de M. l’abbé Régnier, parce que de son tems on écrivoit encore cette lettre dans les mots de la prononciation desquels l’euphonie l’avoit supprimée : aujourd’hui que l’orthographe est beaucoup plus rapprochée de la prononciation, elle n’a plus rien à observer sur les s muets, si ce n’est dans le seul mot est, ou dans des noms propres de famille, qui ne sont pas, rigoureusement parlant, du corps de la langue.

Pour ce qui concerne notre maniere de prononcer la lettre s quand elle est écrite, on peut établir quelques observations assez certaines.

1°. On la prononce avec un sifflement fort, quand elle est au commencement du mot, comme dans savant, sermon, sinon, soleil, supérieur, &c. quand elle est au milieu du mot, précédée ou suivie d’une autre consonne, comme dans absolu, converser, conseil, &c. bastonnade, espace, disque, offusqué, &c. & quand elle est elle-même redoublée au milieu du mot, comme dans passer, essai, missel, bossu, prussien, mousse, &c.

2°. On la prononce avec un sifflement foible, comme z, quand elle est seule entre deux voyelles, comme dans rasé, hésiter, misantrope, rose, exclusion, &c. & quand à la fin d’un mot il faut la faire entendre à cause de la voyelle qui commence le mot suivant, comme dans mes opérations, vous y penserez, de bons avis, &c.

On peut opposer à la généralité de la seconde regle, que dans les mots parasol, présupposer, monosyllabe, &c. la lettre s a le sifflement fort, quoique située entre deux voyelles ; & contre la généralité de la premiere, que dans les mots transiger, transaction, transition, transitoire, la lettre s, quoique précédée d’une consonne, a le sifflement doux de z.

Je réponds que ces mots font tout-au-plus exception à la regle ; mais j’ajoute, quant à la premiere


remarque, qu’on a peut-être tort d’écrire ces mots comme on le fait, & qu’il seroit apparemment plus raisonnable de couper ces mots par un tiret, para-sol, pré-supposer, mono-syllabe, tant pour marquer les racines dont ils sont composés, que pour ne pas violer la regle d’orthographe ou de prononciation à laquelle ils sont opposés sous la forme ordinaire : c’est ainsi, & pour une raison pareille, que l’on écrit arc-en-ciel ; parce que, comme l’observe Th. Corneille, (not. sur la rem. 443. de Vaugelas) « si l’on écrivoit arcenciel sans séparer par des tirets les trois mots qui le composent, cela obligeroit à le prononcer comme on prononce la seconde syllabe du mot encenser, puisque cen se prononce comme s’il y avoit une s au-lieu d’un c, & de la même sorte que la premiere syllabe de sentiment se prononce ».

Pour ce qui est de la seconde remarque, si l’on n’introduit pas le tiret dans ces mots pour écrire transiger, trans-action, trans-ition, trans-itoire, ce qui seroit sans doute plus difficile que la correction précédente ; ces mots feront une exception fondée sur ce qu’étant composés de la préposition latine trans, la lettre s y est considérée comme finale, & se prononce en conséquence conformément à la seconde regle.

La lettre S se trouve dans plusieurs abréviations des anciens, dont je me contenterai d’indiquer ici celles qui se trouvent le plus fréquemment dans les livres classiques. S, veut dire assez souvent Servius, nom propre, ou sanctus ; SS, sanctissimus. S. C, senatus consultum ; S. D, salutem dicit, sur-tout aux inscriptions des lettres ; S. P. D. salutem plurimam dicit ; SEMP. Sempronius ; SEPT. Septimius ; SER. Servilius ; SEXT. Sextus ; SEV. Severus ; SP. Spurius ; S. P. Q. R. senatus populusque romanus.

C’étoit aussi un caractere numéral, qui signifioit sept. Chez les Grecs σ vaut 200, & σ vaut 200000 ; le sigma joint au tau en cette maniere ϛ vaut six. Le samech des Hébreux ס valoit 50, & surmonté de deux points ס¨, il valoit 50000.

Nos monnoies frappées à Rheims sont marquées d’une S.

S, (Comm.) la lettre S toute seule, soit en petit, soit en grand caractere, mise dans les mémoires, parties, comptes, registres des marchands, banquiers, & teneurs de livres, après quelque chifre que ce soit, signifie sou tournois. Diction. de comm. & de Trévoux.

S ſ s, (Ecriture.) considérée dans sa forme, est la premiere partie d’une ligne mixte, & la queue de la premiere partie d’x ; elle se fait du mouvement mixte des doigts & du poignet. Voyez le volume des Planches à la table de l’Ecriture, Pl. des alphabets.

S, (Art méchaniq.) se dit d’un gros fil-de-fer, recourbé à chacune de ses extrémités en sens contraire, ce qui produit à-peu-près la forme de la lettre S. L’S des Eperonniers sert à attacher la gourmette à l’œil de la branche d’un mords, & pour cette raison se nomme S de la gourmette. Voyez Gourmette, & Pl. de l’Eperonnier.

S, en terme de Cloutier d’épingle, c’est une mesure recourbée par les deux extrémités, & formant deux anneaux fort semblables à ceux de la lettre S, dans lesquels on fait entrer le fil, & par ce moyen on fait le clou au numero qu’on veut, puisqu’on le cherche dans une S qui est à ce numero. Voyez Pl. du Cloutier d’épingle.

SA

SAADCH, (Géogr. mod.) ville d’Asie, dans l’Yémen, à environ 120 lieues de Sanaa. Elle est très peuplée, selon Alazizi, fertile, & a des manufactures pour la préparation des cuirs, & leur teinture.