Page:Diderot - Encyclopedie 1ere edition tome 14.djvu/495

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beauté sans art, de la jeunesse vigoureuse, sobre, & patiente au travail. C’est-là qu’habite la santé toujours fleurie, le travail sans ambition, la contemplation calme, & le repos philosophique.

Que d’autres traversant les mers courent après le gain ; qu’ils fendent la vague bouillonnante d’écume pendant de tristes mois ; que ceux-ci trouvant de la gloire à verser le sang, à ruiner les pays & les campagnes, sans pitié du malheur des veuves, de la désolation des vierges, & des cris tremblans des enfans ; que ceux-là loin de leurs terres natales, endurcis par l’avarice, trouvent d’autres terres sous d’autres cieux ; que quelques-uns aiment avec passion les grandes villes, où tout sentiment sociable est éteint, le vol autorisé par la ruse, & l’injustice légale établie ; qu’un autre excite en tumulte une foule séditieuse, ou la réduise en esclavage ; que ceux-ci enveloppent les malheureux dans des dédales de procès, fomentent la discorde, & embarrassent les droits de la justice. Race de fer ! Que ceux-là avec un front plus serain, mais également dur, cherchent leurs plaisirs dans la pompe des cours & dans les cabales trompeuses ; qu’ils rampent bassement en distribuant leurs souris perfides, & en suivant le pénible labyrinthe des intrigues d’état. Le sage libre de toutes ces passions orageuses, écoute, & n’entend que de loin & en sûreté, rugir la tempête du monde, & n’en sent que mieux le prix de la paix dont il est environné. La chûte des rois, la fureur des nations, le renversement des états, n’agitent point celui qui dans des retraites tranquilles & des solitudes fleuries, étudie la nature & suit sa voix. Il l’admire, la contemple dans toutes ses formes, accepte ce qu’elle donne libéralement, & ne desire rien de plus.

Quand le printems réveille les germes, & reçoit dans son sein le soufle de la fécondité, ce sage jouit abondamment de ses heures délicieuses ; dans l’été, sous l’ombre animée, & telle qu’on la goûte dans le frais Tempé, ou sur le tranquile Némus, il lit ce que ses Muses immortelles en ont chanté, ou écrit ce qu’elles lui dictent ; son œil découvre, & son espoir prévient la fertilité de l’année. Quand le lustre de l’automne dore les campagnes, & invite la famille du laboureur, saisi de la joie universelle, son cœur s’enfle d’un doux battement ; environné des rayons de la maturité, il médite profondément, & ses chants trouvent plus que jamais à l’exercer. L’hiver sauvage même est un tems de bonheur pour lui : la tempête formidable & le froid qui la suit, lui inspirent des pensées majestueuses : dans la nuit les cieux clairs & animés par la gelée qui purifie tout, versent un nouvel éclat sur son œil serain. Un ami, un livre, font couler tranquilement ses heures utiles ; la vérité travaille d’une main divine sur son esprit, éleve son être, & développe ses facultés ; les vertus héroïques brûlent dans son cœur.

Il sent aussi l’amour & l’amitié ; son œil modeste exprime sa joie ; les embrassemens de ses jeunes enfans qui lui sautent au cou & qui desirent de lui plaire, remuent son ame tendre & paternelle ; il ne méprise pas la gaieté, les amusemens, les chants, & les danses ; car le bonheur & la vraie philosophie sont toujours sociables, & d’une amitié souriante. C’est-là ce que les vicieux n’ont jamais connu ; ce fut la vie de l’homme dans les premiers âges sans corruption, quand les anges, & Dieu même, ne dédaignoient pas d’habiter avec lui.

Ajouterai-je pour terminer le tableau du sage, la peinture qu’en a fait un de nos poëtes d’après ces vers d’Horace, impavidum ferient ruinæ.

Le sage grand comme les dieux
Est maître de ses destinées,
Et de la fortune & des cieux,


Tient les puissances enchaînées ;
Il regne absolument sur la terre & sur l’onde ;
Il commande aux tyrans ; il commande au trépas ;
Et s’il voyoit périr le monde,
Le monde en périssant ne l’étonneroit pas.

(Le chevalier de Jaucourt.)

Sages, (Littérature.) nom sous lequel les Grecs désignoient en général les Philosophes, les Orateurs, les Historiens, & les autres Savans de toute espece. Pythagore sentit le premier que le titre de sage, étoit trop fastueux ; il prit celui de philosophe, qui signifie ami de la sagesse. La doctrine des sages, si on en excepte Thalès, qui cultivoit déja la Physique & l’Astronomie, se bornoit à des sentences ou maximes pour la conduite de la vie ; du reste, ni système, ni école formée, ni contradicteurs. (D. J.)

Sages-grands, (Gouv. de Venise.) il y a six sages-grands, ainsi nommés à Venise, parce qu’ils manient les grandes affaires de la république, & que pour cela, on suppose qu’ils ont plus de sagesse & d’expérience que le commun des nobles. Ils examinent entre eux les affaires qui doivent être portées au sénat, & les lui proposent préparées & digérées ; leur pouvoir ne dure que six mois. On appelle sage de la semaine, celui qui à chaque semaine reçoit les mémoires & les requêtes qu’on présente au college des sages-grands, pour les proposer au sénat. Il y a encore cinq sages de terre ferme : leur fonction est d’assister aux recrues des gens de guerre, & de les payer. On les traite d’excellence comme les autres ; il y a de plus le conseil des dix sages. C’est un tribunal où l’on estime, & où l’on taxe le bien des particuliers, lorsqu’il se fait des levées extraordinaires. Enfin, il y a les sages des ordres, qui sont cinq jeunes hommes de la premiere qualité, à qui on donne entrée au college, où se traitent les affaires de la république, pour écouter & pour se former au gouvernement sur l’exemple des autres sages. Amelot de la Houssaye. (D. J.)

Sage, (Maréchal.) un cheval sage est un cheval doux & sans ardeur.

Sage, tableau sage se dit en Peinture, d’un tableau dans lequel il n’y a rien d’outré, & où l’on ne voit point de ces écarts d’imagination, qui à force d’être pittoresques, tiennent de l’extravagant, & où les licences ne sont portées à tout égard qu’aux termes convenables. Peintre sage se dit aussi de celui qui fait des tableaux de ce genre.

Sages chiens, (Vénerie.) ce sont ceux qui conservent le sentiment des bêtes qui leur ont été données, & qui en gardent le change.

Sage-femme, s. f. celle qui pratique l’art des accouchemens. Les sages-femmes ont une maîtrise, & ne forment point de communauté entr’elles. Elles sont reçues maîtresses sages-femmes par le corps des Chirurgiens, à la police duquel elles sont soumises. Les lois pour les sages-femmes de Paris sont différentes que pour les sages-femmes de province, tant des villes que des villages. A Paris on ne peut être reçu à la maîtrise de sage-femme avant l’âge de vingt ans ; il faut avoir travaillé en qualité d’apprentisse pendant trois années chez une maîtresse sage-femme de Paris, ou trois mois seulement à l’hôtel-dieu. Les brevets d’apprentissage chez les maîtresses sages-femmes doivent avoir été enregistrés au greffe du premier chirurgien du roi, dans la quinzaine de leur passation, à peine de nullité ; & les apprentisses de l’hôtel-dieu sont tenues de rapporter un simple certificat des administrateurs, attesté par la maîtresse & principale sage-femme de l’hôtel-dieu.

L’aspirante à la maîtrise de sage-femme est interrogée à S. Côme par le premier chirurgien du roi ou son lieutenant, par les quatre prevôts du college de