Page:Diderot - Encyclopedie 1ere edition tome 14.djvu/573

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


decins regardent souvent la langue, & sont attentifs aux impressions qu’y laissent les maladies.

9°. La salive ayant un mauvais goût, les alimens nous paroissent desagréables, parce que leurs molécules se mêlent avec celles de la salive.

Parlons à présent des usages de la salive. Mais pour les mieux comprendre, il faut se rappeller qu’elle est composée d’eau, & d’une assez grande quantité d’esprits, d’un peu d’huile & de sel, qui mêlés ensemble, forment une matiere savonneuse.

Les alimens étant atténués par le mouvement de la mastication, la salive qui s’exprime par cette même action, & se mêle exactement avec eux, contribue 1°. à les assimiler à la nature du corps, dont ils doivent être la nourriture ; 2°. marie les huiles avec les matieres aqueuses ; 3°. produit la dissolution des matieres salines ; 4°. la fermentation ; 5°. un changement de goût & d’odeur ; 6°. un mouvement intestin ; 7°. une réfection momentanée ; 8°. quoiqu’insipide, c’est par elle que s’appliquent à l’organe du goût les corps savoureux.

La salive étoit d’une absolue nécessité. 1°. Il étoit besoin d’une liqueur qui humectât continuellement la bouche pour faciliter la parole, & oindre le gosier pour faire avaler les alimens qui sans cela ne pourroient point glisser. 2°. Il falloit un fluide qui pût dissoudre les sels & les matieres huileuses, & c’est ce que peut faire la salive par sa partie aqueuse, par son sel & par son huile ; si elle eût été entierement huileuse, elle n’auroit point dissout les matieres salines ; & si elle n’eût été qu’une eau pure, elle n’auroit point eu d’ingrès dans les matieres grasses. 3°. Il étoit nécessaire qu’il coulât dans la bouche une liqueur qui pût mêler les matieres huileuses, & celles qui sont aqueuses ; une liqueur saline, aqueuse & savonneuse peut se faire parfaitement, parce que le savon s’unit avec ces deux matieres. 4°. Si la salive avoit eu quelque goût ou quelque odeur, il eût été impossible que nous eussions appercu le goût ou l’odeur des alimens. 5°. Les sels n’agissent point qu’ils ne soient dissous ; il a fallu un dissolvant qui fut toujours prêt dans la bouche ; la salive passe encore dans la masse du sang avec les alimens, & peut-être qu’elle se perfectionne toujours davantage pour venir reproduire les mêmes effets.

Puisque la salive ne se sépare d’un sang arteriel très pur, qu’après y avoir été élaborée par un artifice merveilleux, se déchargeant dans la bouche, & se mêlant aux alimens, on a tort de la rejetter.

La trop grande excrétion de salive trouble la premiere digestion, & conséquemment celles qui suivent, produit la soif, la séchéresse, l’atrabile, la consomption, l’atrophie. Mais si elle n’est point filtrée dans la bouche, ou du moins si elle l’est en bien plus petite quantité que de coutume, la manducation des alimens, le goût, la déglutition, la digestion sont empêchés, & la soif est en même tems augmentée.

L’écoulement de la salive augmente ou diminue, selon la différente position du corps. 1°. Si on lie le nerf qui va à une glande salivaire, la filtration de la salive ne cesse pas d’abord, mais elle se fait plus lentement. 2°. Si on lie les veines jugulaires à un chien, la salive coule en si grande abondance, que cet écoulement ressemble au reflux de bouche que donne le mercure ; cela vient de ce que le sang étant arrêté dans les veines jugulaires, les arteres qui sont dans les glandes qui filtrent la salive, se gonflent, battent plus fortement, & poussent par-là plus de liqueur dans les filtres salivaires. 3°. La nuit il coule dans la bouche moins de salive que durant le jour, parce que durant le sommeil les glandes ne sont pas agitées par les muscles & par la langue, comme elles sont quand nous veillons ; d’ailleurs la transpiration qui augmen-


te durant la nuit, diminue l’écoulement de la salive ; c’est pour la même raison que cet écoulement cesse durant les grandes diarrhées. 4°. Dans certaines maladies, comme la mélancolie, par exemple, la salive coule en grande quantité ; cela vient de ce que le sang trouvant des obstacles dans les vaisseaux mésentériques qui sont alors gonflés & remplis d’un sang épais, le sang se jette en plus grande quantité vers les parties-supérieures, & en commun il s’y filtre plus de liqueur. 5°. Dans l’esquinancie la salive coule en grande quantité, parce que les vaisseaux qui vont aux glandes, s’engorgent à cause de l’inflammation ; ainsi l’irritation exprime plus de salive. 6°. Quand la mâchoire est luxée, on éprouve un grand écoulement de salive ; mais cet écoulement ne vient que de ce que les organes de la déglutition sont dérangés. 7°. Dans les petites veroles confluentes, il arrive une grande sputation, parce que la transpiration étant arrêtée, les glandes salivaires reçoivent plus de salive. Ajoutez à cela les pustules qui se forment au gosier. 8°. Pour le crachement qui vient dans la phthisie commençante, il est produit par des obstacles qui empêchent le sang de circuler librement ; on n’a qu’à se rappeller ce qui arrive par la ligature des veines jugulaires, & on expliquera facilement tous les phénomenes de cette espece.

La salivation peut être causée par les matieres âcres ; l’usage du tabac, par exemple, fait cracher beaucoup : ce que les purgatifs âcres produisent dans les intestins, le tabac le produit ici ; il irrite les nerfs, il donne de l’action aux vaisseaux capillaires : tout cela cause un engorgement qui pousse la salive dans les couloirs avec plus de force & en plus grande quantité ; en un mot, le tabac agit comme les vésicatoires ; mais la matiere qui produit la salivation la plus abondante, c’est le mercure. Voyez Salivation mercurielle. (Physiol.)

Non-seulement la salive peut être plus ou moins abondante, suivant la disposition des corps, comme on l’a remarqué : non-seulement le mercure peut en produire une évacuation prodigieuse & contre nature par les glandes salivaires, mais de plus, la salive peut être viciée singulierement dans différentes maladies. Il est rapporté dans les journaux d’Allemagne, qu’une vieille femme malade mit de sa salive sur la bouche d’un enfant, & qu’il survint d’abord à cet enfant plusieurs croutes galeuses sur les levres. On lit dans les Transactions philosophiques qu’une jeune femme ayant négligé de se faire têter, rendoit une salive toute laiteuse ; & quand cela lui arriva, ses mamelles se désenflerent. On lit encore dans les mémoires des curieux de la nature, qu’un particulier maladif & pituiteux crachoit une salive qui se coaguloit, & formoit une espece de chaux. (D. J.)

Salive maladies de la, (Médec.) I. La salive abonde en plus grande quantité dans la bouche, 1°. dans le tems de la mastication, de la succion & du baillement, lorsqu’on se porte bien ; 2° quand on fait usage de quelques remedes, comme de mercure, de mastich, de tabac, de jalape, de méchoacan, de remedes antimoniaux, on rejette encore davantage de salive ; & si cette evacuation ne procure pas la guérison de quelque maladie, elle prive le corps de l’humeur savonneuse qui lui est naturelle, & retarde l’élaboration du chyle ; 3°. lorsqu’au retour de la salive par les jugulaires, il se rencontre quelque obstacle dans l’angine, dans le gouêtre & les autres tumeurs du gosier, si on rejette trop de salive, cet accident menace d’un danger qu’on ne peut prévenir, qu’en dissipant la cause comprimante ; 4°. la salive qui vient à la suite de l’irritation de la bouche, de la dentition, de l’odontalgie, soulage rarement, & cause même d’autres maux qui naissent du défaut de secrétion ; 5°. dans le dégoût, la nausée, & les autres maladies