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& par ce mariage ce comté entra & demeura dans cette maison jusqu’en 1640, que René de Beuil le rendit à Henri de Bourbon, prince de Condé ; de-là vient que la maison de Bourbon Condé en jouit aujourd’hui.

La ville de Sancerre étoit autrefois une des places fortes des calvinistes. Charles IX. après le massacre de la S. Barthélemy, résolut de la leur enlever, & la fit assiéger le 13 Janvier 1573. Ce siege est bien mémorable. Les troupes du roi furent repoussées à tous les assauts, & singulierement à l’assaut général qu’elles donnerent le 11 Mars suivant. Il fallut convertir le siege en blocus, & prendre par la famine une place où l’on ne pouvoit entrer de force.

Les historiens rapportent que les réformés souffrirent pendant ce blocus les mêmes extrémités que les juifs au siege de Jérusalem. Un pere & une mere réduits au désespoir, y mangerent leur propre fils, âgé de 3 ans, & qui venoit de mourir de faim. On ne se nourrissoit plus dans la ville que des bêtes mortes, de peaux, de cornes de piés de bœufs & de vaches, &c. Enfin, on fut obligé de capituler le 25 Août de la même année. Le roi fit abattre le château, & démolir toutes les fortifications. Sancerre ne s’est pas relevée depuis ; ce n’est plus qu’une seigneurie d’environ 20000 liv. de rente, en y comprenant la baronie de Vailly. (D. J.)

SANCIAN ou SANCHOAN, (Géog. mod.) petite île de l’Océan oriental, sur la côte de la Chine, près du golphe de Quanton, à 18 lieues au couchant de Macao. Son circuit est d’environ 15 lieues, où l’on ne trouve que trois ou quatre villages dépeuplés : on dit que S. François Xavier y a terminé sa carriere, l’an 1552, & qu’il y a été enterré, mais quoiqu’on ignore le lieu de sa sépulture, on a imaginé qu’on l’avoit découvert ; les missionaires jésuites y bâtirent un autel, qui n’a pas subsisté long-tems. (D. J.)

SANCIR, v. n. (Marine.) c’est couler & descendre à fond. On dit qu’un vaisseau a sanci sous ses amarres, lorsqu’il a coulé bas, & qu’il s’est perdu tandis qu’il étoit à l’ancre.

SANÇOINS, (Géog. mod.) on écrit aussi Xançoins ; petite ville, ou plutôt bourg de France, dans le Berry, aux confins du Nivernois, & à 6 lieues de Nevers sur le ruisseau d’Argent. (D. J.)

SANCRAT, s. m. (Hist. mod.) c’est ainsi que l’on nomme dans le royaume de Siam les chefs ou supérieurs généraux des talapoins ou prêtres du pays. Celui qui préside au couvent du palais royal est le plus considéré ; cependant les sancrats, dont la dignité ressemble à celle de nos évêques, n’ont aucune jurisdiction les uns sur les autres ; mais chacun d’eux a au-dessous de lui un supérieur de couvent. Il n’y a que les sancrats qui aient droit de consacrer les talapoins ; ces derniers ont pour eux le plus grand respect après qu’ils les ont élus pour remplir cette place. Leur choix tombe communément sur le plus vieux talapoin du couvent.

SANCTIFIANT, adj. (Gram.) qui sanctifie. On dit l’esprit sanctifiant ; la grace sanctifiante. Nous avons vu de nos jours des femmes qui prétendoient avoir la grace des merveilles, sans avoir la grace sanctifiante ; par ce moyen elles faisoient sans conséquence des actions très-profanes, & des miracles ; & elles avoient trouvé le secret de se livrer à leurs passions sans nuire à la dignité de leur caractere.

SANCTIFICATION, s. f. terme de Théologie, se prend quelquefois pour la justification, c’est-à-dire, pour la grace qui opere en nous le mérite de la justice chrétienne. Voyez Justification.

Le mot sanctification désigne plus communément les exercices de piété prescrits par l’Eglise, pour solemniser les dimanches & les fêtes ; c’est dans cette acception ordinaire que nous le considérons : il pa-


roît que la sanctification, prise dans ce dernier sens, étoit un peu différente chez les Hébreux. Ce terme dans leur langue désigne moins les idées modernes de la piété, que l’idée plus simple de célébration, de consécration, destination, &c. En un mot, on le voit par les circonstances & par l’emploi des termes, sanctifier signifie proprement dans le style de Moïse : réserver, choisir, consacrer, destiner ; & par une legere extension, il signifie encore célebrer, distinguer, honorer, &c. Ces divers sens, qui reviennent à-peu-près à la même idée, se remarqueront sans peine dans les passages suivans.

Aaron & filios ejus unges, sanctificabisque eos ut sacerdotio fungantur mihi ; filiis quoque Israel dices hoc oleum unctionis sanctum erit mihi in generationes vestras. Caro hominis non ungetur ex eo, & juxta compositionem ejus non faciatis aliud, quia sanctificatum est & sanctum erit vobis. Exod. XXX. xxx. 31.

Omnes decimæ terræ… Domini sunt & illi sanctificantur. Levit. xxvij. 30.

Populus sanctus es Domino Deo tuo, & te elegit, ut sis ei in populum peculiarem de cunctis gentibus. Deut. xiv. 2.

Quidquid erit sexus masculini sanctificabis Domino. Ibid. xv. 19.

Abstuli quod sanctificatum est de domo meâ, & dedi illud levitæ & advenoe, pupillo & viduæ. Ibid. xxvj. 13.

Ne polluatis nomem meum sanctum, ut sanctificer in medio filiorum Israel, ego Dominus qui sanctifico vos. Levit. xxij. 23.

Sanctificabisque annum quinquagesimum, & vocabis remissionem cunctis habitatoribus terræ tute, ipse est enim jubilæus. Ibid. xxv. 10.

Sanctificetur nomen tuum. Matt. vj. 9.

Je croirois faire tort à l’habileté de mes lecteurs, si je présentois l’explication de ces passages ; rien de plus facile à entendre, & rien ne montre mieux aussi que le précepte, sanctification, exprimé en ces mots, memento ut diem sabbati sanctifices, marque simplement l’ordre de consacrer, d’honorer, de célebrer le sabat par la cessation des œuvres serviles ; c’est dans ce sens qu’il est dit au même endroit, benedixit Dominus diei sabati, & sanctificavit eum. Dieu bénit le jour du sabat, & le consacra par son repos, c’est-à-dire qu’il en fit un jour solemnel destiné au délassement, & même à la joie, comme nous verrons tout-à-l’heure. Sanctificabis annum quinquagesimum, ipse est enim jubilœus. Ex. 25. Vous célebrerez la cinquantieme année, tems de joie & d’abolition qui doit opérer la remise des dettes, & rendre aux anciens possesseurs les terres aliénées.

La même destination du sabat est encore mieux prouvée par ces paroles de l’Exode xxxij. 12. Sex diebus operaberis, septimo die cessabis ut requiescat bos & asinus tuus & refrigeretur filius ancillæ tuæ & advena. Vous emploirez six jours à vos différens travaux, mais vous les cesserez le septieme, afin que votre bœuf & votre âne se reposent, & que le fils de votre esclave & l’étranger qui est parmi vous puissent prendre quelque relâche, & même quelque divertissement. J’observe ici, comme on l’a vu à l’article Dimanche, que le refrigeretur de la vulgate n’a pas d’autre sens. Cette idée de réjouissance, d’amusemens honnêtes entroit essenciellement dans la sanctification des fêtes en général ; aussi est-ce dans le même sens que le Sauveur dit en S. Marc, sabbatum propter hominem factum est & non homo propter sabbatum. Marc, ij. 27.

Conséquemment à ce principe de police & de religion, les Israélites célebroient les plus grandes solemnités par des instructions, des sacrifices, des prieres, & sur-tout par des festins de parens, de voisins & d’amis, où les plus aisés devoient admettre non-