Page:Diderot - Encyclopedie 1ere edition tome 16.djvu/445

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se fait selon les mêmes lois que la précédente ; à cette seule différence près, que la molécule d’argent pur jointe à l’or dans la table précédente, est ici alliée d’une partie, ou à deux parties de cuivre ; ce qui fournit deux especes d’aiguilles, quant aux proportions de leurs combinaisons. La table suivante présente un exemple de deux parties d’argent, contre une de cuivre.

La premiere aiguille est d’or pur ou de 24 karats.
la 2e 23 kar. 6 gr. d’or pur. 4 gr. d’argent pur. 2 gr. de cuivre pur.
la 3e 23 kar. 8 gr. 4 gr.
la 4e 22 kar. 6 gr. 1 kar. 6 gr.
la 5e 22 kar. 1 kar. 4 gr. 8 gr.
la 6e 21 kar. 6 gr. 1 kar. 8 gr. 10 gr.
la 7e 21 kar. 2 kar. 1 kar.
la 8e 20 kar. 6 gr. 2 kar. 4 gr. 1 kar. 2 gr.

Et ainsi de suite, selon l’ordre de la précédente.

Si dans la table ci-dessus on substitue le cuivre pur à l’argent pur, & réciproquement, on a une troisieme espece de touchaux d’or ; & enfin une quatrieme, si ces deux métaux sont alliés à quantités égales.

Nous n’avons exposé que les combinaisons de l’or le plus en usage ; car elles sont susceptibles d’être variées d’une infinité de façons qu’il n’est ni possible, ni nécessaire à un essayeur d’imiter ; bien qu’il puisse jusqu’à un certain point, quand il a acquis beaucoup d’usage, distinguer leurs différens titres en les comparant avec les nôtres.

Si l’on trouvoit que les aiguilles d’or dussent revenir à un trop haut prix, on pourroit les faire plus petites que les aiguilles d’argent, & les souder à des lames de cuivre pour en rendre l’usage plus commode. Cramer, Docimastique. (D. J.)

TOUCHE, s. f. (terme de Luthier.) ce mot est équivoque. La touche, en parlant de guitarre, de luth, de théorbe, & autres pareils instrumens, est un morceau de bois d’ébene, délié, poli, proprement collé le long desdits instrumens, & au-tour duquel bois d’ébene sont les cordes qu’on appelle aussi touches. Ce terme, en parlant d’orgues, d’épinettes & de clavecins, est un morceau d’ébene ou d’ivoire quarré, sur lequel on pose avec adresse & avec méthode les doigts pour jouer tout ce que l’on veut.

Touche, Toucher, (Peinture.) lorsqu’un peintre a suffisamment empâté & fondu les couleurs qu’il a cru convenables pour représenter les objets qu’il s’est proposé d’imiter, il en applique encore d’un seul coup de pinceau, qui acheve de caractériser ces objets, & ces coups de pinceau s’appellent toucher. On dit touches légeres, touches faciles ; telles parties sont bien touchées, finement touchées ; pour exécuter telle chose il faut savoir toucher le pinceau, ou avoir de la touche de pinceau, &c.

Touche, s. f. (jeu des Jonchets.) ce mot se dit d’une petite espece de baguette d’os ou d’ivoire dont les enfans se servent aux jonchets pour lever chaque piece de jonchets, après qu’on les a fait tomber.

Touche, pierre de, (Hist. nat.) lapis lydius, basaltes ; c’est une pierre noire fort dure, à qui on a donné le nom qu’elle porte, parce qu’on s’en sert pour essayer la pureté de l’or & de l’argent. Pour cet effet on commence par y frotter de l’or ou de l’argent très-purs, & ensuite on juge de la pureté des métaux que l’on veut éprouver en traçant avec eux une nouvelle raye à côté de celle qui y est déja, & c’est suivant le plus ou le moins de conformité que l’on trouve entre la couleur du métal qu’on vient de frotter sur la pierre de touche & celui qui y étoit auparavant, que l’on est en état de décider de sa pureté.

Toute pierre noire peut absolument servir de pierre de touche, mais il faut deux conditions ; la


premiere est que la pierre soit assez dure pour n’être point rayée par les métaux que l’on frotte dessus ; la seconde, que l’eau-forte n’agisse point sur cette pierre, parce que souvent après avoir frotté de l’or sur la pierre de touche, on verse de l’eau-forte sur l’endroit où ce métal a été frotté, & l’on examine si cet acide agit dessus, ce qui n’arrive que lorsque l’or est allié avec du cuivre ou de l’argent. On voit par-là que tous les marbres ne sont point propres à faire des pierres de touche.

Les anciens ont donné le nom de basaltes à la pierre de touche ; ce mot vient du mot grec βασανίζω, j’examine ; ou suivant d’autres, de Bisaltia, province de la Macédoine : dans cette supposition de bisaltes, on aura fait basaltes. On dit que le mot éthyopien basal, signifioit du fer ; ce qui a fait croire que le nom de basaltes avoit été donné à cette pierre parce qu’elle étoit de la couleur de fer. On l’appelloit aussi apis lydius, pierre de Lydie ; apparemment parce qu’il s’en trouvoit en Lydie. Suivant Pline cette pierre se trouvoit en Ethiopie. On en trouve aujourd’hui en plusieurs endroits de l’Europe ; il y en a près de Lauban sur le Queiss en Silésie ; mais elle se rencontre en grande abondance à Stolpen en Misnie, où elle se montre sous la forme de grands crystaux fort élevés, qui forment des especes de tuyaux d’orgue, au haut desquels le château de Stolpen est bâti. Voyez l’article Stolpen (pierre de.)

La pierre de touche se trouve aussi en colonnes formées par un assemblage de plusieurs articulations en Irlande, dans le comté d’Antrim, où il y en a un amas prodigieux, nommé en anglois giant’s causeway, c’est-à-dire, pavé des géans. Voyez l’article Pavé des géans.

La pierre de touche de cette espece dans son état naturel, est ou noire, ou d’un gris foncé & couleur de feu, les colonnes de ses crystaux sont unies & lisses comme si elles avoient été polies. Cette pierre est très-dure, elle ne fait nulle effervescence avec les acides, elle entre en fusion au feu sans aucune addition. M. Pott croit que c’est une terre argilleuse mêlée d’une portion de fer qui sert de base à cette pierre.

Au reste, comme pierre de touche est un mot générique emprunté de l’usage qu’on en fait pour essayer les métaux, il peut se donner à des pierres d’une nature toute différente du basaltes qui vient d’être décrit, & toute pierre noire, dure & lisse sera propre à faire une pierre de touche. Un caillou noir pourra, par exemple, être très-bon pour cet usage, parce que l’eau-forte n’agira point sur lui. On dit que les Italiens se servent d’une pierre de touche verte, qu’ils nomment verdello, pour essayer l’or & l’argent ; quelques auteurs ont prétendu que c’étoit un marbre ; mais comme nous l’avons déja remarqué, le marbre n’est pas propre à être employé en pareil cas, par la facilité qu’il a à être mis en dissolution par les acides.

TOUCHÉ, terme de Paumier, qui signifie que la balle a touché au corps ou aux habits d’un joueur. Le joueur qu’une balle touche soit de volée ou du premier bond, perd un quinze.

TOUCHER, s. m. (Physiolog.) le toucher est un des sens externes, à l’aide duquel nous concevons les idées du solide, du dur, du mol, du rude, du chaud, du froid, de l’humide, du sec, & des autres qualités tangibles, de la distance, de la démangeaison, de la douleur, &c. Voyez Sens, Solide, Dur, &c.

Le toucher est de tous nos sens le plus grossier, mais en même tems le plus étendu, en ce qu’il embrasse plus d’objets que tous les autres ensemble : même quelques-uns réduisent tous les autres sens au seul sens de l’attouchement. Voyez Sensation.