Page:Diderot - Encyclopedie 1ere edition tome 16.djvu/773

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douze mois, ou de 360 jours, & qu’ils diviserent l’écliptique en douze signes, & en 360 parties égales, qui correspondoient aux douze mois & aux 360 jours qu’ils croyoient que le soleil employoit à faire son tour dans le ciel.

» Mais je ne trouve point, que par rapport aux affaires civiles, aucuns peuples aient suivi ce calendrier luni-solaire ; lorsqu’ils trouvoient qu’il différoit du cours du soleil & de la lune, ils le corrigeoient de tems en tems, retranchant un jour ou deux du mois toutes les fois qu’ils le trouvoient plus long que le tems de la révolution de la lune, & ajoutant un mois à l’année aussi souvent qu’ils s’appercevoient que douze mois n’atteignoient pas le tems du retour des quatre saisons & des fruits de la terre. Ainsi la correction du calendrier lunisolaire étoit l’affaire des prêtres. C’est à cette réforme du calendrier primitif, & pour le mettre de plus en plus d’accord avec les révolutions du soleil & de la lune, & n’être pas obligés d’y revenir si souvent, que tous les différens cycles d’année inventés depuis, doivent leur origine.

» Après qu’ils eurent remarqué que douze mois lunaires ne suffisoient pas pour atteindre le point du retour du soleil & des saisons, ils ajouterent un mois à chaque seconde année, & formerent leur triétéride, nommée plus proprement diétéride. Et quand ils trouverent le cycle biennal trop long, & qu’il avoit besoin de correction une fois en huit ans, ils retrancherent un mois intercalaire une fois tous les huit ans, & formerent l’octoëtéride dont la moitié étoit leur tétraëtéride. Ces cycles étoient aussi anciens chez les Grecs que le tems de Cadmus, de Minos, d’Hercule idéen, & du grand Bacchus ou Osiris, ce qui semble indiquer qu’ils avoient été apportés en Grece par les colonies des Egyptiens & des Phéniciens, & par l’armée de Bacchus.

» Dans la suite, quelques grecs changerent la maniere de placer les mois intercalaires, ayant découvert à la longue, que l’octoëtéride n’atteignoit pas le point du retour des saisons, & ne répondoit pas exactement au cours du soleil & de la lune, mais qu’elle avoit besoin d’être corrigée de tems en tems sur le cours du soleil, pour conserver la régularité des saisons.

» Méton inventa le cycle de dix-neuf ans, dans lequel on ajoutoit sept mois en dix-neuf ans, & c’est ce cycle qui est encore en usage. A l’égard de la longueur des mois, quelques uns des grecs les faisoient alternativement de 29 & de 30 jours, & par le moyen de ce cycle ils étoient en état de compter exactement, sans avoir besoin de le corriger qu’une seule fois dans l’espace d’un an ou deux.

» Les Chaldéens réduisoient l’année luni-solaire à un cycle de douze ans ; ainsi ils semblent avoir ajouté un mois à la fin de chaque troisieme année, & avoir à la fin de chaque révolution de douze ans, corrigé leur cycle sur le cours du soleil & de la lune : car tous les cycles d’année servoient à régler l’intercalation des mois.

» L’année luni-solaire étant d’une longueur incertaine, & par cette raison peu propre aux usages astronomiques, les Egyptiens, lorsqu’ils s’appliquerent à observer les étoiles par rapport à la navigation, mesurerent la juste longueur de l’année solaire par le lever héliaque & le coucher des étoiles, & abandonnant l’année du calendrier, ils adopterent l’année solaire, qu’ils firent de 365 jours. Cette année fut reçue des astronomes de Babylone, par les mages de Perse, & par les Grecs dans leur ere de Philippe ; & elle devint l’année des Romains après la correction de Jules-César, qui ajouta un jour intercalaire tous les quatre ans.


Enfin le pape Grégoire XIII. y a fait une nouvelle correction.

» Mais les habitans de l’Arabie heureuse, se servant de l’ancienne année de douze mois lunaires, sans la corriger sur le cours du soleil, ont transmis aux nations mahamétanes, une année proprement lunaire, en réglant leurs mois sur le cours de la lune.

» Vous voyez donc que toutes les nations ont tâché de régler leur année sur le cours du soleil & de la lune, ou de l’un des deux ; par conséquent on ne peut admettre sans bonne preuve, qu’il y ait eu quelque peuple qui se soit servi d’une année de 360 jours, sans égard au cours d’aucun de ces deux luminaires. Simplicius dit dans son commentaire sur le premier livre d’Aristote intitulé, Physica Acroasis, apud Theodorum Gazam de mensibus : nous mettons le commencement de l’année ou au solstice d’été, comme le peuple de l’Attique ; ou à l’équinoxe de l’automne, comme les habitans de l’Asie ; ou au solstice d’hiver, comme les Romains ; ou à l’équinoxe du printems, comme les Arabes & ceux qui habitent du côté de Damas ; & nous mettons le commencement du mois ou à la pleine-lune, ou à la nouvelle lune. Il nous dit que l’ancienne année des Romains, des Grecs, des Asiatiques, des Syriens & des Arabes étoit luni-solaire, & s’accordoit avec le cours du soleil & de la lune.

» C’est ainsi que l’année que les Israélites apporterent d’Egypte étoit luni-solaire, & commençoit en automne. Moyse en mit le commencement au printems, & le premier mois fut nommé abib, parce que le blé se formoit en épi dans ce mois là. Diodore de Sicile nous dit aussi qu’Uranus, ancien roi d’Egypte & de Libye, se servoit de l’année lunisolaire. De même encore l’année que les Samaritains apporterent des provinces de l’empire assyrien, & les Juifs de Babylone, étoit luni-solaire, & commençoit au printems. Les Chaldéens étoient un peuple arabe, & les années arabiques étoient luni-solaires. Scaliger & d’autres nous apprennent que l’année ancienne, en usage en Perse, aux Indes, à la Chine & dans les îles voisines, étoit l’année luni-solaire. L’essence de cette espece d’année, est d’être composée de mois lunaires, & de périodes solaires.

» Géminus nous dit que tous les anciens grecs, suivant l’autorité de leurs lois, & les décisions de leurs oracles, faisoient accorder leur année avec le cours du soleil, & leurs mois & les jours du mois avec le cours de la lune ; afin que les mêmes sacrifices tombassent toujours dans les mêmes saisons de l’année, & sur les mêmes jours du mois lunaire ; & qu’ils prétendoient que cela étoit agréable aux dieux, & conforme aux institutions & aux coutumes de leur pays.

» Cicéron assure que les Siciliens & les autres grecs retranchent quelquefois un jour ou deux du mois (c’est-à-dire au mois du calendrier de 30 jours), & quelquefois l’alongent d’un jour ou deux, pour faire correspondre leurs jours & leurs mois avec le cours du soleil & de la lune. Censorin dit que les anciens peuples d’Italie avoient tous leurs différentes années, mais toutes corrigées sur l’année naturelle, par l’intercalation de leurs mois qui se faisoit différemment.

» Par ce moyen, les anciennes fêtes & les solemnités des peuples de la Grece, de la Sicile & de l’Italie, qui se célébroient à de certains jours de certains mois (telles que les jeux olympiques & pythiques, les bacchanales, les céréales, &c.), tomboient toujours dans la même saison de l’année ; & l’année d’Hésiode commençoit dans l’été après le lever des Pléiades, & son mois lénæon étoit un mois d’hiver, à en juger par la maniere dont il le représente. De la même façon, les mois des Asiati-