Page:Diderot - Encyclopedie 1ere edition tome 4.djvu/712

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s’exécute, pour celles de cuivre jaune, en les faisant boüillir dans de l’eau, de la gravelle, & de l’alun, & les y remuant à plusieurs reprises. Pour les pieces de rouge, on les frotte d’une saumure quelconque, on les chauffe sur le feu, & on les jette dans l’eau.

Découvrir, v. act. (Metteur en œuvre.) c’est enlever avec le poinçon propre à cet effet, les parties superflues de la sertissure qui couvrent la pierre au-dessus de son feuilleti, & qui lui ôteroient de son étendue : le poinçon dont on se sert pour cela, est nommé fer à découvrir, & n’est autre chose qu’un morceau d’acier quarré non trempé, armé d’un bouchon de liege par le milieu, afin que l’ouvrier puisse s’en servir commodément, & limé en pointe aux deux extrémités, l’une en s’arrondissant, & l’autre quarrément ; c’est de l’extrémité ronde qu’on se sert le plus fréquemment ; la quarrée n’est que pour enlever les parties qui résistent à l’action du côté rond ; car cette opération se fait en appuyant avec force, avec le poinçon, sur la sertissure par un mouvement de bas en-haut ; d’où il arrive que l’extrémité de la sertissure du côté de la pierre à force d’être comprimée s’amincit & vient enfin à se couper sur le feuilleti de la pierre, qui est un angle, & à s’en détacher.

Découvrir, en terme de Rafineur, c’est lever les esquires de dessus les formes, pour les retourner & les rafraîchir, ou les changer. Voyez Rafraichir.

DECRASSER. Décrasser un cuir, terme de Corroyeur ; c’est une façon que ces ouvriers donnent aux cuirs, lorsqu’ils en ôtent, tant du côté de chair que du côté de fleur, ce qu’il peut y avoir de trop de suif, d’huile, & autres matieres qu’on a employées pour les préparer. Cette opération se fait avec une pontelle de bois ou de liége, selon la qualité de la peau ou de l’ouvrage. Voyez Rafraichir.

Décrasser, v. act. (Orfévrerie.) ce terme a deux acceptions : il signifie 1°. l’action d’épurer les matieres lorsqu’elles sont en fusion, & d’enlever de dessus le bain toutes les matieres terreuses qui pourroient faire corps, & rendre les lingots poreux. Du savon jetté dans l’argent immédiatement avant que de le verser dans la lingotiere, acheve de le nettoyer ; il rend même le lingot brillant.

Pour l’or, l’adoucissement au borax est le plus sûr moyen de rendre le lingot sain.

Il signifie 2°. l’action de bien nettoyer, décrasser les ouvrages destinés à être soudés aux endroits que doit couvrir la soudure, & où la crasse pourroit empêcher la fusion, ou du moins la rendre imparfaite ; & l’attention à ne pas ménager les lotions sur les bijoux d’or qu’on est obligé de mettre en couleur, à cause du mat ; dans ce cas les saletés occasionnent des taches, & obligent souvent de recommencer l’opération.

DECREDITÉ, qui n’a plus de crédit. Un négociant décrédité est un homme qui ne trouve pas à emprunter la moindre somme. Une boutique décréditée est une boutique où l’on ne voit plus de chalands. Une étoffe décréditée est celle qui n’est plus de mode. Dictionn. du Comm. & de Trév. (G)

DECREDITER, ôter le crédit à quelqu’un, lui faire perdre sa réputation ; cette expression a lieu dans le Commerce : par exemple, les envieux de ce négociant le décréditent par-tout par leurs calomnies.

Décréditer (se), perdre soi-même son crédit ou par sa mauvaise conduite ou par des accidens qui dérangent les affaires. Diction. du Comm. & de Trév. Voyez Credit. (G)

DECREPITATION, s. f. (Chimie.) on entend par ce mot l’espece d’explosion successive ou par coups secs & souvent repétés, de certains sels exposés au feu. Jusqu’ici on ne connoît communément que deux sels qui ayent cette propriété ; savoir le sel marin & le tartre vitriolé.

Dans la décrépitation ces sels perdent l’eau de leur crystallisation, & la symmétrie de leurs crystaux se dérange totalement.

L’opération par laquelle on fait décrépiter un sel, s’appelle aussi décrépitation dans les laboratoires ; & le sel privé de l’eau de sa crystallisation, & réduit en poudre ou en petits éclats, s’appelle sel décrepité.

Cette opération n’est usitée que pour le sel marin ; en voici le manuel : « Faites rougir entre les charbons ardens un pot qui ne soit point verni ; jettez dedans environ une once de sel marin, puis le couvrez ; il pétillera & se réduira en poudre : quand le bruit sera cessé, vous mettrez encore autant de sel dans le pot, & vous continuerez de même jusqu’à ce que vous en ayez assez. Lorsqu’il ne pétillera plus, vous le retirerez du feu ; & étant encore chaud, vous le mettrez dans une bouteille que vous boucherez bien, afin d’empêcher que l’air ne l’humecte ». Lemery, cours de chimie.

Le but de la décrépitation du sel marin est de lui faire perdre l’eau de sa crystallisation, mais sur-tout de lui ôter cette propriété même de décrépiter, qui deviendroit incommode dans la plûpart des opérations chimiques où ce sel est employé. Voyez Sel marin. (b)

DECREPITUDE, s. f. (Medecine.) suite du décroissement de l’âge, qui se fait par degrés ; terme de la vieillesse, est l’état de desséchement de tout le corps, effet inévitable de la vie saine même, en conséquence de laquelle tous les vaisseaux acquierent un tel degré de solidité, de rigidité, qu’ils font une résistance presqu’invincible aux fluides qui sont poussés dans leurs cavités, ensorte qu’ils se contractent, & se resserrent pour la plûpart au point, que tout le corps devient aride, sans suc ; presque toute la graisse se consume, ce qui faisoit auparavant une grande partie du volume du corps ; d’où il résulte que l’on voit sur le dos de la main & au poignet des vieillards, les tendons saillans & recouverts de la seule peau rude, écailleuse : les cartilages intervertébraux se raccornissent, s’amincissent jusqu’à devenir presque nuls, & laisser les corps des vertebres se toucher entr’eux, ce qui diminue considérablement la hauteur du corps, fait courber en-avant l’épine du dos, rend les vieillards comme bossus, en fait des squeletes vivans par un vrai marasme dont la cause est naturelle, & dont la vie dure, laborieuse, & trop exercée peut hâter les progrès, qui se terminent par la mort ; effet naturel de la constitution du corps, dont les parties ayant perdu la flexibilité requise pour entretenir le mouvement qui fait la vie, cessent d’agir, & restent dans l’état de repos : d’où l’on peut conclure que les promesses de ceux qui se flattent d’avoir des moyens de prolonger la vie presque jusqu’à l’immortalité, ne sont que jactance & dupperie. Voyez Marasme. (d)

DECRET, s. m. (Jurisprud. canoniq.) on appelle ainsi plusieurs compilations d’anciens canons ; tels sont le decret de Bouchard de Wormes, ceux d’Yves de Chartres, & de Gratien : nous allons donner une idée de chacune de ces collections.

Bouchard évêque de Wormes, s’est rendu célebre, non-seulement par le zele avec lequel il remplissoit tous les devoirs de l’épiscopat, mais encore par le recueil de canons qu’il composa vers l’an 1008, & qu’il nous a laissé. Plusieurs savans avec lesquels il étoit lié, l’aiderent dans ce travail. Les anciens exemplaires de cet ouvrage ne portent aucun titre ; néanmoins divers passages de Sigebert, chronicon. circa annum 1008, & de scriptor. eccles. donnent lieu de croire qu’il eut celui de magnum decretorum volumen, comme faisant un volume plus considérable que la collection de Réginon & autres précédentes. Mais par la suite on se contenta de l’appeller decret,