Page:Diderot - Encyclopedie 1ere edition tome 4.djvu/823

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de donner à ses enfans ses connoissances ; on l’est encore plus de leur donner ses passions : si cela n’arrive pas, c’est que ce qui a été fait dans la maison paternelle est détruit par les impressions du dehors. Ce n’est point le peuple naissant qui dégénere ; il ne se perd que lorsque les hommes faits sont déjà corrompus.

Le principe de la démocratie se corrompt, lorsque l’amour des lois & de la patrie commence à dégénérer, lorsque l’éducation générale & particuliere sont négligées, lorsque les desirs honnêtes changent d’objets, lorsque le travail & les devoirs sont appellés des gênes ; dès-lors l’ambition entre dans les cœurs qui peuvent la recevoir, & l’avarice entre dans tous. Ces vérités sont confirmées par l’histoire. Athenes eut dans son sein les mêmes forces pendant qu’elle domina avec tant de gloire, & qu’elle servit avec tant de honte ; elle avoit vingt mille citoyens lorsqu’elle défendit les Grecs contre les Perses, qu’elle disputa l’empire à Lacédémone, & qu’elle attaqua la Sicile ; elle en avoit vingt mille, lorsque Démétrius de Phalere les dénombra, comme dans un marché l’on compte les esclaves. Quand Philippe osa dominer dans la Grece, les Atheniens le craignirent non pas comme l’ennemi de la liberté, mais des plaisirs. Ils avoient fait une loi pour punir de mort celui qui proposeroit de convertir aux usages de la guerre, l’argent destiné pour les théatres.

Enfin le principe de la démocratie se corrompt, non-seulement lorsqu’on perd l’esprit d’égalité, mais encore lorsqu’on prend l’esprit d’égalité extrème, & que chacun veut être égal à celui qu’il choisit pour lui commander : pour lors, le peuple ne pouvant souffrir le pouvoir qu’il confie, veut tout faire par lui-même, délibérer pour le sénat, exécuter pour les magistrats, & dépouiller tous les juges. Cet abus de la démocratie se nomme avec raison une véritable ochlocratie. Voyez ce mot. Dans cet abus, il n’y a plus d’amour de l’ordre, plus de mœurs, en un mot plus de vertu : alors il se forme des corrupteurs, de petits tyrans qui ont tous les vices d’un seul ; bien-tôt un seul tyran s’éleve sur les autres, & le peuple perd tout jusqu’aux avantages qu’il a cru tirer de sa corruption.

Ce seroit une chose bienheureuse si le gouvernement populaire pouvoit conserver l’amour de la vertu, l’exécution des lois, les mœurs, & la frugalité ; s’il pouvoit éviter les deux excès, j’entens l’esprit d’inégalité qui mene à l’aristocratie, & l’esprit d’égalité extrème qui conduit au despotisme d’un seul : mais il est bien rare que la démocratie puisse longtems se préserver de ces deux écueils. C’est le sort de ce gouvernement admirable dans son principe, de devenir presque infailliblement la proie de l’ambition de quelques citoyens, ou de celle des étrangers, & de passer ainsi d’une précieuse liberté dans la plus grande servitude.

Voilà presque un extrait du livre de l’esprit des lois sur cette matiere ; & dans tout autre ouvrage que celui-ci, il auroit suffi d’y renvoyer. Je laisse aux lecteurs qui voudront encore porter leurs vûes plus loin, à consulter le chevalier Temple, dans ses œuvres posthumes ; le traité du gouvernement civil de Locke, & le discours sur le gouvernement par Sidney. Article de M. le Chevalier de Jaucourt.

* DEMOGORGON, s. m. (Myth.) vieillard qui habitoit dans les entrailles de la terre, au milieu du chaos & de l’éternité. Sa solitude l’ennuya, & il fit un petit globe sur lequel il s’assit & s’éleva dans l’espace. Il forma le ciel dans un autre moment d’ennui. Il tira de la terre une petite portion de limon enflammé qu’il plaça dans l’espace, & les ténebres disparurent. La nuit, le jour, & le tartare, naqui-


rent des regards du Soleil sur la terre. Demogorgon engendra de lui-même Pan, les trois parques, la Discorde, & l’Erebe. Toute cette cosmogonie n’est qu’un embleme de la création, sous des images très-générales & très-grandes.

DEMOISELLE DE NUMIDIE, s. f. (Hist. nat. Ornit.) oiseau très-différent du coq d’Inde, que l’on appelle aussi avis Numidica, car ils sont tous les deux originaires d’Afrique. On a donné à celui dont il s’agit ici, les noms de demoiselle, bateleur, danseur, bouffon, parasite, baladin, & comédien, à cause des attitudes singulieres & pour ainsi dire affectées, que prend la demoiselle de Numidie. On prétend qu’elle imite autant qu’elle le peut les gestes qu’elle voit faire aux hommes ; & on a rapporté que les chasseurs qui veulent prendre ces oiseaux, se frottent les yeux en leur présence avec de l’eau qu’ils tirent d’un vase, & qu’ensuite ils s’éloignent en emportant ce vase, auquel ils en substituent un autre pareil qui est plein de glu. Les demoiselles de Numidie viennent auprès du nouveau vase, & se collent les piés & les yeux avec la glu, en imitant les gestes qu’elles ont vû faire aux hommes. Cet oiseau ressemble beaucoup à celui que les anciens ont décrit sous les noms de Scops, d’Olus, & d’Asio.

M. Perrault a donné la description de six demoiselles de Numidie. Elles furent disséquées après être mortes dans la ménagerie de Versailles ; tous ceux qui les y avoient vûes vivantes, disoient que leurs gestes & leurs sauts avoient quelque rapport à la danse des Bohémiennes, & que ces oiseaux sautoient en suivant les gens qu’ils rencontroient, de façon qu’ils sembloient vouloir plûtôt se faire regarder, que se faire donner à manger.

Ces demoiselles de Numidie avoient aux côtés des oreilles des appendices de plumes blanches de trois pouces & demi de longueur, & composées de fibres longues & déliées : tout le reste du plumage étoit de couleur grise & cendrée, excepté quelques plumes de la tête & du cou, & les grandes plumes des ailes qui étoient d’un gris fort brun à l’endroit où la plume est découverte. L’un de ces oiseaux avoit sur la tête une huppe de plumes longues d’un pouce & demi ; dans les autres, les côtés de la tête étoient garnis de plumes noires & courtes. On voyoit un filet de plumes blanches, qui commençoit à l’angle extérieur de l’œil, & qui s’etendoit au-dessous des appendices de plumes qui étoient aux côtés des oreilles. Il y avoit au-devant du cou un bouquet de plumes noires qui pendoit sur l’estomac, de la longueur de neuf pouces. Ces oiseaux avoient trois piés & demi de longueur, depuis le bout du bec jusqu’à l’extrémité des piés ; le bec étoit droit & pointu ; il avoit deux pouces de long, & le cou quatorze pouces. La longueur de la patte avoit vingt pouces depuis l’extrémité de l’os de la cuisse jusqu’au bout du plus grand doigt. Les yeux étoient grands, & les paupieres garnies de petites plumes noires. Il y avoit sur le devant des jambes de grandes écailles formées en tables, dont la longueur étoit de cinq lignes, & la largeur de quatre, & des écailles plus petites & de figure hexagone, derriere les jambes. La plante du pié étoit grenée comme du chagrin ; le doigt du milieu qui étoit le plus grand avoit quatre phalanges. Le plus petit qui étoit en-dehors en avoit cinq. Le moyen en avoit trois, & étoit en-dedans ; celui de derriere en avoit deux. Les ongles étoient noirs & un peu crochus. Mém. pour servir à l’hist. nat. des animaux, II. partie. Voyez Oiseau. (I)

Demoiselle, julis Rond. Italis donzellina & zigurella, (Hist. nat. Ichthyol.) petit poisson de mer. Toute la face supérieure du corps est poire depuis le bec jusqu’à la queue ; une bande bleue s’étend sur le milieu des côtes du corps, depuis la tête jusqu’à