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Le conseil est composé du ministre de la guerre sur-intendant, du lieutenant de roi commandant, de l’intendant, & du directeur des études. Un secrétaire du conseil de l’hôtel y tient la plume.

Le Roi, par une ordonnance particuliere, a fixé trois sortes de conseils dans l’école royale militaire ; un conseil d’administration, un conseil d’œconomie, & un conseil de police.

Dans le premier qui se tient tous les mois, & auquel préside toûjours le ministre, on traite de toutes les affaires qui concernent l’administration générale de l’établissement ; on y entend les comptes du thrésorier ; le ministre y confirme les délibérations qui ont été faites dans son absence par le conseil d’économie & de police, &c.

Le conseil d’économie est particulierement destiné à régler tout ce qui a rapport aux fournitures, aux dépenses courantes, &c. car il est bon d’observer, que quoique la partie économique soit dirigée par l’intendant de l’hôtel, il ne passe aucun marché, ni n’alloue aucune dépense qui ne soit visée & arrêtée au conseil d’économie, & ratifiée ensuite par le ministre au conseil d’administration.

Le conseil de police a principalement pour objet de réprimer & de punir les fautes des éleves. Les officiers n’ont d’autre autorité sur eux, que celle de les mettre aux arrêts ; cette précaution étoit nécessaire pour éviter ces petites prédilections, qui ne sont que trop communes dans les éducations ordinaires. L’officier rapporte la faute par écrit, & le conseil prononce la punition. Les hommes sont si sujets à se laisser prendre par l’extérieur, qu’on ne doit pas être surpris qu’il en impose aux enfans. D’ailleurs en fermant la porte au caprice & à l’humeur, cela leur donne une idée de justice qu’on ne peut leur rendre respectable ce trop bonne-heure. Au reste on a retranché de l’école militaire toutes ces punitions, qui pour être consacrées par l’usage, n’en deshonorent pas moins l’humanité. Si des remontrances sensées & raisonnables ne suffisent pas, il est assez de moyens de punir séverement, sans en venir à ces extrémités qui abaissent l’ame, au lieu d’élever le courage. Nous avons fait usage, avec le plus grand succès, de la privation même de l’étude & des exercices : ce ne peut être l’effet que d’une grande émulation. Raisonnons toûjours avec les enfans, si nous voulons les rendre raisonnables.

C’est à-peu-près là le plan du plus bel établissement du monde. Il est digne de toute la grandeur du Monarque ; la postérité y reconnoîtra le fruit le plus précieux de sa bonté & de son humanité ; & la noblesse de son royaume, élevée par ses soins, perpétuée par ses bienfaits, lui consacrera des jours & des talens, qu’elle aura l’honneur & la gloire de tenir du plus grand & du meilleur des rois.

Cet article nous a été donné par M. Paris de Meyzieu, directeur général des études, & intendant de l’école royale militaire, en survivance de M. Paris du Verney, conseiller d’état.

Ecole d’Artillerie, (Art milit.) ce sont des écoles établies par le roi, pour l’instruction des officiers & des soldats de Royal Artillerie. Voici un précis de ce qui concerne ces écoles.

Le Roi ayant voulu former un seul corps de différentes troupes qui dépendoient de l’artillerie, a partagé ce corps en cinq bataillons, comme on peut le voir au mot Artillerie, qui furent placés à Metz, Strasbourg, Grenoble, Lafere, & Perpignan : ce dernier a depuis été envoyé à Besançon.

Sa Majesté a établi des écoles de théorie & de pratique dans chacune de ces villes.

L’école de théorie se tient trois jours de la semaine le matin, depuis huit heures jusqu’à onze. Messieurs les officiers, à commencer par les capitaines en se-


cond, lieutenans, sous-lieutenans, & cadets, sont obligés de s’y trouver, aussi-bien qu’un grand nombre d’officiers d’artillerie, qui sont entretenus dans chaque école, dans lesquelles on veut bien recevoir les jeunes gens de famille volontaires dans l’artillerie, ou Royal Artillerie, pour y profiter des instructions, & remplir les emplois vacans, quand on les en juge dignes.

L’on commande tous les jours de mathématiques un capitaine en premier, pour présider à l’école, afin d’y maintenir le bon ordre ; il y a aussi une sentinelle à la porte, pour empêcher que pendant la dictée l’on ne fasse du bruit dans le voisinage. Ces dictées sont remplies par des traités d’arithmétique, d’algebre, de géométrie, des sections coniques, de trigonométrie, de méchanique, d’hydraulique, de fortification, de mines, de l’attaque & de la défense des places, & de mémoires sur l’artillerie.

Comme, suivant l’ordonnance du Roi, il ne peut être mis à la tête des bataillons du régiment Royal Artillerie, soit pour lieutenant-colonel, major, ou capitaine, que des officiers élevés dans le corps, & que les officiers d’artillerie qui sont aux écoles ne se ressentent des graces du grand-maître de l’artillerie, qu’autant qu’ils s’attachent à s’instruire des choses qu’on enseigne, il se fait un examen tous les six mois par le professeur de mathématiques, en présence des commandans de l’artillerie & du bataillon, où les officiers sont interrogés les uns après les autres sur toutes les parties du cours de mathématiques, dont ils démontrent les propositions qui leur sont demandées ; & après qu’ils ont satisfait à l’examen, le professeur dicte publiquement l’apostille de celui qui a été examiné ; & comme l’inégalité des âges & des génies, & même de la bonne ou mauvaise volonté de la plupart, peut faire beaucoup de différence dans un nombre de près de cent officiers qu’il y a dans chaque école, l’état de l’examen est divisé en trois classes. Dans la premiere sont ceux qui se distinguent le plus par leur application : dans la seconde, ceux qui sont de leur mieux : & dans la troisieme, ceux dont on n’espere pas grand’chose. Cet état est ensuite envoyé à la cour, qui a par ces moyens une connoissance exacte des progrès de chacun.

Pour l’école de pratique qui se fait les trois autres jours, où l’on n’enseigne point de théorie ; elle consiste principalement à exercer les canonniers, les bombardiers, les mineurs, & les sappeurs, à tirer du canon, jetter des bombes, à apprendre les manœuvres de l’artillerie, qui sont proprement des pratiques de méchanique ; à construire des ponts sur des rivieres, avec la même promptitude qu’on les sait à l’armée ; à conduire des galeries de mines & de contre-mines, des tranchées & des sappes. Comme tous ces exercices ont pour principal objet l’art d’attaquer & de défendre les places, l’on a élevé dans chaque école un front de fortification, accompagné des autres ouvrages détachés d’une grandeur suffisante pour être attaqués & défendus, comme dans une véritable action ; ce qui s’exécute par un siége que l’on fait tous les deux ans, qui dure deux ou trois mois de l’été.

C’est ainsi que joignant la théorie à la pratique dans les écoles, chacun travaille à se perfectionner dans le métier de la guerre. Voyez la préface du cours de mathématique de M. Belidor, le réglement entier ou le plan d’étude de ces écoles, dans le code militaire de M. Briquet, ou dans le premier volume des mémoires d’artillerie de Saint-Remi, troisieme édition. (Q)

Ecole, (Archit.) c’est un bâtiment composé de grandes salles, où des professeurs donnent publiquement des leçons sur les Mathématiques, la Guerre, l’Artillerie, la Marine, la Peinture, l’Architecture, &c. Il differe de l’académie, en ce que celle-ci est