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Nec lacrymis crudelis amor, nec gramine rivi,
Nec cytiso saturantur apes, nec fronde capellæ.

Le dialogue est une partie essentielle de l’églogue : mais comme il a les mêmes regles dans tous les genres de poésie, voyez Dialogue. Article de M. Marmontel.

* EGOBOLE, s. m. (Mythol.) sacrifice de la chevre à la grand’mere Cybele. Voyez Cybele.

EGOGER, v. act. (Tannerie.) c’est séparer avec le couteau tranchant d’une peau de veau les oreilles, le bout des piés, de la queue, en un mot toutes les extrémités superflues.

EGOISME, s. m. (Morale.) défaut de ces personnes qui, pleines de leur mérite, & croyant joüer un rôle dans la société, se citent perpétuellement, parlent d’elles avec complaisance, & rapportent tout, grossierement ou finement, à leur individu.

Ce défaut tire son origine d’un amour propre desordonné, de la vanité, de la suffisance, de la petitesse d’esprit, & quelquefois d’une mauvaise éducation. Il suffit d’en indiquer les sources, pour juger de son ridicule, & du mépris qu’il mérite.

On y tombe de deux manieres, par ses discours & par ses écrits ; mais ce défaut est inexcusable dans des ouvrages, quand il vient de la présomption & d’une pure vanité d’auteur, qui ne doit parler de lui, qu’autant que l’exige la matiere qu’il traite, ou la défense de ses sentimens, de ses biens, de sa conduite.

MM. de Port-royal ont généralement banni de leurs écrits l’usage de parler d’eux-mêmes à la premiere personne, dans l’idée que cet usage, pour peu qu’il fût fréquent, ne procédoit que d’un principe de vaine gloire & de trop bonne opinion de soi-même. Pour en marquer leur éloignement, ils l’ont tourné en ridicule sous le nom d’égoïsme, adopté depuis dans notre langue, & qui est une espece de figure inconnue à tous les anciens rhéteurs.

Pascal portoit cette regle générale de MM. de Port-royal, jusqu’à prétendre qu’un chrétien devoit éviter de se servir du mot je ; & il disoit sur ce sujet que l’humilité chrétienne anéantit le moi humain, & que la civilité humaine le cache & le supprime.

Cependant cette sévérité poussée jusqu’au scrupule, seroit extrème, & quelquefois ridicule ; car il y a plusieurs rencontres où la gêne de vouloir éviter ces mots je ou moi, seroit mal placée ou impossible.

On est fâché de trouver perpétuellement l’égoïsme dans Montagne ; il eût sans doute mieux fait de puiser ses exemples dans l’histoire, que d’entretenir ses lecteurs de ses inclinations, de ses fantaisies, de ses maladies, de ses vertus, & de ses vices.

Il est vrai qu’il tâche, autant qu’il peut, d’éloigner de lui le soupçon d’une vanité basse & populaire, en parlant librement de ses défauts aussi-bien que de ses bonnes qualités ; mais, on l’a dit avant moi, en découvrant ses défauts ou ses vices, il semble n’agir ainsi, que parce qu’il les regardoit comme des choses à-peu-près indifférentes.

Si l’égoïsme est excusable, soit en conversation, par lettres, ou par écrit, c’est seulement quand il s’agit d’un très-grand objet qui a roulé sur nous, & qui intéressoit le salut de la patrie. Cependant quelques contemporains de Cicéron étoient mêmes blessés (quoique peut-être à tort) de l’entendre répéter d’avoir sauvé la république ; & ils remarquoient que Brutus n’auroit pas eu moins de droit de parler des ides de Mars, sur lesquelles il gardoit le silence, que le consul de Rome pouvoit en avoir de rappeller l’époque des nones de Décembre. Le lecteur sait bien qu’il s’agit ici des deux grandes époques de la conjuration de Catilina & de la mort de César. Art. de M. le Chevalier de Jaucourt.


EGOISTES, adj. pl. pris subst. (Philosophie.) On appelle ainsi cette classe de philosophes qui ne reconnoissent d’autre vérité que celle de leur propre existence ; qui croyent qu’il n’y a hors de nous rien de réel, ni de semblable à nos sensations ; que les corps n’existent point, &c. L’Égoïsme est le Pyrrhonisme poussé aussi loin qu’il peut aller. Berkley, parmi les modernes, a fait tous ses efforts pour l’établir. Voyez Corps. Les égoïstes sont en même tems les plus extravagans des Philosophes, & les plus difficiles à convaincre ; car comment prouver l’existence des objets, si ce n’est par nos sensations ? & comment employer cette preuve contre ceux qui croyent que nos sensations ne supposent point nécessairement qu’il y ait quelque chose hors de nous ? Par quel moyen les fera-t-on passer de l’existence de la sensation à celle de l’objet ? Voyez Evidence, §. 15, 16, 17, 18, 42, 43-51. (O)

* EGOPHORE, adj. (Mythologie.) surnom de Junon ; elle fut ainsi appellée de la chevre que lui sacrifia Hercule dans le temple qu’il lui éleva à Lacédémone, en reconnoissance de ce qu’elle ne s’étoit point opposée à la vengeance qu’il avoit tirée de ses ennemis. Egophore signifie porte-chevre.

* EGOUGEOIR, s. m. (Métallurgie.) c’est ainsi qu’on appelle dans l’exploitation de la calamine les endroits des galeries, par lesquels les eaux se perdent.

EGOUT, s. m. (Hydrauliq.) canal destiné à recevoir & à emporter les eaux sales & les ordures. Voy. Cloaque.

Quelque piece d’eau que l’on ait, soit canal, soit bassin, il faut toûjours un écoulement, tant pour la conservation de la piece que pour la nettoyer & laisser un passage à l’eau superflue. Si c’est un étang, un vivier, la bonde se leve, & on vuide l’eau pour avoir le poisson, & rétablir la chaussée. (K)

Dans l’usage ordinaire égout est distingué de cloaque, en ce que dans un égout les eaux & immondices s’écoulent, & qu’elles croupissent dans un cloaque. Ainsi le canal d’un égout doit avoir une pente suffisante, pour que les immondices soient facilement emportées par les eaux. On prétend que l’égout de la ville de Paris, construit il y a quelques années sous la prevôté de M. Turgot, ouvrage très estimable d’ailleurs & très-utile, n’a pas tout-à-fait assez de pente.

Egout simple ; il se dit dans la couverture d’une maison de ce qui se met sur les entablemens : il est de trois tuiles.

Egout double, est celui qui est de cinq tuiles.

Egout, terme de Fonderie, sont des tuyaux de cire qu’on attache à la figure, & qui étant renfermés dans le moule de potée, & fondus ainsi que les cires de la figure, laissent par cette cuisson dans le moule de potée des canaux qui servent à faire couler toutes les cires. V. les fonderies des fig. équestres.

Egout, terme de Miroitier. Les ouvriers qui mettent les glaces au teint, appellent de la sorte une grande table de bois sans chassis, sur laquelle ils mettent la glace vingt-quatre heures après qu’elle a été étamée, pour en faire égoutter le vif-argent.

Cette table proportionnée aux glaces du plus grand volume, a des crochets de fer à chaque encognure, qui servent à l’élever & à la tenir suspendue diagonalement, c’est-à-dire en panchant autant & si peu qu’il est nécessaire pour l’écoulement de ce minéral.

Pour que cet écoulement se fasse, sans que le teint encore frais, & comme liquide, ne puisse se rider ni s’écailler, on éleve tous les jours l’un des bouts de la table d’un demi-pié, ou environ, en l’attachant par le moyen de ses crochets aux nœuds des cordes qui sont pendues au plancher, directement au-des-