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leurs charges avec assiduité, & sans distraction.

2°. L’édit du mois de Mars 1678 les décharge de plus nommément de la collecte des deniers royaux, & de guet & garde.

3°. L’édit de 1637, art. 26, leur donne aussi droit de committimus aux requêtes du palais du parlement de leur résidence pour les causes qui concerneront la conservation de leurs priviléges, & les droits dépendans & attribués à leur emploi. Ce droit de committimus a depuis été étendu à toutes les causes personnelles & mixtes des banquiers-expéditionnaires, & leur a été confirmé par la déclaration du 30 Janvier 1675.

4°. La même déclaration leur attribue le droit de franc-salé, & confirme tous leurs autres droits & privileges portés par les précédens édits.

Ils ont encore été confirmés par une déclaration du 3 Août 1718, qui rappelle les précédens réglemens, & explique plusieurs de leurs dispositions.

Au mois de Juin 1703, il y eut un édit portant création en titre d’office de 20 conseillers contrôleurs des expéditions de cour de Rome, & des légations pour la ville de Paris, & de quatre pour chacune des villes de Toulouse, Bordeaux, Rouen, Aix, Grenoble, Lyon, Dijon, Metz & Pau, pour contrôler & enregistrer toutes les expéditions de cour de Rome, & des légations.

Ces offices de contrôleurs, tant pour Paris que pour les autres villes & les droits qui y étoient attribués, furent réunis par déclaration du 3 Juillet 1703 aux vingt offices de banquiers-expéditionnaires de la ville de Paris, avec faculté à eux de commettre un certain nombre d’entre eux pour faire à Paris les fonctions de ces offices, & de les faire exercer dans les provinces par qui bon leur sembleroit, après que ceux qu’ils auroient commis auroient prêté serment devant le juge des lieux.

Ces mêmes offices de contrôleurs furent ensuite supprimés par édit du mois de Juin 1713 ; mais le même édit créa en titre d’office formé, & à titre de survivance, 20 offices d’inspecteurs-vérificateurs des expéditions de cour de Rome & de la légation pour Paris, & quatre pour chacune des villes de Toulouse, Bordeaux, Roüen, Aix, Grenoble, Lyon, Dijon, Metz & Pau. Cet édit contient aussi quelques réglemens pour les droits des banquiers-expéditionnaires.

Enfin par édit du mois d’Octobre suivant, les inspecteurs-vérificateurs furent supprimés, les contrôleurs furent rétablis avec les droits & privileges portés par l’édit de Juin 1703, & ces offices & droits de contrôleurs furent réunis, moyennant finance, aux vingt offices de banquiers-expéditionnaires établis à Paris.

Il avoit été créé au mois d’Août 1709 des gardes des archives des banquiers-expéditionnaires en cour de Rome, lesquels furent unis à la compagnie desdits banquiers par déclarations des 18 Avril 1710, & 4 Février 1711 ; ils en furent désunis par l’édit du mois d’Août 1712, qui porte aussi création de l’office de thrésorier de la bourse commune, & par une déclaration du 9 Octobre suivant ces gardes des archives furent supprimés.

Sur les banquiers-expéditionnaires de cour de Rome & des légations, voyez les mémoires du clergé aux endroits que l’abrégé indique sous le mot banquiers-expéditionnaires ; le traité de l’usage & pratique de cour de Rome, attribué à Perard Castel, avec les notes de Dunoyer ; les lois ecclésiastiques de d’Hericourt, seconde partie, tit. de la forme des provisions ; la bibliotheque canonique au mot Banquier, & la jurisprudence canonique au même titre. (A)

EXPÉRIENCE, s. f. terme abstrait, (Philosophie.) signifie communément la connoissance acquise par


un long usage de la vie, jointe aux réflexions que l’on a faites sur ce qu’on a vû, & sur ce qui nous est arrivé de bien & de mal. En ce sens, la lecture de l’Histoire est fort utile pour nous donner de l’expérience ; elle nous apprend des faits, & nous montre les évenemens bons ou mauvais qui en ont été la suite & les conséquences. Nous ne venons point au monde avec la connoissance des causes & des effets ; c’est uniquement l’expérience qui nous fait voir ce qui est cause & ce qui est effet, ensuite notre propre réflexion nous fait observer la liaison & l’enchaînement qu’il y a entre la cause & l’effet.

Chacun tire plus ou moins de profit de sa propre expérience, selon le plus ou le moins de lumieres dont on a été doüé en venant au monde.

Les voyages sont aussi fort utiles pour donner de l’expérience ; mais pour en retirer cet avantage, on doit voyager avec l’esprit d’observation.

Homere, au commencement de l’Odyssée, voulant nous donner une grande idée de son héros, nous dit d’abord qu’Ulysse avoit vû plusieurs villes, & qu’il avoit observé les mœurs de divers peuples. Voici comment Horace a rendu les vers d’Homere :

Dic mihi, musa, virum, captæ post tempora Troja,
Qui mores hominum multorum vidit & urbes.

Art poét. vers. 141.

Ainsi quand on dit d’un homme qu’il a de l’expérience, qu’il est expérimenté, qu’il est expert, on veut dire qu’outre les connoissances que chacun acquiert par l’usage de la vie, il a observé particulierement ce qui regarde son état. Il ne faut pas séparer le fait de l’observation : pour être un officier expérimenté, il ne suffit pas d’avoir fait plusieurs campagnes, il faut les avoir faites avec l’esprit d’observation, & avoir sû mettre à profit ses propres fautes & celles des autres.

La raison qui doit nous inspirer beaucoup de confiance en l’expérience, c’est que la nature est uniforme aussi-bien dans l’ordre moral que dans l’ordre physique ; ainsi toutes les fois que nous voyons les mêmes causes, nous devons nous attendre aux mêmes effets, pourvû que les circonstances soient les mêmes.

Il est assez ordinaire que deux personnes qui sont de sentiment différent, alleguent chacun l’expérience en sa faveur : c’est l’observateur le plus exact, le plus desintéressé & le moins passionné qui seul a raison. Souvent les passions sont des lunettes qui nous font voir ce qui n’est pas, ou qui nous montrent les objets autrement qu’ils ne sont. Il est rare que les jeunes gens qui entrent dans le monde, ne tombent pas en inconvénient faute d’expérience. Après les dons de la nature, l’expérience fait le principal mérite des hommes.

En Physique le mot expérience se dit des épreuves que l’on fait pour découvrir les différentes opérations & le méchanisme de la Nature. On fait des expériences sur la pesanteur de l’air, sur les phosphores, sur la pierre d’aimant, sur l’électricité, &c. La pratique de faire des expériences est fort en usage en Europe depuis quelques années, ce qui a multiplié les connoissances philosophiques, & les a rendues plus communes ; mais ces épreuves doivent être faites avec beaucoup de précision & d’exactitude, si l’on veut en recueillir tout le fruit qu’on en doit attendre : sans cette précaution, elles ne serviroient qu’à égarer. Les spéculations les plus subtiles & les méditations les plus profondes ne sont que de vaines imaginations, si elles ne sont pas fondées sur des expériences exactes. (F)

Expérience, (Philosophie nat.) est l’épreuve de l’effet qui résulte de l’application mutuelle ou du mouvement des corps naturels, afin de découvrir