Page:Diderot - Encyclopedie 1ere edition tome 6.djvu/425

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composent la cuisse soient recouverts par une enveloppe qui paroît être continue, on peut cependant dire que le fascia-lata n’embrasse que les quatre antérieurs, & que tout ce qui est postérieurement ne lui appartient point. En effet, les cloisons tendineuses qui séparent les muscles vastes des muscles postérieurs, semblent être formées du concours de deux membranes, paroissant plus fortes & plus épaisses que les parties qui les produisent prises séparément. Le fascia-lata est donc une partie aponévrotique, qui enveloppe les quatre muscles qui font l’extension de la jambe, appellés droit, crural, vaste interne, & vaste externe.

Cette membrane a plusieurs usages ; car outre qu’elle forme une gaine très-solide qui contient les quatre muscles que nous venons de nommer, elle reçoit le tendon de l’épineux, & une partie de celui du grand & du moyen fessier : elle fournit de plus une attache solide à une partie du petit fessier, du vaste externe, & de la petite tête du biceps. La membrane qui recouvre le grand fessier, & qui produit des cloisons particulieres pour les trousseaux des fibres dont ce muscle est composé, peut être regardée comme une production du fascia-lata, qui communique encore avec le ligament inguinal & l’aponévrose de l’oblique externe.

Les Chirurgiens doivent soigneusement observer que lorsqu’il se forme un abcès sous le fascia-lata, le pus s’échappe aisément dans l’interstice des muscles qui sont au-dessous, parce que la matiere de l’abcès a plus de facilité à se glisser dans l’espace de ces chairs flexibles, qu’à pénétrer le tissu de la membrane qui forme le fascia-lata lequel est fort serré. Il faut alors, pour prévenir cet épanchement du pus entre ces muscles, faire une grande incision selon la longueur de cette membrane, afin de donner une issue suffisante au pus contenu dans le sac de l’abcès, & empêcher qu’il n’y fasse un long séjour : pour cet effet, après l’incision faite, il faut glisser le doigt indice sous la membrane, & en rompre & détacher toutes les adhérences, afin que le pus sorte librement de toutes parts. Article de M. le Chevalier de Jaucourt.

FASCINATION, s. f. (Hist. & Philos.) βασκανία ; maléfice produit par une imagination forte, qui agit sur un esprit ou un corps foible.

Linder, dans son traité des poisons, pag. 166-8. croit qu’un corps peut en fasciner un autre sans le concours de l’imagination ; par exemple, que les émanations qui sortent par la transpiration insensible du corps d’une vieille femme peuvent, sans qu’elle le veuille, blesser les organes délicats d’un enfant. Mais ce cas, que quelques auteurs appellent fascination naturelle, présente seulement une forte antipathie, & n’a qu’un rapport éloigné avec la fascination proprement dite.

Guillaume Perkins, dans sa bascanologie, définit l’art des fascinations magiques, un art impie, qui fait voir des prodiges par le secours du démon, & avec la permission de Dieu. Cette définition paroît trop vague ; elle embrasse toutes les parties de la Magie, du moins suivant beaucoup de philosophes, qui n’admettent rien de réel dans cet art, que les apparences qu’il fait naître.

Frommann a donné un recueil très-prolixe en forme de traité de fascinatione, dans lequel, liv. III. part. IV. sect. 2. il étend la fascination, non-seulement aux animaux, comme avoient fait les anciens, mais encore aux végétaux, aux minéraux, aux vents, & aux ouvrages de l’art des hommes. Outre les défauts ordinaires des compilations, on peut reprocher à cet auteur son extrème crédulité, ses contes ridicules sur les moines, & sa calomnie grossiere contre S. Ignace de Loyola, qu’il ose dire avoir été sorcier. Le n°. 4. de l’appendix de ce livre, où Frommann veut prou-


ver que le diable est le singe de Dieu, est assez remarquable.

Frommann distingue, après Delrio, trois especes de fascination ; l’une vulgaire & poétique, la seconde naturelle, la troisieme magique. Il combat la premiere, quoiqu’il admette les deux autres : mais les Poëtes ont-ils pû concevoir de fascination, qu’en la rappellant à la Physique ou à la Magie ?

On conçoit que l’imagination d’un homme peut le séduire ; que trop vivement frappée elle change les idées des objets ; qu’elle produit ses erreurs dans la morale, & ses fausses démarches : mais qu’elle influe, sans manifester son action, sur les opinions & la volonté d’un autre homme, c’est ce qu’on a de la peine à se persuader. Le chancelier Bacon, de augmento scientiar. liv. IV. c. iij. m. 130. croit qu’on a conjecturé que les esprits étant plus actifs & plus mobiles que les corps, devoient être plus susceptibles d’impressions analogues aux vertus magnétiques, aux maladies contagieuses, & autres phénomenes semblables.

Il n’y a peut-être pas de preuve plus sensible de la communication dangereuse des imaginations fortes, que celles qu’on tire des histoires des loups-garoux, si communes chez les démonographes : c’est une remarque du P. Malebranche, dern. ch. du liv. II. Recherche de la vérité. F. Claude prieur religieux de l’ordre des FF. mineurs de l’observance, dans son Dialogue de la Lycanthropie, imprimé à Louvain l’an 1596, prétend, fol. 20. que les hommes ne sauroient se transmuer sinon par la puissance divine, mais bien qu’ils peuvent apparoitre extérieurement autres qu’ils ne sont, & se le persuader eux-mêmes, fol. 71 vo.

J. de Nynauld docteur en Medecine, dans son écrit sur la lycanthropie & extase des sorciers, imprimé à Paris l’an 1615, en combat la réalité contre Bodin, & attribue les visions des sorciers à la manie, à la mélancolie, & aux vertus des simples qu’ils employent, parmi lesquels il en est, dit il, p. 25. qui font voir les bons & les mauvais anges.

Les peres de l’Église & les commentateurs expliquent la métamorphose de Nabuchodonosor en bœuf par un accès de manie, dont Dieu se servit à la vérité pour punir ce prince. Il est parlé d’un autre changement de forme, d’un homme changé en mulet, dans l’évangile de l’enfance de Jesus-Christ, pag. 183. I. part. des pieces apocryphes concernant le nouveau Testament, données par Fabricius.

Plutarque raconte qu’Eutelidas se fascina lui-même, & devint si amoureux de ses charmes, qu’il en tomba malade ; voyez Sympos. l. V. p. m. 682. (c’est ainsi qu’il faut expliquer vraissemblablement la fable de Narcisse) : le même auteur nous apprend combien les anciens craignoient pour l’état florissant de ceux qui étoient trop loüés ou trop enviés.

Hippocrate a observé, περὶ παρθενίων, que les apparitions des esprits avoient plus fait perir de femmes que d’hommes ; & il en donne cette raison, que les femmes ont moins de courage & de force. Mercurialis a pensé que les corps des enfans & des femmes sont plus exposés à la fascination, parce que les corps des enfans ne sont point défendus par leurs ames, & que ceux des femmes le sont par des ames foibles & timides. Voyez ses opuscules, p. m. 276. de morbis puer. l. I. c. iij.

Mercurialis, ibid. 277. dit qu’on attribue à la fascination, cette maigreur incurable des enfans à la mammelle, dont on ne peut accuser leur constitution ni celle de leurs nourrices. Sennert, l. VI. prax. med. part. IX. p. m. 1077. tom. IV. regarde comme produites par des sortileges ces maladies que les Medecins ne connoissent pas, & qu’ils traitent sans succès ; celles, pag. 1086, qui, sans cause apparente, parviennent rapidement au période le plus dange-