Page:Diderot - Encyclopedie 1ere edition tome 8.djvu/455

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hors, jaunes en dedans, faits comme des pommes orbiculaires, mais applatis au dessus, comme si on en avoit coupé une tranche. Ils contiennent chacun un noyau de la grosseur d’une aveline, anguleux, cordiforme, & de couleur de foie luisante. (D. J.)

JAPARE, (Géog.) ville des Indes orientales, dans l’île de Java, sur la côte septentrionale, avec un bon port. Il s’y fait un très-grand commerce, & l’on y voit aborder de toutes les nations des Indes, Javanois, Persans, Arabes, Guzarates, Chinois, Malais, Péguans, &c. Les femmes y sont également laides, & portées à l’amour. Voyez les recits des voyages de la Compagnie hollandoise. Long. 128. 40. latit. méridionale. 6. 45. (D. J.)

JAPODES, les, (Géog. an.) les Japodes, selon Strabon, ou JAPIDES selon Ptolomée, étoient un ancien peuple de l’Illyrie, dont le pays s’étendoit en deçà & au-de-là des Alpes, jusqu’auprès de la mer. Strabon, l. IV. nous dit que cette nation étoit en partie originaire des Gaules, & en partie de l’Illyrie ; qu’elle possédoit quatre villes, Metulum, Arupinum, Monetium, & Vendum ; qu’elle étoit très belliqueuse, quoiqu’elle vécût pauvrement de miel & d’épautre ; & qu’enfin le pays qu’elle habitoit, faisoit partie des Alpes. Comme ils s’étoient adonnés au brigandage, Auguste lassé des plaintes qui lui en revenoient, entreprit de les réduire, & y réussit. Dion Cassius, l. XLIX de son Histoire, parle de cette conquête d’Auguste. Le P. Briet croit que le pays des anciens Japides, répond à la Croatie, & à une partie de l’Istrie, & du Vendismarck. Il est très-vraisemblable que les Japodes sont les Jaunthalers de nos jours, habitans de cette vallée d’Allemagne, dans la Carinthie & la Carniole, au midi de la Draye. Les Arupini auront fondé Aversperg, les Monetii, Mansperg, les Metuli, Medaitz, & les Vendi, Windischgratz. (D. J.)

JAPON, le, (Géog.) grand pays de la partie la plus orientale de l’Asie. C’est un composé de quantité d’îles, dont les trois principales sont celles de Niphon, de Saikokf, & de Sikokf ; ces trois îles sont entourées d’un nombre prodigieux d’autres îles ; les unes petites, pleines de rochers stériles, les autres grandes, riches & fertiles. Toutes ces îles & terres qui forment le Japon, ont été divisées l’an 590 de J. C. en sept principales contrées, qui sont partagées en quarante-huit provinces, & subdivisées en plusieurs moindres districts.

Le revenu de toutes les îles & provinces, qui appartiennent à l’empire du Japon, monte tous les ans à 3228 mans, & 6200 kokfs de ritz ; car au Japon, tous les revenus sont réduits à ces deux mesures en ritz ; un mans contient dix mille kokfs, & un kokf trois mille balles ou sacs de ritz.

Le tems est fort inconstant dans cette vaste contrée ; l’hiver est sujet à des froids rudes, & l’été à des chaleurs excessives. Il pleut beaucoup pendant le cours de l’année, & sur-tout dans les mois de Juin & de Juillet, mais sans cette régularité qu’on remarque dans les pays plus chauds des Indes orientales. Le tonnerre & les éclairs sont très-fréquens. La mer qui environne le Japon, est fort orageuse, & d’une navigation périlleuse, par le grand nombre de rochers, de bas-fonds & d’écueils, qu’il y a au-dessus & au-dessous de l’eau.

Le terroir est en général montagneux, pierreux, & stérile ; mais l’industrie & les travaux infatigables des habitans, qui d’ailleurs vivent avec une extrème frugalité, l’ont rendu fertile, & propre à se passer des pays voisins. Toute la nation se nourrit de ritz, de légumes & de fruits, sobriété qui semble en elle une vertu plûtôt qu’une superstition. L’eau douce ne manque pas, car il y a un grand nombre


de lacs, de rivieres, & de fontaines froides, chaudes & minérales ; les tremblemens de terre n’y sont pas rares, & détruisent quelquefois des villes entieres par leurs violentes & longues secousses.

La plus grande richesse du Japon consiste en toutes sortes de minéraux & de métaux, particulierement en or, en argent, & en cuivre admirable. Il y a quantité de soufrieres, entr’autres une île entiere qui n’est que soufre. La province de Bungo produit de l’étain si fin & si blanc, qu’il vaut presque l’argent. On trouve ailleurs le fer en abondance ; d’autres provinces fournissent des pierres précieuses, jaspes, agathes, cornalines, des perles dans les huitres, & dans plusieurs autres coquillages de mer. L’ambre gris se recueille sur les côtes, & chacun peut l’y ramasser. Les coquillages de la mer, dont les habitans ne font aucun cas, ne cedent point en beauté à ceux d’Amboine & des îles Moluques. Le Japon possede aussi des drogues estimées, qui servent à la Teinture & à la Médecine. On n’y a point encore découvert l’antimoine, & le sel armoniac ; le vif-argent & le borax y sont portés par les Chinois.

L’empire du Japon est situé entre le 31 & le 42d de latitude septentrionale. Les Jesuites, dans une carte corrigée sur leurs observations astronomiques, le placent entre le 157 & le 175d 30′ de longitude. Il s’étend au nord-est, & à l’est-nord-est ; sa largeur est très-irréguliere, & étroite en comparaison de sa longueur, qui prise en droite ligne, & sans y comprendre toutes les côtes, a au moins 200 milles d’Allemagne. Il est comme le royaume de la Grande-Bretagne, haché & coupé, mais dans un plus haut dégré, par des caps, des bras de mer, des anses & des baies. Il se trouve un bras de mer entre les côtes les plus septentrionales du Japon, & un continent voisin ; c’est un fait confirmé par les découvertes récentes des Russes ; Jedo est aujourd’hui la capitale de cet empire ; c’étoit autrefois Meaco. Voyez Jedo & Méaco.

Si le Japon exerce la curiosité des Géographes, il est encore plus digne des regards d’un philosophe. Nous fixerons ici les yeux du lecteur, sur le tableau intéressant qu’en a fait l’historien philosophe de nos jours. Il nous peint avec fidélité ce peuple étonnant, le seul de l’Asie qui n’a jamais été vaincu, qui paroît invincible ; qui n’est point, comme tant d’autres, un mélange de différentes nations, mais qui semble aborigene ; & au cas qu’il descende d’anciens Tartares, 1200 ans avant J. C. suivant l’opinion du P. Couplet, toujours est-il sûr qu’il ne tient rien des peuples voisins. Il a quelque chose de l’Angleterre, par la fierté insulaire qui leur est commune, & par le suicide qu’on croit si fréquent dans ces deux extrémités de notre hémisphere ; mais son gouvernement ne ressemble point à l’heureux gouvernement de la Grande-Bretagne ; il ne tient pas de celui des Germains, son système n’a pas été trouvé dans leurs bois.

Nous aurions dû connoître ce pays dès le xiij. siecle, par le recit du celebre Marco Paolo. Ce illustre vénitien avoit voyagé par terre à la Chine ; & ayant servi long-tems sous un des fils de Gengis-Kan, il eut les premieres notions de ces îles, que nous nommons Japon, & qu’il appelle Zipangri ; mais ses contemporains qui admettoient les fables les plus grossieres, ne crurent point les vérités que Marc Paul annonçoit : son manuscrit resta long-tems ignoré. Il tomba enfin entre les mains de Christophe Colomb, & ne servit pas peu à le confirmer dans son espérance, de trouver un monde nouveau, qui pouvoit rejoindre l’orient & l’occident. Colomb ne se trompa que dans l’opinion, que le Japon touchoit à l’hémisphere qu’il découvrit ; il en étoit si convain-