Page:Dire de l'abbé Sieyès sur la question du Veto royal, à la séance du 7 septembre 1789.djvu/5

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qu’un intérêt différent de l’intérêt national ne peut jamais lui être comparé ; que, dans une Nation, tout fléchit & doit fléchir devant elle.

Ainſi le Roi ne peut jamais être ſéparé, même en idée, de la Nation dont il repréſente toute la Majeſté. Lorſque la Nation prononce ſon vœu, le Roi le prononce avec elle. Par-tout il eſt Chef ; par-tout il préſide ; mais tous ces actes le ſuppoſent préſent au milieu de vous. Enfin, ici ſeulement, peuvent s’exercer ſes droits à la Légiſlation.

Si l’on eſt conduit à reconnoître que le Roi ne peut point concourir à la formation de la Loi, hors de l’Assemblée Nationale, il n’eſt pas encore décidé pour tous quelle eſt la part d’influence proportionnelle qu’il peut y prendre ? Un Votant, quel qu’il ſoit, peut-il, dans une Aſſemblée quelconque, avoir plus de voix que tout autre Opinant ?… Cette queſtion a ſes profondeurs ; mais il n’eſt pas néceſſaire de s’y enfoncer en entier, pour prononcer que la moindre inégalité, à cet égard, eſt incompatible avec toute idée de liberté & d’égalité politique. Je me contente de vous préſenter le ſyſtême contraire, comme ramenant à l’inſtant la diſtinction des Ordres. Car ce qui caractériſe la pluralité des Ordres eſt préciſément l’inégalité des droits politiques. Il n’exiſte qu’un Ordre dans un État, ou plutôt il n’exiſte plus d’Ordres, dès que la repréſen-