Page:Dollier de Casson - Histoire du Montréal, 1640-1672, 1871.djvu/122

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ABRÉGÉ DE LA MISSION DE KENTÉ.

pêche par force ; or comme ces gens sont terribles dans leur ivresse, nos prisonnières crurent que c’était fait d’elles parceque pour l’ordinaire nos sauvages s’enivrent pour faire leurs mauvais coups. Cet Iroquois ayant passé dans cet excès, il entra dans un état furieux et inaccessible et pour lors il se mit à poursuivre une de ces femmes, celle ci épouvantée s’enfuit dans le bois, aimant mieux périr par la faim que par la hache de son ennemi. Le lendemain, ce brutal surpris de sa proie échappée l’alla chercher dans le bois en vain, voyant enfin que le temps nous pressait de nous rendre à son village et que nous avions déjà eu de la neige, il se résolut de la laisser en ce lieu là avec son enfant et afin de la faire mourir de faim, ils voulurent rompre leur petit canot à cause que ce petit endroit était une isle au milieu du fleuve St. Laurent : néanmoins à force de prières, ils leur laissèrent à nos instances ce seul moyen de salut : après notre départ et que la sauvagesse fut un peu rassurée, elle sortit de sa cache et trouvant alors son canot que nous lui avions fait laisser, elle s’embarqua dedans avec son petit garçon et vint heureusement au Montréal, l’ancien asyle des malheureux fugitifs ; quant à nous ayant emmené l’autre sauvagesse 5 ou 6 jours au dessus de cet isle sans jamais avoir pu obtenir sa liberté, à la fin ayant trouvé des Hurons qui s’en allaient en traite au Montréal, les sauvages réfléchirent sur ce que je leur avais dit que M. de Courcelle, qu’ils appréhendaient extraordinairement, trouverait mauvais leur … … … lorsqu’il le saurait, cette réflection leur fit remettre l’autre femme entre les mains de ces Hurons pour la ramener au Montréal, ce qu’ils firent fidèlement comme nous l’apprîmes l’année d’après, où nous sûmes aussi ce qui était arrivé à cette autre pauvre femme et à son petit enfant ; à la fin à force de nager, le jour de la fête de St. Simon et de St. Jude, nous arrivâmes à Kenté où nous serions arrivés la veille si ce n’avait été la rencontre de quelques sauvages qui ravis d’apprendre que nous étions à Kenté pour y demeurer nous firent présent de la moitié d’un orignal ; au reste ce même soir, après avoir retrouvé les hommes qui nous avaient fait ce présent étant tous près des cabanes, nous aperçûmes au milieu d’une belle rivière où nous étions entrés ce jour-là pour accourcir notre chemin, un animal qu’ici l’on nomme Scononton et qu’en France on appelle chevreuil, ce qui nous donna le plaisir d’une chasse agréable surtout à cause de sa beauté et gentillesse qui surpasse de beaucoup ce que nous voyons en ceux de France ; son goût aussi est bien meilleur et surpasse toutes les venaisons de la Nouvelle France. Étant arrivé à Kenté, nous y fûmes régalés autant bien qu’il fut possible aux sauvages du lieu, il est vrai que le fes-