Page:Dolomieu - Mémoire sur les tremblemens de terre de la Calabre.djvu/42

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Polistena Ville aſſez grande, riche, peuplée étoit bâtie ſur deux coteaux ſabloneux, diviſés par une riviere un peu encaiſſée. Elle a été abſolument raſée 42.1. Il n’y ſubſiſte pas une ſeule maiſon, pas

un



torrent, qui la recouvre chaque année de ſable & de vaſe, & qui en fait un terrein marecageux ou l’air eſt deteſtable. Quelques dépenſes ſuffiroient pour former un lit a ce torrent & pour l’y contenir. Mais le gouvernement ne daigne pas s’occuper de ces petits details d’adminiſtration

42.1. J’avois vu Messine & Regio, j’avois gémi ſur le ſort de ces deux Villes ; je n’y avois pas trouvé une maiſon qui fût habitable, & qui n’eut beſoin d’être repriſe par les fondemens ; mais enfin le ſquelette de ces deux Villes ſubſiſte encore ; la plupart des murs eſt en l’air. On voit ce que ces Villes ont été. Meſſine preſente encore a une certaine diſtance une image imparfaite de ſon ancienne ſplendeur. Chacun reconnoit ou ſa maiſon, ou le ſol ſur le quel elle repoſoit. J’avois vû tropea & Nicotera dans leſquelles il y a peu de maifons,qui n’ait reçu de très grands domages, & dont pluſieurs même ſe ſont entierement ecroulées. Mon imagination n’alloit pas au dela des malheurs de ces Villes. Mais lorſque, placé ſur une hauteur, je vis les ruines de Polistena, la premiere Ville de la plaine qui ſe preſentat a moi ; lorſque je contemplai des monceaux de pierre, qui n’ont plus aucunes formes & qui ne peuvent pas même donner l’idée de ce qu’étoit la Ville, lorſque je vis que rien n’étoit echapé a la deſtruction, & que tout avoit été mis au niveau du ſol ; j’éprouvai un ſentiment de terreur, de pitié, d’effroi, qui ſuſpendit pendant quelques momens toutes mes facultés. Ce ſpectacle n’étoit cependant que le prélude de celui, qui alloit ſe preſenter a moi dans le reſte de mon voyage.

L’impreſſion que m’a fait Meſſine eſt d’un genre tout différent. Ce ſont moins ſes ruines, qui m’ont frappé, que la ſolitude & le ſilence, qui regnent dans ſes murs. On eſt penetré d’une terreur mélancolique, & d’une triſteſſe ſombre, lorſqu’on traverſe une grande Ville, lorſqu’on parcourt tous ſes quartiers, ſans rencontrer être vivant, ſans qu’aucune voix Vienne frapper vos oreilles, ſans entendre autre bruit, que le balancement de

quel-