Page:Dolomieu - Mémoire sur les tremblemens de terre de la Calabre.djvu/51

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Si le ſol d’opido reſiſta en partie a la violence des ſecouſſes, il n’en ſut pas de même des rives opoſées ; les éboulemens y ſurent immenſes. La chute des terres & des portions conſiderables de coteaux, remplit les vallées & forma les lacs, dont la Ville eſt maintenant entourée. Ces lacs, qui contournent la montagne, ſe rempliront peu-a-peu par les ſables que les torrens y entrainent, & par les débris des terreins ſuperieurs 51.1. Il y en a deja un, qui a été comblé naturellement de cette maniere.
Ce


qu’ils y ont eprouvé, fuſſent encore affectionés a ce ſol malheureux. Le gouvernement a deſigné un nouvel emplacement, pour bâtir la nouvelle Ville. Il a choiſi une plaine nommée la tube a une lieue de diſtance de l’ancienne. La plupart des habitans refuſent d’aller s’y établir. Ils prétendent, qu’il y a une eſpece de tirannie, a vouloir les éloigner de leur anciennes demeures, pour les forcer a habiter une plaine humide, & mal ſaine, ou il n’y a point de materiaux pour bâtir. Ils diſent, en faveur de leur plateau iſolé, qu’il a prouvé ſa ſolidité, en réſiſtant aux plus violentes ſecouſſes, ſans avoir une ſeule gerſure ; que les pierres, & quelques charpentes des maiſons détruites, leur ſerviront pour en bâtir d’autres ; que l’air eſt très bon ; qu’ils ſont plus a portée de leurs poſſeſſions, & que tous ces avantages réunis compenſent l’inconvenient de n’avoir point d’eau ſur le plateau ; ils pretendent, qu’etant accoutumés a aller la chercher dans le ſond des vallées, ce n’eſt plus une peine pour eux. Il y a donc eu ſchiſme dans les reſtes de cette population ; une partie a ſuivi les indications du gouvernement, & eſt allée a la tube ; l’autre eſt demeurée ſur les ruines d’opido. J’en fus entouré, lorſque je fus les viſiter. On paroiſſoit avoir oublié les malheurs occaſionés par le tremblement de terre, pour ne penſer qu’a la vexation qu’ils pretendoient leur être faite. Ils ſe plaignoient ſurtout amérement, de ce qu’on les avoit privé d’une meſſe, qui ſe diſoit dans une baraque deſtinée a cet objet des le commencement de leurs deſaſtres.

51.1. Avant d’arriver a la montagne d’opido, je ne concevois pas, comment je pourrois en approcher ; j’en étois ſéparé par

l’empla-