Page:Dorgelès - Le Cabaret de la belle femme.djvu/147

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Cela rappela à Lousteau qu’il était blessé. Mais il pensa avec bon sens : « Du moment que je suis mort, ça n’a pas d’importance. » Et il poursuivit tranquillement sa route.

Le décor changeait encore : une ville grouillante, des champs de neige, une forêt… Et, brusquement, il se trouva transporté à l’entrée d’une immense cathédrale, lumineuse, fleurie, sentant l’encens et les roses de serre, avec une multitude bruissante d’anges ailés qui tiraient de leurs violes de suppliants cantiques. Tous contemplaient l’autel, qui devait être le soleil.

L’esprit un peu égaré, tremblant sur ses jambes lasses, Lousteau chercha en quels termes décents il pourrait se présenter. Mais il ne trouva pas : la fatigue du voyage sans doute. Et puis, il n’avait pas l’habitude du monde et se méfiait lui-même de son franc-parler.

Gêné, il toussa et dit simplement : « C’est moi. » Mais personne ne l’entendit. Alors, résolument, sans avoir peur de marcher sur les traines avec ses godasses boueuses, il s’avança dans la grande allée en disant : « Excusez… »

Le premier ange qu’il coudoya se retourna et poussa un cri aigu, un cri de jeune femme effrayée. D’autres l’aperçurent et dans un tumulte de cris, d’appels déchirants, ce fut une, débandade, une panique, un envol… Des anges grimpaient aux piliers, d’autres se cachaient derrière les orgues, on renversait les luths, les mandores.

— Au secours ! Sauvons-nous ! criaient les anges…