Page:Dorgelès - Le Cabaret de la belle femme.djvu/148

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Et sans égards ils bousculaient des vieillards à barbe blanche — des bienheureux sans doute — qui se sauvaient aussi, autant que le voulaient leurs jambes impotentes.

Lousteau s’était arrêté, surpris d’abord, puis angoissé. Sa gorge se serra.

— Bon Dieu, se dit-il, atterré, j’me suis gourré. Y m’attendaient pas, j’suis bon pour l’enfer.

Et il baissa la tête, retrouvant brusquement toute sa souffrance, toute sa lassitude, et la brûlure de sa blessure qui lui fouillait le ventre.

Un homme majestueux s’approchait, à pas lents. Lousteau ne vit que son auréole : un cercle d’or discret posé en arrière sur ses cheveux blancs.

— Vos grenades leur font peur, lui expliqua ce saint avec douceur. Vous auriez dû les jeter avant d’entrer.

— Ma foi, répondit humblement Lousteau, j’y avais pas pensé. Depuis le temps que je vis avec… C’est que ça fait quarante mois d’affilée que je tire, hein.

Il regarda encore le saint, puis baissant la tête, pitoyable, le dos voûté, il murmura avec résignation :

— Alors, il faut que je m’en aille. On n’veut pas de moi au ciel ?.. C’est bon…

— Mais non, mon enfant, lui dit le saint. Vous pouvez rester, nous avons une place pour vous. Tenez, vous serez dans la travée de droite, au septième banc… Vous jouerez de la harpe.

Lousteau eut un éblouissement. Ses mains se