Page:Dostoïevski - Les Frères Karamazov 1.djvu/17

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Le starets prit place sur un petit divan en acajou couvert de cuir, et les étrangers s’assirent aussi.

Deux moines assistaient à cette entrevue, assis l’un auprès de la porte, l’autre auprès de la fenêtre. Alioscha, un autre novice et un séminariste restèrent debout. La cellule était exiguë et l’atmosphère maussade ; des meubles grossiers et pauvres, et juste l’indispensable. Il y avait devant la fenêtre deux pots de fleurs et dans les coins beaucoup d’icônes, l’une d’elles représentant la sainte Vierge, assez grande image certainement très-antérieure au temps du Raskol[1], et devant laquelle était suspendue une lampe allumée. Deux autres icônes enrichies d’ornements éclatants brillaient à côté de celle de la Vierge, et encore des chérubins, des œufs en faïence, une croix catholique en ivoire avec une Mater dolorosa qui l’entourait de ses bras, des gravures de célèbres tableaux italiens des siècles passés, véritables et précieuses œuvres d’art mêlées à de grossières lithographies pieuses des plus communes. Et sur les murs pendaient des portraits lithographies d’évêques morts ou vivants. Mioussov jeta un coup d’œil distrait sur ces attributs essentiels d’un intérieur ecclésiastique et arrêta fixement son regard sur le starets.

Dès l’abord, le starets lui déplut. Et en effet le visage de ce vieillard laissait voir des caractères qui eussent pu déplaire à d’autres que Mioussov. C’était un homme petit, voûté, aux jambes vacillantes, âgé seulement de soixante-cinq ans, mais que la maladie vieillissait d’au moins dix

  1. Littéralement : séparation, doctrine dissidente des Raskolniki, secte des Vieux-Croyants qui conservent les Écritures telles qu’elles étaient avant les corrections du patriarche Nikon.