Page:Doyle - Du mystérieux au tragique.djvu/31

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vente : peut-être avait-il quelque affaire en vue en les emportant à Manchester… Mais que servirait aujourd’hui de se livrer aux conjectures ?

« Je n’accuse pas la police d’insuffisance. Comment eût-elle fait davantage ? Un seul indice aurait pu la guider, mais bien faible : je veux dire le petit miroir rond qu’on trouva dans la poche de mon frère. Ce n’est pas là, n’est-ce pas ? un article d’usage courant chez un jeune homme. Pour un joueur, il eût signifié tricherie. Assis à peu de distance d’une table de jeu, le miroir sur vos genoux, vous distinguez tout en donnant les cartes, celles que vous donnez à votre adversaire ; et vous le tenez à merci quand vous connaissez les siennes aussi bien que les vôtres. Un miroir est l’accessoire indispensable du tricheur professionnel, tout comme la pince élastique pendue au bras de Macloy. Pour peu qu’elle eût rattaché la découverte du miroir aux faits de tricherie qui s’étaient produits récemment dans des hôtels, la police eût tenu l’un des bouts de l’affaire.

« Me voici au terme de mes explications. Nous arrivâmes le soir dans un petit village du nom d’Amersham, où nous nous donnâmes pour deux excursionnistes ; puis nous gagnâmes tranquillement Londres, d’où Macloy se rendit en Angleterre, tandis que je retournais à New-York. Ma mère mourut six mois plus tard, et je suis heureux de dire que jusqu’à sa mort elle ne sut rien du drame. Elle demeura persuadée qu’Édouard gagnait bravement sa vie à Londres, et je n’eus jamais le cœur de lui avouer la vérité. Sans doute, elle ne recevait pas de lettres de mon frère ; mais en aucun temps, il ne lui avait écrit, et de ce côté il n’y eut pas pour elle de différence. Ce qui n’empêchait pas qu’elle ne cessât de prononcer son nom.

« À présent, il y a une chose, une seule, que je voudrais vous demander, Monsieur, et qui, si vous pouviez satisfaire à mon désir, me payerait aimablement des explications que je vous donne. Vous vous rappelez la petite bible recueillie dans le train. Je l’avais toujours portée dans une poche intérieure, d’où elle aura probablement glissé lors de ma chute. Elle a pour moi un très grand prix, car elle était chez nous le livre de famille ; et mon père y avait consigné sur la première feuille ma naissance et celle de mon frère. J’aimerais que par vous elle retrouvât sa vraie place et que vous prissiez la peine de me l’envoyer. Elle ne peut avoir de valeur pour personne. En l’adressant à Monsieur X…, Bassano’s Library, New-York, vous êtes sûr qu’elle me parviendra. »