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IL OCCUPAIT, AVENUE DE WAGRAM, CETTE BELLE MAISON PRÉCÉDÉE D’UNE PELOUSE ET D’UNE GRILLE (P. 32)

L’ENTONNOIR DE CUIR


Mon ami Lionel Dacre vivait à Paris. Il occupait, avenue de Wagram, cette belle maison, précédée d’une pelouse et d’une grille, qu’on apercevait sur la gauche en descendant de l’Arc de Triomphe, et qui devait, je présume, exister dès avant la percée de l’avenue, car le lichen en dévorait les tuiles grises et l’âge en marbrait de rouille les murs décolorés. Grande d’apparence avec ses cinq fenêtres de façade, elle s’approfondissait à l’arrière en une chambre unique. C’était là que Dacre avait installé, en même temps que son étrange bibliothèque, tous ces objets fantastiques où sa manie et la gaîté de ses amis trouvaient également à se satisfaire. Riche et d’humeur excentrique, il avait consacré une notable partie de sa vie et de sa fortune à former une collection réputée unique d’ouvrages sur le Talmud, la cabale et la magie. Il inclinait par nature vers le merveilleux et le monstrueux ; et je m’étais laissé dire que ses recherches dans la voie de l’inconnu avaient franchi les limites du permis et de l’honnête. Vis-à-vis de ses compatriotes, il s’abstenait de toute allusion à ces sortes de choses et se donnait le ton d’un savant et d’un dilettante ; mais un Français de goûts analogues m’a certifié que les pires excès de la messe noire s’étaient perpétrés dans ce spacieux et haut réduit où s’étageaient ses livres et ses vitrines.

On devinait au seul aspect de Dacre que l’intérêt qu’il portait aux questions psychologiques était d’ordre intellectuel plus que moral. Sur ses traits lourds, nulle trace d’ascétisme ; mais beaucoup de force mentale dans l’ampleur de sa coupole crânienne, qui s’incurvait par dessus les minces touffes de ses cheveux comme une cime neigeuse par dessus