Page:Doyle - La Main brune.djvu/21

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pas en pure perte. Nous sommes seuls, Enoch et moi, pour tout faire ; je vous garantis pourtant que nous serons prêts. La charrette du déménageur sera là demain à la première heure. Vous, le jeune William, Enoch et moi, escorterons les objets jusqu’à la station de Congleton. Avez-vous rencontré quelqu’un en route ?

— Oui, dis-je. Un marin s’est arrêté devant nous.

— Ah ! je le savais bien qu’ils nous surveillaient ! C’est pourquoi je vous demandais de descendre à une station qui n’était pas la véritable, et de vous faire mener chez Purcell au lieu de venir ici. Nous sommes bloqués, c’est le mot.

— Cet homme, repris-je, n’est pas le seul que nous ayons rencontré. Il y en a eu un autre, avec une pipe.

— Quelle espèce d’homme ?

— Maigre, le visage taché de rousseur, un bonnet pointu.

Mon oncle poussa un cri rauque.

— Lui, c’est lui ! Dieu me pardonne ! »

Éperdu, il allait, traînant son clic-clac à travers la chambre. Sa grosse tête chauve avait quelque chose de lamentable et d’enfantin. Une pitié m’en venait presque.

« Voyons, mon oncle, lui représentai-je, vous vivez en pays civilisé. Il y a des lois pour mettre tous ces gens à la raison. Laissez-moi donc aller, demain matin, en voiture, jusqu’au bureau de police du comté, et j’aurai vite réglé les choses. »

Mais il hocha la tête.

« C’est un homme malin et féroce. Je ne peux pas respirer sans penser à lui, car il m’a bouclé trois côtes. Cette fois, il me tuera, pour sûr. Il n’y a pour nous qu’un parti à prendre : abandonner ce que nous n’aurons pas emballé et déguerpir à l’aube. Grand Dieu ! qu’est-ce que cela ? »

Un coup terrible frappé au dehors avait ébranlé la maison. Un autre suivit, puis un autre encore. On eût dit qu’un poing de fer s’acharnait contre la porte. Mon oncle s’écroula sur sa chaise. Je pris un fusil, et m’élançant :

« Qui est là ? hurlai-je. »

Pas de réponse.

J’ouvris le judas et regardai.

Personne.

Alors, brusquement, je vis qu’une longue feuille de papier passait sous la porte. Je l’élevai à la lumière et lus ceci, tracé d’une main malhabile, mais vigoureuse :

« Posez-les devant la maison si vous tenez à votre peau. »

« Que veulent-ils ? demandai-je, après avoir lu ce billet à mon oncle.

— Ce qu’ils n’auront jamais, non, pardieu, jamais ! s’écria-t-il dans une explosion de colère. Enoch ! Enoch ! »

Le vieux accourut à l’appel.

« Enoch, j’ai toujours été un bon maître pour vous. À vous, aujourd’hui, de le reconnaître. Acceptez-vous de vous exposer pour moi ? »

À voir l’empressement avec lequel le vieux consentit, je pris une meilleure opinion de mon oncle. Quels que pussent être ses torts envers des gens, du moins il semblait avoir l’affection de cet homme.

« Vous allez mettre votre chapeau et

Je vis mon oncle debout
dans le carré de lumière. (p. 19.)