Page:Doyle - La Main brune.djvu/27

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elle rencontra le docteur Lana à une garden-party. (p. 28.)




LE DOCTEUR NOIR


Bishop’s Crossing est un petit village à dix mille au sud-ouest de Liverpool. Là s’établit, il y a soixante-dix ans, un médecin nommé Aloysius Lana. On ignorait absolument d’où il venait et quelles raisons l’avaient poussé dans ce hameau du Lancashire. On ne savait de positif sur lui que deux faits : d’abord, qu’il avait brillamment conquis son diplôme à Glasgow ; ensuite, qu’il appartenait sans conteste à quelque race des tropiques, car il était si brun qu’on pouvait presque le croire de souche indienne. Cependant le caractère européen prédominait dans sa physionomie, et il y avait chez lui une courtoisie, une dignité, des allures où semblait se révéler une origine espagnole. Son teint basané, ses cheveux d’un noir de corbeau, ses yeux brûlant d’un feu sombre sous le couvert épais des sourcils, tout le singularisait violemment dans ce milieu de paysans anglais à cheveux châtains ou blond filasse. Aussi ne tarda-t-on pas à le connaître sous la désignation de « Docteur Noir de Bishop’s Crossing », désignation qui impliqua d’abord un grief et une moquerie, mais qui lui devint, au cours des années, un titre d’honneur, familier dans le pays, et dépassant de beaucoup les étroites limites du village.

Car le nouveau venu s’était manifesté chirurgien habile et médecin accompli. La clientèle du district était aux mains d’Edouard Rowe, fils de sir William Rowe, le médecin consultant de Liverpool ; mais le fils n’avait pas hérité des talents du père, et le docteur Lana, avec ses avantages personnels, se fit bientôt le champ libre. Ses succès mondains n’allèrent pas moins vite que ses succès professionnels. Une intervention chirurgicale des plus heureuses chez l’honorable James Lowry, second fils de lord