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LA NOUVELLE CHRONIQUE

Brighton. J’en fis autant ; mais j’eus soin de ne monter que dans le troisième wagon derrière celui qu’ils occupaient. À New Brighton, ils s’engagèrent sur la place d’Armes. Je les suivis, sans jamais laisser entre eux et moi un intervalle de plus de cent pas. Enfin, je les vis louer un bateau et partir à la rame. Il faisait une journée très chaude ; sans doute pensaient-ils avoir plus frais sur l’eau.

C’était se jeter entre mes mains. Il y avait de la brume, et l’on ne distinguait rien à plus de quelque cent yards. Je louai aussi un bateau et je poussai à leur suite. J’apercevais la tache que faisait leur barque, mais ils nageaient aussi vite que moi, et ils devaient être à un bon mille de la côte avant que j’eusse réussi à les rejoindre. Le rideau de brouillard tendait autour de nous un cercle. Mon Dieu ! oublierai-je jamais l’expression de leurs visages quand ils me reconnurent dans le bateau qui venait sur eux ? Ma femme jeta des cris. Lui jura comme un forcené ; il devait lire sa condamnation dans mes yeux, car il voulut me repousser avec une rame. J’évitai le coup, et, le frappant de mon gourdin, je lui cassai la tête comme un œuf. Elle, je l’aurais épargnée peut-être, malgré sa folie ; mais elle l’entoura de ses bras, pleurant et l’appelant Alec. Je frappai de nouveau et l’étendis à son côté. J’étais comme une bête fauve qui vient de connaître le goût du sang. Si Sarah eût été là, par le Seigneur ! elle y eût passé comme les autres. Je pris mon couteau, et alors… Mais c’est bon, j’en ai dit assez : il me venait une espèce de joie sauvage en pensant à ce qu’éprouverait Sarah quand elle reconnaîtrait à de tels signes le mal qu’elle avait causé par ses manigances. J’attachai les deux cadavres au fond du bateau, je crevai une planche, et j’attendis qu’il eût coulé au