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LA NOUVELLE CHRONIQUE

drait d’éclaircir. Aucune apparence de vol, m’avez-vous dit ?

— Aucune. On a trouvé sur lui sa bourse, contenant deux livres cinquante ; un carnet de chèques de la Capital and Counties Bank, agence de Woolwich, ce qui a permis d’établir son identité ; deux billets de première galerie du Théâtre de Woolwich, portant la date du soir même ; enfin, une petite liasse de papiers offrant le caractère de documents techniques.

Holmes poussa un cri de joie.

— Nous y voilà, Watson. Le gouvernement anglais… l’arsenal de Woolwich… des papiers offrant le caractère de documents techniques… mon frère Mycroft… la chaîne est complète. Mais je me trompe bien, ou j’entends la voix de mon frère. Nous allons tout savoir de lui.

L’instant d’après, la femme de chambre introduisait Mycroft Holmes. Il était de belle taille et de haute mine, corpulent, massif, et dégageait, à première vue, une bizarre impression de mollesse physique. Mais sa lourde charpente se couronnait d’une tête si impérieuse, les yeux, d’un gris d’acier, profondément enfoncés sous le front, étaient si éveillés, si remuants, il avait tant de fermeté dans le dessin des lèvres, tant de subtilité dans les jeux de la physionomie, qu’à peine l’avait-on regardé, on oubliait la lenteur corporelle et on subissait l’ascendant moral.

Il amenait avec lui son vieil ami Lestrade, de Scotland Yard. Le maigre inspecteur, au visage généralement austère, avait, cette fois, une gravité qui, s’ajoutant à celle de son compagnon, nous présageait une enquête laborieuse. Mycroft Holmes, s’étant dépouillé de son pardessus, s’affaissa plutôt qu’il ne s’assit dans un fauteuil.