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DE SHERLOCK HOLMES

« En rentrant un soir de son travail, Gennaro amena avec lui un de ses compatriotes nommé Gorgiano, originaire, lui aussi, de Pausilippe. C’était un homme de très haute taille, ainsi que vous avez pu en juger, puisque vous avez vu son cadavre. Et non seulement il avait un corps de géant, mais sa voix, dans notre petite maison, retentissait comme un tonnerre ; ses pensées, ses émotions, ses passions, se caractérisaient par leur violence anormale. Il parlait, ou plutôt, il rugissait avec une impétuosité irrésistible. Ses yeux fulgurants vous tenaient à leur merci. C’était un homme redoutable et prodigieux. Il est mort, Dieu soit loué !

« Ses visites devinrent de plus en plus fréquentes. Il savait cependant que Gennaro n’y prenait pas plus de plaisir que moi. Mon pauvre mari l’écoutait, pâle et sans intérêt, débiter les furieuses diatribes politiques et sociales qui constituaient l’ordinaire de ses propos. Si Gennaro ne disait rien, je pouvais, moi qui le connaissais si bien, lire sur son visage une émotion que jusqu’alors je n’y avais jamais vue. Je crus d’abord à de l’antipathie pour Gorgiano. C’était, en réalité, de la peur, une peur secrète, poignante. Le soir où je devinai cette peur, j’entourai mon mari de mes bras ; je le conjurai, au nom de sa tendresse pour moi, de ne rien me cacher, de me dire quelle ombre cet homme formidable projetait sur sa vie.

« Il me le dit, et mon cœur se glaça dans ma poitrine. Aux jours de colère et de révolte où l’univers lui semblait ligué contre lui, où l’existence le rendait à peu près fou par ses injustices, il s’était affilié à une société de Naples, le Cercle Rouge, qui avait des attaches avec les anciens Carbonari. Les membres de cette confrérie se liaient par de terribles serments ; impossible de leur échapper quand on avait violé le pacte. Gennaro se