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50        NOUVELLES AVENTURES DE SHERLOCK HOLMES

jusqu’à la lisière du bois, à l’ombre d’un grand hêtre, l’arbre le plus élevé du voisinage. La piste contournait l’arbre. Holmes se coucha une fois de plus à plat ventre, avec une visible satisfaction. Il demeura là, longtemps, remuant les feuilles et les morceaux de bois mort, mettant dans une enveloppe ce qui me parut être de la poussière et examinant avec sa loupe non seulement le terrain, mais même l’écorce de l’arbre jusque dans sa plus grande profondeur. Il examina ensuite une pierre ébréchée qui émergeait de la mousse, et la prit. Il suivit enfin le sentier à travers bois jusqu’à sa jonction avec la grand’route sur laquelle les traces se perdaient.

— Très intéressant, remarqua Holmes redevenant lui-même. Je pense que cette maison grise, là, à droite, est la loge. Je vais y entrer dire un mot à Moran et peut-être écrire un billet. Nous pourrons ensuite retourner déjeuner. Allez reprendre la voiture, je vous rejoins tout de suite.

Dix minutes plus tard nous remontions en voiture pour rentrer à Ross, Holmes portant toujours la pierre qu’il avait ramassée dans le bois.

— Ceci vous intéressera peut-être, Lestrade, dit-il en lui montrant l’objet. C’est avec cela que le crime a été commis.

— Je n’en vois aucune trace.

— Il n’y en a pas.

— Comment le savez-vous, alors ?

— L’herbe poussait à l’endroit où elle se trouvait. Elle n’était donc là que depuis quelques jours. On ne voit pas où elle a pu être prise ; elle correspond exactement aux blessures et il n’y a pas d’indice d’aucune autre arme.

— Et l’assassin, quel est-il ?

— C’est un homme de haute taille, gaucher, boitant de la jambe droite, portant des bottines de chasse à semelles épaisses et un manteau gris ; il fume des cigares indiens, se sert d’un bout à cigares et porte dans sa poche un canif émoussé. Il y a plusieurs autres indications, mais celles-ci semblent être suffisantes pour guider nos recherches.

Lestrade sourit :

— Je regrette d’être un peu sceptique, dit-il. Les théories, c’est parfait, mais n’oublions pas que nous avons affaire à un jury anglais très têtu.

— Nous verrons, dit Holmes froidement. Suivez votre méthode et je suivrai la mienne. J’aurai à faire toute l’après-midi et je pense retourner à Londres par le train du soir.

— Et vous laisserez l’enquête ébauchée ?

— Non, terminée.

— Mais le mystère ?

— Il est résolu.

— Qui est l’assassin, alors ?

— L’individu que je vous ai décrit.

— Où est-il ?

— Il n’est sûrement pas difficile à découvrir. Le pays n’est pas très populeux, il me semble.

Lestrade haussa les épaules.

— Je suis un homme pratique, dit-il, et je ne puis parcourir le comté à la recherche d’un monsieur qui a la jambe crochue. Je serais la risée de Scotland Yard.

— Très bien, dit Holmes avec calme. Je vous ai mis sur la voie. Nous voici arrivés chez vous. Adieu. Je vous écrirai un mot avant de partir.

Après avoir déposé Lestrade chez lui, nous rentrâmes à notre hôtel où nous trouvâmes le déjeuner servi. Holmes était silencieux et absorbé dans ses pensées avec une expression de tristesse, révélant une grande perplexité.

— Écoutez-moi Watson, dit-il, quand le couvert fut enlevé ; mettez-vous sur cette chaise en face de moi, et laissez-moi pérorer un peu. Je ne vois pas bien ce qu’il faut faire et votre avis me serait précieux. Allumez un cigare et écoutez-moi.

— Parlez, je vous en prie.

— Eh bien ! maintenant, en y réfléchissant, il y a deux points dans la déposition du jeune Mac Carthy qui nous ont frappés et qui nous ont impressionnés, moi en sa faveur et vous contre lui. Le premier de ces points est que son père ait pu crier « Couhi » avant de le voir. Le second est l’étrange allusion qu’a faite le mourant à un rat. Il murmura quelques mots, il est vrai, mais le fils n’entendit que celui-là. Prenons ce double