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80        NOUVELLES AVENTURES DE SHERLOCK HOLMES

à ce moment sur une petite boîte de bois blanc qui se trouvait sur la table et en arracha le couvercle ; un jeu de construction en tomba, précisément celui que M. Saint-Clair devait rapporter à son enfant.

Cette découverte et le trouble évident que laissa voir le boiteux, prouvèrent à l’inspecteur que l’affaire était grave. L’appartement fut soigneusement perquisitionné et on conclut à un crime abominable. La pièce de devant était meublée en salon modeste et ouvrait sur une petite salle à manger qui avait vue sur l’un des entrepôts. Entre l’entrepôt et la fenêtre de la chambre à coucher se trouve un étroit passage qui est à sec à marée basse, mais qui est recouvert à marée haute d’au moins quatre pieds et demi d’eau. La fenêtre de la chambre est large et s’ouvre sur toute la hauteur. À l’examen on découvrit des traces de sang sur le rebord de la fenêtre et quelques gouttes encore visibles, sur le parquet de la chambre. Dans la première pièce, derrière un rideau, on trouva tous les vêtements de M. Neville Saint-Clair à l’exception de son pardessus. Bottines, chaussettes, chapeau, montre, tout était là. Ces objets ne révélaient aucune trace de violence, mais M. Saint-Clair avait disparu. Il avait dû sortir par la fenêtre puisqu’il n’y avait pas d’autre issue et les sinistres taches de sang sur le rebord ne laissaient pas même l’espoir qu’il ait pu se sauver à la nage, la marée devant être au plus haut au moment de la tragédie.

Et maintenant, un mot sur les gredins qui semblent directement impliqués dans cette affaire.

Le Lascar est un homme de détestable réputation, mais comme Mme Saint-Clair raconte l’avoir vu au pied de l’escalier quelques instants après l’apparition de son mari à la fenêtre, il n’a guère pu être qu’un complice dans le crime. Son système de défense est l’ignorance absolue ; il proteste n’avoir aucune connaissance des faits et gestes de Hugues Boone, son locataire, et ne pouvoir être, sous aucun prétexte, responsable de la découverte des vêtement de la victime.

Voilà pour le gérant.

Quant au boiteux de mauvaise mine qui habite le second étage de l’antre à opium et qui a certainement été le dernier à voir M. Neville Saint-Clair, son nom est Hugues Boone et sa figure hideuse est familière à tous ceux qui fréquentent la Cité. C’est un mendiant de profession quoique, pour échapper aux règlements de police, il feigne de vendre des boîtes d’allumettes de cire. À une petite distance, en descendant la rue Thread-Needle, sur la gauche, vous avez dû remarquer un petit angle dans le mur. C’est là que cet individu se tient chaque jour, les jambes croisées, son petit éventaire sur les genoux. Il offre un spectacle si digne de pitié qu’une pluie de sous tombe dans la casquette graisseuse qu’il pose par terre devant lui. J’ai observé cet individu plus d’une fois avant aujourd’hui où j’ai pu faire connaissance avec lui par nécessité professionnelle, et j’ai toujours été étonné de la récolte qu’il glane en quelques minutes. C’est que, voyez-vous, son aspect est si étrange que personne ne peut passer près de lui sans le remarquer. Une touffe de cheveux roux ; une figure pâle, traversée d’une horrible cicatrice qui, par contraction, a retroussé le bord de sa lèvre supérieure ; un menton de bouledogue et une paire d’yeux noirs très vifs qui contrastent singulièrement avec la couleur de ses cheveux, tout cela le distingue de la foule des mendiants ainsi que son esprit de repartie, car il a toujours réponse aux plaisanteries que les passants ne manquent pas de lui faire. C’est cet homme, locataire de l’antre à opium, qui, le dernier, a vu le personnage que nous cherchons.

— Mais qu’a pu faire un boiteux seul contre un homme dans la force de l’âge ?

— Il est boiteux en ce sens qu’il marche clopin-clopant, mais il semble, malgré cela, être vigoureux et bien portant. Votre expérience professionnelle a dû vous apprendre, Watson, que la faiblesse d’un membre est souvent compensée par une force plus grande des autres membres.