Page:Doyle - Un crime étrange.djvu/149

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bien dangereux d’exprimer une opinion qui ne fût pas orthodoxe.

Oui, c’était dangereux, si dangereux même que les plus pieux osaient à peine échanger à voix basse leurs idées religieuses, de peur qu’une parole tombée de leurs lèvres ne fût mal interprétée et ne leur valût un prompt châtiment. Les victimes étaient maintenant devenues persécuteurs à leur tour, et quels persécuteurs ! Ni l’Inquisition de Séville, ni la Sainte-Wehme d’Allemagne, ni les sociétés secrètes d’Italie n’avaient, par leurs sombres machinations, étendu sur l’Europe un voile plus terrible que le sombre nuage qui recouvrait l’Utah.

Invisible et mystérieuse comme elle était, cette organisation se faisait doublement redouter. Elle paraissait tout savoir, tout pouvoir, et cependant jamais on ne la voyait, jamais on ne l’entendait se manifester. L’homme qui tentait d’engager la lutte contre l’Église, disparaissait un beau jour et personne ne savait, ni où il était allé, ni ce qu’il était devenu. C’était en vain que sa femme et ses enfants l’attendaient à la maison, jamais plus il ne revenait révéler ce qui s’était passé entre lui et le tribunal secret. Un mot dit à la légère, un acte inconsidéré, et l’imprudent était supprimé sans que personne pût percer le mystère de cette puissance terrible, suspendue sur la tête de tous. Comment s’étonner que ces hommes dominés par la terreur n’osassent, même