Page:Driant, Histoire d’une famille de soldats 1, 1901.djvu/306

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De plus, son vaste esprit ne s’absorbait pas uniquement dans la préparation de la guerre ; l’administration intérieure de la France avait également tous ses coins. Aussi rentrait-il souvent à Paris ou au château de Saint-Cloud, qu’il avait choisi comme résidence d’été, ainsi que la Malmaison.

Pendant un de ces séjours de Bonaparte à Saint-Cloud, le général Dorsenne, qui commandait la Garde du Premier Consul, lui fit part de l’impatience de ses grenadiers.

— Ils sont désolés de ne pas partir, ils grognent, ils grognent ferme…

— Ah ! Voyez-vous ces grognards ! dit en riant Bonaparte. Qu’ils se tranquillisent… Je pense à eux : tout vient à son heure et ils auront bientôt de la besogne.

Ce surnom de grognards devait faire fortune : car c’est de ce nom pittoresque qu’on désigna dorénavant les grenadiers de la Garde Consulaire, qui allaient bientôt devenir les grenadiers de la Garde Impériale de l’empereur Napoléon Ier.

L’année 1803 et le commencement de 1804 se passèrent en préparatifs de tous genres, non seulement au camp de Boulogne, mais sur toutes les frontières.

Vous devez bien penser, mes enfants, que les Anglais n’étaient pas sans inquiétude, de voir se former et s’organiser contre eux une expédition aussi menaçante ; aussi firent-ils tous leurs efforts pour en empêcher l’exécution.

À Boulogne même, leurs vaisseaux de guerre tentèrent maintes fois de détruire la flottille ; ils eurent même l’audace de débarquer des troupes afin de s’emparer du camp, et des combats eurent lieu jusque sur la plage.

Mais toujours l’ennemi fut repoussé, et ces escarmouches servirent, au contraire, à donner confiance à nos soldats et à nos marins, qui complétaient ainsi leur instruction militaire.

Pendant que, sur nos frontières, se poursuivaient tous ces préparatifs, d’autres incidents qui avaient lieu à Paris même, allaient changer la face des choses et ouvrir à Bonaparte une nouvelle destinée.

Une conspiration contre le Premier Consul avait été organisée, en 1803, par un royaliste du nom de Georges Cadoudal, de concert avec deux généraux, jaloux de la gloire du Premier Consul : Moreau et Pichegru.

Cette conspiration fut découverte, et en mars 1804, Georges Cadoudal et Moreau étaient arrêtés.