Page:Driant, Histoire d’une famille de soldats 1, 1901.djvu/349

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liers ennemis paraissait moins dense, et, enlevant sa monture, il disparut dans la mêlée !


Que se passa-t-il ?… Notre ami Tapin ne put jamais le raconter que confusément.

Aucun souvenir précis ne lui resta de ces quelques secondes terribles, pendant lesquelles il se trouva emporté au milieu de croupes bondissantes, dans une chevauchée traversée d’éclairs.

Ce fut une vision rapide, heurtée, faite de sensations impossibles à noter.

Jean se rappela avoir jeté son coup de pistolet dans un groupe d’habits bleus et de cuirasses, puis d’avoir sabré, presque sans voir, avec une frénésie que dominait cette idée :

« Il faut que je passe quand même ! Il faut que je passe ! L’Empereur le veut ! »

Enfin son cheval s’était écroulé sur les baïonnettes françaises, et Jean Cardignac, projeté en avant, était tombé au milieu des rangs d’un carré de voltigeurs. Un sergent placé en serre-file l’avait relevé, sans blessure.

Encore étourdi, tant par sa chute que par la surexcitation du combat, le jeune officier s’était précipité vers Ney, placé au centre.

— Fichtre ! mon brave lieutenant, lui dit le Maréchal, c’est affaire à vous ! Je vous ai vu arriver, et, ma foi ! je ne comptais guère faire votre connaissance ! Vous venez de la part de l’Empereur ?

— Oui, monsieur le Maréchal, pour vous dire de tenir quand même ; on vient vous dégager.

— L’Empereur peut être tranquille… Vous voyez, pas un carré ne bronche !

Bien, monsieur le Maréchal. Je vais reporter votre assurance à l’Empereur.

— Jamais de la vie, mon brave ! Vous ne pourriez plus recommencer un pareil tour de force… et puis vous êtes démonté.

— Oh ! un cheval, ce n’est pas difficile à trouver. Tenez, monsieur le Maréchal, voici la monture de votre dragon d’escorte, autorisez-moi à la prendre… Service de l’Empereur !

Ney sourit, et tendant la main à Jean Tapin :