Page:Drieu la Rochelle - Le Feu Follet (1931).pdf/59

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guer. Et de fait, elle mangea avec lui ce qu’elle n’avait pas gaspillé du douaire laissé par un premier mari assez riche, puis une partie de l’héritage de son père.

Or, Alain n’avait point de si grands besoins d’argent. Semblable au commun des bourgeois, il n’avait souhaité que le degré de fortune tout juste supérieur à celui qu’il avait connu dans son enfance, du fait de ses parents. Il n’avait fait jusque-là que de petites dettes. Mais il avait une fausse réputation à soutenir et il n’avait pas voulu être en reste avec sa femme sur le chapitre des dépenses. Ils avaient donc si bien fait l’un et l’autre qu’ils étaient vite arrivés à une sorte de gêne. Et cela n’avait pas peu ajouté à leurs autres difficultés.

Dorothy ne comprenait rien à cette ironie qu’il prodiguait sur lui-même, sur ses mobiles, elle croyait qu’il se méprisait de l’aimer, elle qui était sans esprit ni fantaisie. Elle imagina qu’il lui saurait gré d’une attitude modeste. Elle alla jusqu’à l’humilité, ce qu’Alain prit pour une affectation, une réplique astucieuse à ses arrière-pensées ; ‬elle feignait de s’effacer derrière son argent puisque c’était à cela qu’il en voulait. Il se crut jugé et accumula de l’amertume.

Il aurait pu passer à travers ces malentendus, s’il avait pu établir entre eux une intimité sensuelle, mais il ne le put pas. Ce débauché était ignorant, et le sentiment de son ignorance le