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Œuvres complètes de J. Du Bellay

L’aile qui trop se fit la terre basse,
La terre mist hors de sa lourde masse
L’antique horreur qui le droit viola :
Alors on vid la corneille Germaine
Se deguisant feindre l’aigle Romaine,
Et vers le ciel s’eslever de rechef
Ces braves monts autrefois mis en poudre
Ne voyant plus voler dessus leur chef
Ce grand oyseau ministre de la foudre.
  

XVIII

Ces grands monceaux pierreux, ces vieux murs que tu vois,
Furent premierement le clos d’un lieu champaistre
Et ces braves palais, dont le temps s’est fait maistre,
Cassines de pasteurs ont esté quelquefois.
Lors prindrent les bergers les ornements des Rois,
Et le dur laboureur de fer arma sa dextre :
Puis l’annuel pouvoir le plus grand se vid estre,
Et fut encor’ plus grand le pouvoir de six mois :
Qui, fait perpetuel, creut en telle puissance :
Que l’aigle Imperial, de luy print sa naissance :
Mais le ciel s’opposant à tel accroissement,
Mist ce pouvoir ès mains du successeur de Pierre,
Qui sous nom de pasteur, fatal à ceste terre
Monstre que tout retourne à son commencement.
 

XIX

Tout le parfait dont le ciel nous honore,
Tout l’imparfait qui naist dessous les cieux,
Tout ce qui paist nos esprits et nos yeux,
Et tout cela qui nos plaisirs devore,
Tout le malheur qui nostre âge desdore,
Tout le bonheur des siecles les plus vieux,
Rome du temps de ses premiers ayeulx
Le tenoit clos ainsi qu’une Pandore.
Mais le destin desbrouillant ce chaos,
Où tout le bien et le mal fut enclos,
A fait depuis que les vertus divines

Volant au ciel ont laissé les pechez