Page:Du Bellay - Œuvres complètes, édition Séché, tome 3.djvu/52

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Et jà la tourbe espaisse à l’entour de ton flanc
Ressemble ses esprits, qui là bas environnent
Le grand prestre de Thrace au long sourpeli blanc.

XXI

Comte, qui ne fis onc compte de la grandeur,
Ton Dubellay n’est plus : ce n’est plus qu’une souche
Qui dessus un ruisseau d’un dos courbé se couche,
Et n’a plus rien de vif, qu’un petit de verdeur.

Si j’escri quelquefois, je n’escri point d’ardeur,
J’escri naïvement tout ce qu’au cœur me touche,
Soit de bien, soit de mal, comme il vient à la bouche,
En un stile aussi lent que lente est ma froideur.

Vous autres ce pendant peintres de la nature,
Dont l’art n’est pas enclos dans une portraicture
Contrefaictes des vieux les ouvrages plus beaux.

Quant à moy, je n’aspire à si haute louange,
Et ne sont mes portraicts auprès de vos tableaux
Non plus qu’est un Janet auprès d’un Michel ange.

XXII

Ores, plus que jamais, me plaist d’aimer la Muse,
Soit qu’en François j’escrive ou langage Romain,
Puis que le jugement d’un prince tant humain,
De si grande faveur envers les lettres use.

Donq le sacré mestier où ton esprit s’amuse,
Ne sera desormais un exercice vain,
Et le tardif labeur que nous promet ta main,
Desormais pour Francus n’aura plus nulle excuse.

Ce pendant (mon Ronsard) pour tromper mes ennuis,
Et non pour m’enrichir, je suivray, si je puis,
Les plus humbles chansons de ta Muse lassee.

Ainsi chascun n’a pas merité que d’un Roy
La liberalité luy face, comme à toy,
Ou son archet doré, ou sa lyre crossee.