Page:Du Camp - Souvenirs d’un demi-siècle, tome 1.djvu/6

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lui à l’équipée garibaldienne, disait qu’il ne le voyait jamais sans songer à l’un de ses mousquetaires. Comme Gérard de Nerval, Théophile Gautier et Flaubert, l’Orient l’attirait ; il y fit un premier voyage en 1844-1845, avec Flaubert, et à la fin de 1848 il visitait le Maroc. Son troisième voyage (1849-1851), entrepris cette fois avec une mission du ministère de l’Instruction publique, le conduisit en Égypte, en Nubie, en Palestine, en Syrie, en Grèce et en Épire. Il en rapporta une magnifique collection de photographies et fit paraître en 1852 une relation de son voyage qui marque une date dans l’histoire de l’édition, car ce fut le premier ouvrage illustré de photographies.

Au cours des années suivantes, Maxime Du Camp, qui avait accueilli avec sympathie l’avènement du régime impérial, acquit une renommée qui alla grandissant : il publia des romans et des poèmes, et, de 1855 à 1867, il donna régulièrement des comptes rendus des Salons de peinture. Ce fut lui qui, avec Louis Ulbach et Laurent Pichat, fonda en octobre 1851 la Revue de Paris, à laquelle collaborèrent les écrivains que leur indépendance éloignait de la Revue des Deux Mondes. Cela n’empêcha d’ailleurs pas Maxime Du Camp de devenir par la suite un des collaborateurs les plus assidus et les plus estimés de celle-ci. C’est dans cette revue qu’il publia, à partir de 1867, une série d’études sur le Paris contemporain qui suscitèrent un vif intérêt et furent réunies en volume sous le titre : Paris, ses organes, ses fonctions et sa vie dans la seconde moitié du XIXe siècle.

Cet ouvrage sur Paris, modèle accompli de « reportage » exécuté par un écrivain de talent, marque un tournant décisif dans sa carrière littéraire : renonçant délibérément à la littérature d’imagination et au romantisme, il se consacre désormais à l’étude de la réalité contemporaine. Au ton lyrique de ses premières œuvres, se substitue un tour familier, naturel et de la meilleure qualité. « J’ai été discipliné par la vérité à mon insu, nous dit-il dans ses Souvenirs littéraires (1882), et j’y ai été ramené sans même m’en apercevoir », et il ajoute : « Rien ne serait plus curieux à écrire que l’histoire de ce livre sur Paris, qui m’entraîna à faire tous les métiers. J’ai vécu à la poste aux lettres ; j’ai été presque employé à la Banque de France ; j’ai abattu des bœufs ; j’ai suivi dans leurs expéditions les agents de la Sûreté, les agents des mœurs, les agents des garnis ; je me