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SOUVENIRS
D’UN DEMI-SIÈCLE
1830 — TOME PREMIER — 1870

AVANT-PROPOS



LE récit de ma vie ne serait point intéressant ; il peut se faire en deux mots : j’ai voyagé et j’ai travaillé : je n’ai eu qu’à m’en applaudir ; j’ai aimé : je n’ai pas toujours eu à m’en louer. Ce n’est donc pas pour parler de moi que j’écris ces souvenirs. Le goût de la solitude et une sorte de besoin maniaque qui m’entraînait au travail m’ont éloigné du monde ; cependant, j’ai vu beaucoup de choses, j’ai côtoyé bien des hommes, j’ai regardé dans bien des événements, et j’ai toujours pris des notes. Il en résulte que je m’imagine avoir à raconter des faits qui ne seront pas inutiles pour une histoire anecdotique du temps pendant lequel j’ai vécu.

Lorsque ces pages seront mises sous les yeux du public, celui qui parle et ceux dont on va parler seront depuis longtemps réunis dans la même poussière ; cela me met à l’aise pour ne point me réserver ; comme le témoin déposant devant les représentants de la justice, je puis jurer de dire la vérité, rien que la vérité ; du moins, ce que je crois être la vérité : je le ferai sans effort ; je n’ai jamais pratiqué le mensonge et, dans les livres que j’ai publiés, je n’ai rien négligé pour serrer l’exactitude d’aussi près que possible. Je n’y ai point de mérite ; j’étais naturellement dénué d’ambition et je n’ai appartenu à aucune faction politique. Je n’ai été qu’un homme de lettres, et j’ai aimé mon métier avec passion. Une aisance, héritée à la mort de mes parents, me permit de vivre indépendant et d’avoir des sentiments facilement désintéressés. N’ayant jamais eu rien à demander, je n’ai pas eu de refus à essuyer, et c’est