Page:Du Flot - Les mœurs du tigre, récit de chasse, 1886.djvu/18

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Je poussai un cri de joie et remerciai le messager, auquel je fis donner un agneau et une mesure de riz, lui recommandant de manger en mon honneur un kidgerri complet. Je le chargeai, en même temps, de prévenir Steadman que je le rejoindrais moi-même sous une heure. — L’Indien se confondit en actions de grâces, but un verre de whiskey fortement étendu d’eau et partit allègrement.

Je fis mes préparatifs à la hâte, et me munis d’une canardière à deux coups, dont je chargeai l’un des canons de quatre chevrotines, et l’autre d’une balle. Nous nommions — fort improprement d’ailleurs — canardières ces excellents fusils français dont la maison Munié avait, pour ainsi dire, le monopole, et que les Anglais eux-mêmes proclamaient les meilleures armes du monde. Depuis lors, les carabines Devismes, Enfield et Armstrong ont avantageusement remplacé nos premiers fusils de chasse.

On ne parlait encore ni du fameux Gérard, le tueur de lions, ni de Baldwin, ni de Bombonnel. Mais les Anglais comptaient déjà quelques chasseurs célèbres ; Steadman était du nombre.

Sûr de mes armes, je montai à cheval, n’ayant pas le temps de faire équiper mon éléphant Kandâra, et partis, escorté de dix coolies et de mon brave tchaprassi Dandari.

Mon cheval était une bête rare, pur turcmène persan, que j’avais payé mille roupies (2,500 fr.), et dont la robe alezan doré m’avait fait bien des jaloux.

Il y avait de mon bungalow à la Goumti près de quatre milles (6 kilomètres) ; mais le chemin était facile sur une route superbe que j’avais fait tracer à mes frais. — Les indigoteries confinaient d’un côté à la rivière où j’avais installé un service de bateaux, de l’autre à la jungle. C’était dans la jungle que le tigre s’était réfugié. Il devait venir de fort loin, car, de mémoire d’homme, cette jungle n’en avait révélé aucun, n’étant pas assez vaste pour permettre à un aussi gros mangeur d’y vivre confortablement.

Je ne tardai pas à être renseigné.

Averti par le messager, Steadman était venu m’attendre sous la verandah de mon principal comptoir. En arrivant, j’aperçus à l’entour de mes godous (magasins) six éléphants et une meute de soixante chiens parias, ces derniers retenus par le